Alors qu’elle sort en pleine nuit, Uqsuralik est séparée de sa famille après une fissure de la banquise.
Entamant un long voyage, la jeune Inuite doit trouver en elle les ressources nécessaires à sa survie.
Un périple féministe empreint de tradition !
À la découverte d’une nouvelle culture
Survivre à un environnement extrême

De pierre et d’os de Krassinsky est l’adaptation du roman éponyme de Bérengère Cournut.
Paru en 2019, le roman a été un succès critique et littéraire dont l’auteur de Bd s’est emparé avec justesse.
Sur sa première partie, le récit prend des tonalités de survival.
A l’âge où le corps se transforme, Uqsuralik est brutalement séparée de sa famille.
Mais elle n’a guère de temps pour s’apitoyer sur son sort.
Car, sur la banquise, l’environnement entier est un danger. Que ce soit la température, le manque de nourriture et même les chiens de traineaux, reprenant leur nature sauvage, tout est une mise en garde.
Krassinsky décrit assez parfaitement la force, confinant à la rage de vivre, qui caractérise la jeune fille.
Elle sait qu’elle va devoir combattre pour faire sa place.
Tout d’abord au sein de cette meute de chiens au sein de laquelle elle ne peut compter que sur la femelle alors que les mâles n’attendent qu’un moment de faiblesse de sa part pour se jeter sur elle.
Ce rapport, hautement symbolique, ne confine jamais à la caricature.
Car si Uqsuralik va apprendre à se méfier d’un homme en particulier, elle accordera sa confiance à d’autres.
Cette vie, ô combien difficile, n’est jamais vécue comme un drame par les Inuites. A travers ces coutumes, Krassinsky décrit une culture et un peuple empreints de traditions et d’une religion fascinante.
On notera notamment la place du chant à laquelle l’auteur rend hommage à chaque début de chapitre.
Le son du tambour résonne encore !
Portrait d’une femme libre

De pierre et d’os est le portrait d’une femme libre, évoluant à travers les âges.
Comme mentionné plus haut, c’est tout d’abord une survivante.
Le regard acèré, Uqsuralik est une combattante capable de faire face aux tragédies de la vie.
Si son charisme attise autant la jalousie que l’adoration, la jeune Inuite n’en est pas moins fragile.
La vie, l’amour et la mort feront partie de son parcours, l’amenant à douter. Dans ces moments, elle remet sa destinée à des entités supérieures.
Le récit joue habilement avec le mysticisme des peuples inuits. Sans remettre en cause leur croyance, Krassinsky en fait, au contraire, un élément essentiel à la compréhension de leur histoire.
Les petites personnes ou L’esprit céleste marque autant par leur présence que par ce qu’ils symbolisent pour Uqsuralik.
Avec le temps, elle devient une femme et une mère aimante.
La solitude fait place à une vie de famille où les rôles sont redistribués.
Les craintes, Uqsuralik ne les ressent plus pour elle mais pour son enfant dont la destinée changera à jamais sa vie.
Profondément féministe, De Pierre et d’os est aussi humaniste.
Le peuple Inuit est complexe malgré une structure intéressante. Vivant les uns avec les autres, leurs actions sont dédiées à la collectivité. Malgré tout, la cellule familiale reste essentielle, qu’elle soit adoptive ou filiale.
Dans son parcours, Uqsuralik connaitra les deux et saura prodiguer cette valeur à sa jeune fille Naja.
Qui, elle-même, le prodiguera à ses propres enfants.
Ainsi se perpétue le cycle de la vie !
Un dessin époustouflant

De pierre et d’os découle de la longue et fructueuse carrière du talentueux Krassinsky.
Pour ma part, je l’ai découvert, il y a fort longtemps, sur sa série jeunesse, Kaarib.
A ses débuts, son trait était plus caricatural et acéré. Malgré tout, on sentait déjà un style très affirmé qui lui permettra, au fil de ses projets, d’explorer de nombreuses voies, tout en gardant sa patte graphique.
De l’humour crade à la satire, l’auteur se montre assez pertinent sur l’état du monde et de ses illustres habitants : les humains !
De pierre et d’os est, à ma connaissance, sa première adaptation mais elle découle de la nature humaniste, teintée d’ouverture, qui caractérise l’écriture de Krassinski.
Ainsi, il propose des pages d’une qualité incroyable.
Si son trait s’est légèrement assoupli, tout en gardant cette forme de rigueur, c’est avant tout pour laisser la place à des aquarelles de toute beauté.
L’ensemble donne un album rayonnant, offrant toute la place à des décors époustouflants.
Une pure merveille.
En résumé
De pierre et d'os de Krassinsky est l'adaptation éponyme de Bérengère Cournut.
Le récit est une oeuvre humaniste et émouvante sur une jeune Inuite qui doit apprendre à survivre au monde qui l'entoure.
Véritable portrait féministe, Uqsuralik est une femme libre, combattante mais néanmoins fragile.
De pierre et d'os est aussi une fenêtre sur une culture inuite emplie de codes et de traditions fascinantes.
Les aquarelles de Krassinsky illustrent l'ampleur de la banquise alors que son trait acéré reflète les corps endurcis par cet environnement.
Un superbe coup de coeur !



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