La famille est un terrain fertile pour s’amuser de nos petits travers qu’on soit un homme, une femme, des parents ou des adolescents.
À travers le couple et la famille, Pozla dévoile nos imperfections et autres contradictions non sans une certaine tendresse.
Une histoire de linge sale, d’amour et de céréales !


La vie dans tous ses états

Il y a des chroniques plus difficile à écrire que d’autres.
Et pendant quelques jours, je me suis trituré l’esprit afin de trouver le fameux « bon angle » pour aborder la dernière pépite de Pozla : Linge sale, Amour et Céréales.
J’adore le travail de Pozla. Découvert avec l’irrévérencieux Monkey Business, aux côtés d’El Diablo, il m’a retourné avec son ouvrage autobiographique, Carnet de santé foireuse, mettant en scène la maladie de Crohn.
L’auteur est rare, ne pouvant (ou ne voulant) pas se contenter que de la bande dessinée.
Son album précédent, L’homme qui courait après sa chance, un conte jeunesse hilarant, datait de 2020.
Or, au vu de l’attente, j’aurais dû me jeter sur Linge sale, amour et céréales.
Sauf que ce ne fut pas le cas.
On a tous et toutes nos petites marottes. De mon côté, je dois avouer que je n’apprécie guère le format bande dessinée à gags. Non pas que je déteste mais cela ne m’attire pas forcément.
Du coup, ce fut une petite déception d’apprendre que le dernier album de Pozla serait sur ce format.
Mais maintenant que je me suis enfin décidé à laisser sa chance à un de mes auteurs préférés, il faut que je vous avoue quelque chose : « Qu’est-ce que je peux être idiot parfois !! »
Il aurait été stupide de passer à côté de cette lecture juste pour une question de format.
Et, Linge sale, Amour et Céréales n’est pas qu’une bonne lecture. C’est tout simplement un coup de coeur, sincère et franc !
Déjà, l’utilisation du format est plus complexe qu’un simple album de gags. Pozla multiplie les formes narratives, autant que les thématiques, s’amusant à ramener certains personnages au fil des pages.
En cela, la famille Playmobil, le couple sur le canapé ou les périples en vélo sont autant de moments, mêlant évolution de situations et gags de répétition.
D’ailleurs, l’album regorge d’idées et de points de vue.
On aurait pu se dire que Pozla allait s’acharner sur le patriarcat et nos petites faiblesse masculines mais en réalité, tout le monde en prend pour son grade.
Que ce soit les hommes et leur façon d’éluder les difficultés, la complexité des femmes, l’adolescence dans toute sa splendeur ou les parents à la dérive, l’auteur trouve l’angle parfait pour se moquer de nos faiblesses sans aucune véhémence.
Car, aussi réelle soit la caricature, il n’y a rien de véritablement cruel. Elle peut aller loin dans l’exagération, comme sur notre rapport aux chiens, mais Pozla vise toujours juste.
Pourtant, il ne s’épargne aucun sujet : infidélité, dispute, rupture, sexe, tout sert de base pour des tranches de vie d’une page, parfois d’une seule case, drôles, ravageuses mais parfois touchantes.
C’est là la force de Pozla : trouver de l’humanité et de la tendresse derrière cette couche de caricature cinglante mais hilarante.
Le sens de l’observation

Comme mentionné plus haut, j’aime beaucoup le travail de Pozla et notamment son dessin.
Après tout, c’est en tant que dessinateur que je l’ai découvert.
Sur Monkey Business et Carnet de santé foireuse, son trait était sauvage, nerveux avec une rage à peine contenue. C’était noir, tranché, vif et percutant.
Avec Linge sale, Amour et Céréales, il a adouci cet aspect tout en gardant un sens de l’observation affuté.
Son dessin, faussement naïf, est bourré d’inventivité. Se résumant à quelques traits, on retrouve une approche presque storyboardée, sûrement héritée de son expérience dans l’animé.
Il est à la recherche constante de la bonne attitude, du bon geste, amenant à une dernière case conclusive souvent explosive.
Je retrouve chez lui un sens inné de l’observation qu’il s’amuse à exagérer pour rendre son propos d’autant plus percutant qu’il reste, au final, basé sur du réel.
Il y a rien de gratuit dans le dessin de Pozla. Tout semble pensé : du gag le plus gras à des images plus symboliques, empreintes d’une forme de poésie.
Son approche graphique découle d’une vision globale d’une pertinence rare qui, malgré son irrévérence, ne cherche pas à faire « mal ».
Son dessin n’est que l’expression de nos failles qu’il serait difficile d’ignorer. Alors autant en rire, surtout quand c’est aussi bien fait que sur Linge sale, Amour et Céréales.
En résumé
Linge sale, Amour et Céréales de Pozla est un album aussi hilarant que tendre.
En s'emparant du couple et de la famille sous toutes ses formes, l'auteur n'épargne personne : parents, adolescents, hommes , femmes et même Playmobils, tout le monde en prend pour son grade.
Les thématiques sont aussi variées que sa vision narrative, cherchant constamment une inventivité dans un format qui, bien trop souvent, se complet dans un certain classicisme.
Pozla dynamite le tout avec un sens de l'observation d'une pertinence ravageuse.
C'est souvent très drôle, par moments gras et quelquefois touchant.
Un pur moment de bonheur et un coup de coeur un peu tardif !

