Loun est un jeune orphelin qui aime pêcher.
Ainsi, alors qu’il pensait profiter de deux belles prises, Nahal, une salamandre, quémande un poisson.
Mais le jeune garçon refuse cette requête prétextant qu’une partie de sa pêche servira d’offrande au Poisson-Roi.
La salamandre, n’ayant aucune considération pour cette superstition, s’empare du poisson et le dévore.
C’est ainsi qu’à sa grande surprise, apparait la divinité.
En colère, le Poisson-Roi propose de laver cet affront par une simple quête : pêcher un Espadon Royal !
Quête initiatique au fil de l’eau

Rien que par son titre, Le Pêcheur et la Salamandre de Geoffroy Monde et Zoé B. Simpson évoque l’esprit des fables.
À priori, Loun et Nahal n’ont rien en commun.
Pour être clair, beaucoup de choses les opposent.
On comprend rapidement que le jeune garçon est débrouillard. Orphelin, il a appris à se débrouiller seul tout en respectant les traditions locales.
L’une d’elle étant d’offrir une partie de sa pêche au Poisson-Roi.
Cette vie cadencée, va être bouleversée par sa rencontre avec Nahal. Cependant, il ne semble pas lui en tenir rigueur, acceptant une faute qu’il n’a pas vraiment commis.
Nahal, déjà, est une salamandre. Normalement, l’eau est son domaine et elle ne devrait pas avoir de mal à attraper ses proies.
Pourtant, et pour une raison que l’on découvrira rapidement, la salamandre se retrouve bredouille.
Ce qui l’amène à quémander sa pitance au pêcheur qui semble peut enclin à accéder à cette demande.
Elle a beau vivre dans l’eau, elle ne connait pas vraiment son milieu et, encore moins, en respecter les règles.
C’est ainsi qu’elle se retrouve empêtrée dans une mission qu’elle semble bien incapable de tenir.
À partir de ce moment, Geoffroy Monde envoie son duo, ainsi que ses lecteur.rices, découvrir cette immense contrée, aux espaces irradiant d’une flore resplendissante et d’une faune peuplée d’espèces animales bien bavardes.
On sent une récit infusé de culture asiatique même si Geoffroy Monde n’oublie pas ses lectures d’enfance.
Ce premier volume reste assez contemplatif.
Cette longue marche est un moyen pour Loun et Nahal de mieux se connaître, apprenant aux passages les étrangetés des uns et des autres.
L’évolution de leur relation se fait naturellement même si elle est émaillée d’incompréhension et d’opposition.
Puis l’intrigue s’accèlére sur le dernier tiers de l’album pour retrouver son objectif final et offrir un dernier acte centré sur l’action.
Un moyen, notamment pour Nahal, de se montrer plus courageuse qu’elle n’y paraît.
Un graphisme somptueux

Le Pêcheur et la Salamandre est, certes, une aventure sympathique mais c’est aussi la découverte d’une autrice talentueuse : Zoé B. Simpson.
La jeune dessinatrice franco-américaine, tout juste sortie de l’école nantaise Pivault, a commencé sa carrière en tant que story-boardeuse, ce qui explique son sens aigu de la narration.
Le Pêcheur et la Salamandre est sa première bande dessinée et on peut dire que c’est une franche réussite.
Son style, aux influences japonisantes, étonne par ses formes arrondies, la souplesse de son encrage et le foisonnement de ses décors .
On sent un réel amour à croquer des environnements naturels toujours plus vastes, donnant au récit de Geoffroy Monde, une tonalité douce et contemplative.
On peut , à l’image des personnages, rester de longues minutes à contempler la minutie de ses cases à la recherche du moindre détails cachés.
À contrario, les espaces clos semblent lui enlever cette « liberté » l’obligeant à restreindre ses arrières plans.
Ses designs sont inspirés. On notera d’ailleurs l’apparition courte mais remarquée du Poisson-Roi , tenant plus de la divinité hindoue que de Poseidon.
Au final, Zoé B. Simpson nous offre une prestation envoutante, marquant immédiatement les esprits.
En résumé
Le Pêcheur et la Salamandre de Geoffroy Monde et Zoé B. Simpson est une quête initiatique envoutante.
Geoffroy Monde nous convie dans une aventure peuplée de Poisson-Roi, de Grenouille géante et de salamandre.
Loun et Nahal, opposés en tout point, voyagent ensemble afin de s’amender d’une faute. Ce périple va leur apprendre à mieux se connaître et donc se comprendre.
Ainsi, la première partie reste contemplative alors que la seconde fait la part belle à l’action.
Il est difficile, pour le moment, de juger le scénario sur sa globalité mais une chose est déjà certaine : Zoé B. Simpson est une dessinatrice fascinante.
Pour un premier album, elle met la barre haute avec des environnements naturels de toute beauté et des designs inspirés et marquants.
Le tout agrémenté d’une colorisation douce et lumineuse.
Un album magnifique !


