Louve (Miyako Miiya)

Ur, un jeune berger, vit avec sa soeur Juf dans les alpages montagneux.
À l’abri des regards, il protège sa soeur de la crainte que sa présence pourrait provoquer.
En effet, Juf est une immense louve qui, fatalement, peine à s’intégrer au monde qui l’entoure.

Un conte poétique et humaniste

Une soeur et un frère

Un frère et une soeur

Si Louve de Miyako Miiya est d’une qualité indéniable, il faut avouer que sa structure peut, dans un premier temps, destabiliser.
Tout en reprenant la symbolique du conte, la mangaka s’intéresse avant tout aux personnages qui peuplent son petit monde.
Des protagonistes qui, pour la plupart, tournent autour d’une rencontre avec cet étrange duo familial : Ur et Juf.

Malgré son jeune âge, Ur est un garçon mature mais profondément taciturne.
On comprend que son isolement est un choix assumé afin de protéger sa soeur des dangers qu’elle pourrait encourir en ville.
Ce côté protecteur s’accompagne d’une méfiance de l’autre, parfois justifiée, souvent exagérée.
Peu enclin à vivre en socièté, il se montre malgré tout plus ouvert qu’escompté.

Juf, malgré son physique impressionnant, reste profondément humaine.
Contrairement à son frère, elle ne cherche pas à éviter ses concitoyens, n’hésitant pas à les soustraire, pour certain.es, des dangers de la forêt.
D’ailleurs, il n’est pas anodin de la voir affronter des loups pour aider une jeune fille.
Derrière cette masse de poils, elle reste humaine.
Et c’est sans doute ce qui l’effraie et l’attriste le plus. Elle ne supporte pas la peur qu’elle engendre chez les autres.
Et c’est d’ailleurs la thématique principale de Louve : l’acceptation de l’autre malgré ses différences.

Le second volume s’attarde fatalement sur les origines de Juf.
Si dans un premier temps, Ur se pose lui-même des questions sur leurs parents, des recherches l’amène à en découvrir un peu plus sur sa mère et sur la naissance de sa soeur.
Le tome 2, structuré autour de différents points de vue, a un objectif simple : dévoiler les mystères autour de la naissance de Juf.
Leur découverte d’une tanière de loup, pour échapper aux soldats de la garde, dévoile la face cachée d ‘une romance inavouable.
Si leur mère est humaine, qui peut bien être leur père ?
Et cela fait-il d’eux des monstres , qu’ils en aient l’apparence ou non ?

Le regard des autres

Peur de l’inconnu

La structure de Louve reste particulière.
En effet, Miyako Miiya découpe son récit en plusieurs chapitres, mettant en scène de multiples rencontres.
Si certaines, comme celle du chasseur ou du boulanger, dans le premier volume, montrent la crainte provoquée par Juf, d’autres sont plus anodines, apportant un petit côté « slice of life » inattendu.

D’une tendre humanité, le récit accorde davantage d’importance aux sentiments, faisant de la malédiction de Juf une « bonne excuse » pour aborder des valeurs de tolérance et de vivre ensemble.

Malgré tout, le second volume, tout en gardant cette particularité, développe une intrigue plus globale.
Si, on part du regard de Ur puis de Juf, Miyako Miiya continue à s’intéresser aux autres, dévoilant un peu plus de mesure même contre ceux qui semble s’opposer aux deux jeunes enfants.
Cette structure est aussi un moyen idéal pour revenir sur un passé, source de révélations multiples.

Une belle empreinte graphique

Un dessin faussement naïf

N’ayant pas lu Contes fabuleux de la nuit, je ne connaissais pas le travail de Miyako Miiya.
Mais dès les premières cases, je suis tombé sous le charme d’un dessin ciselé, d’une grande richesse esthétique.

On retrouve les codes du manga jeunesse, avec des personnages simplifiés caractérisés par d’immenses yeux.
Son dessin laisse place aux sentiments de ses personnages, se montrant parfois sous un jour plus agressif.
Cependant, derrière cette naïveté de façade, le trait de Miyako Miiya cache une véritable intensité.

Son trait, à l’encrage épais, garde l’aspect naturaliste de ses crayonnés tout en accordant un attention toute particulière pour les détails, à l’image de ces moutons aux longues oreilles.
Ces petits délires sont les symboles d’une inventivité qui ne cherche pas à se faire remarquer.
La richesse du graphisme s’allie à une lisibilité narrative sans faille.

Tout paraît naturel chez Miyako Miiya et on se laisse emporter par un flux images d’une beauté étonnante.

En résumé

Louve de Miyako Miiya est un manga vibrant d'humanité et de générosité graphique. 

Par le biais de multiples rencontres, Juf et Ur apprennent à vivre dans la crainte mais aussi la générosité des habitants environnants.
Acceptation de soi, tolérance, relation fraternelle sont autant de thématiques qui égrainent un récit d'une grande douceur, même si la colère peut éclater à n'importe quel moment.

Le second volume, quant à lui, s'attarde sur les origines, revenant sur la naissance et l'identité de parents jusque là inconnus.

Le graphisme de Miyako Miiya cache, derrière une naïveté de façade, une véritable richesse graphique, à l'image du design et des yeux hypnotisants de Juf.
Bulles carrées

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