Preacher (Garth Ennis / Steve Dillon)

Jesse Custer est pasteur (« Preacher« ) dans une petite communauté religieuse du Texas.
Tout se passait pour le mieux jusqu’à ce que son église, et l’ensemble de ses fidèles, soient décimés lors d’un terrible accident.
Seul survivant, Jesse développe certains pouvoirs provenant d’une entité nommé Génésis.

Rejoint par son ex-fiancée, Tulip et Cassidy, il part à la recherche de Dieu et compte bien régler ses comptes !

Une série culte

Garth Ennis est un scénariste, originaire d’Irlande du nord. Il fait parti de la vague d’auteurs britanniques dont les oeuvres ont profondément marqué les lecteur.rices comics.
L’auteur, qui n’a pas sa langue dans sa poche, s’est spécialisé dans les séries ( et les personnages ) aux langage châtié et à l’humour corrosif tapant, sans vergogne, là où ça fait mal.
Lire du Garth Ennis, c’est prendre le risque d’être bousculé dans nos convictions, quelqu’elles soient !

Il fait ses débuts, comme beaucoup de britanniques, au sein du magazine anglais 2000 Ad. Puis, il incorpore DC comics avec Hellblazer , où il retrouve un de ses collaborateurs réguliers : Steve Dillon.
Il enchaîne avec Hitman pour petit à petit se diriger vers , ce qui est considéré comme son oeuvre « ultime » : Preacher.

Preacher, comme beaucoup de grand comics de cette époque, a été créé pour le label Dc Vertigo.
Édité de 1995 à 2000, il comptera 66 épisodes complétés par 5 numéros spéciaux et une mini série de 4 épisodes.
La série aura même le droit a une adaptation télévisuelle en 2014, créé par Seth Rogen.

Un trio d’enfer

Des personnages incontournables

Il y aurait beaucoup de commentaires à faire sur les personnages de Preacher, principaux comme secondaires.
C’est d’ailleurs, une des grandes forces de la série. Garth Ennis leur a accordé à chacun une destinée spécifique, souvent comique, parfois tragique.
Et la moquerie fait parti du processus de caractérisation. Ainsi, à travers les nombreux protagonistes de la série, le scénariste pointe du doigt, non sans un certain cynisme, les contradictions et les vices de l’être humain.
Sans aucune complaisance, il divulgue leurs pêchés les plus inavouables avec un principe simple : plus tu t’estimes irréprochable, plus tes vices sont importants.

D’ailleurs, le trio principal n’est pas plus épargné.

Jesse Custer est un pur texan, élevé dans la foi.
Fort de caractère, on a un brave type un peu rugueux , fuyant un passé et un environnement familial particulièrement toxique.
D’apparence brut de décoffrage, il est l’homme d’une seule femme, cultivant derrière cette imagerie une forme de romantisme qui frise le machisme
Malgré tout, il reste ouvert à la communication.
Pour lui, l’amitié comme l’amour sont des valeurs bien plus forte que la religion à laquelle il a, pourtant, accordé une partie de sa vie.
Entre l’hypocrisie des fidèles et les mensonges d’un Dieu omnipotent mais défaillant, il compte bien réglé ses comptes.

À première vue, l’objectif de Jesse reste primaire mais rapidement, Garth Ennis va piocher dans un passé tragique et particulière sordide.
En effet, si les premiers numéros se concentrent sur la rencontre du trio et l’origine de son pouvoir, l’arc « les liens du sang » fait l’effet d’un uppercut, autant pour les personnages que pour le lecteur.rice.

Tulip, de son côté, cherche à comprendre pourquoi son ex-fiancé l’a abandonné comme une vieille chaussette.
Si le personnage peut paraître assez caricatural, dans un premier temps, elle ne cesse de prendre de l’épaisseur et ses nombreuses confrontations face à un Jesse surprotecteur, expose un propos plus tranché, un brin féministe.
Ses relations évoluant au sein du trio, elle fera les frais d’une attention qu’elle n’a jamais demandé et qu’elle rejettera, même si les évènements du quatrième volume la bouscule profondément.

Cassidy est le chouchou d’un bon nombre d’entre nous, et sans doute, de Garth Ennis lui-même.
Tout pue le vice chez lui mais contrairement à beaucoup, il ne s’en cache pas, du moins le croit-on !
Et c’est sans doute ce qu’apprécie Jesse chez lui.
Il faut dire que son statut de vampire l’oblige à une cruauté qui a du mal à passer auprès de Tulip.
Alors que le pasteur lui accorde toute sa confiance, la jeune femme se montre plus méfiante.
Et à raison, tant Cassidy est bourré de contradiction et de faux semblant.
Derrière, cet aspect « cool », il s’avère sans doute le personnage le plus complexe du trio.

Malgré leurs différences, une relation de confiance et d’amitié s’établit, leur permettant d’affronter les épreuves qui se mettent sur leur chemin.
Malgré tout, même la sincérité de cette relation est mise à rude épreuve au fil du temps.

Une quête blasphématoire ?

Survivre à la bêtise humaine

C’est un fait , Preacher n’est pas tendre avec la religion.
Que ça soit les fidèles, les hommes d’église ou le concept même de Paradis et de Dieu, Garth Ennis se montre mordant, développant des archétypes proches de la satire.

À ce niveau , la famille de Jesse Custer en est un des meilleurs exemples.
Cruels, idiots et pour certains complètement pervertis par la violence et le pêché, il symbolise l’emprise religieuse dans ce qu’elle a de plus détestable.
C’est d’ailleurs un des messages de Garth Ennis. Pourquoi suivre les ordres de personnes, prônant un message qu’ils ne cessent de pervertir ?
Certes, il pousse le curseur assez haut mais c’est dans cette exagération qu’il pointe certaine vérité.

Les hommes d’église ne sont pas mieux lotis, perverti autant psychologiquement que physiquement.
Que ça soit ce pape aussi obèse que cruel ou Starr qui , scène après scène, perd un peu plus de sa dignité, le scénariste se montre sans pitié.
D’ailleurs, Starr sera la vedette d’un numéro spécial et le personnage central d’une partie du quatrième volume.
Ce militaire, à la morale jusqu’au boutiste, démontre que dans l’absolu, on peut toujours faire pire. Heureusement, il paie ses agissements au prix fort.
Le Saint des Saints est un peu la version extrême de Starr. Il reste fidèle à des idéaux et se montre d’une grande froideur dans l’exécution de sa tâche.

Mais Preacher n’est pas qu’un énorme pastiche à la sauce South Park.
Derrière cet humour noir corrosif, se cache en réalité une histoire d’amour forte teinté de moments particulièrement émouvants.
De même , comme il a pu le faire sur Hitman, le scénariste peut mettre en pause son cynisme pour aborder avec sérieux les répercussions de la guerre sur les soldats ou en se concentrant sur les origines de Cassidy.
Avec finesse, sans pour autant perdre son mordant, Garth Ennis se montre pertinent avec des sujets qu’il ne cessera d’aborder tout au long de sa carrière, notamment sur la série Punisher Max chez Marvel.

La rudesse du trait de Steve Dillon

La force des expressions

À priori, le style de Steve Dillon n’a rien d’impressionnant. Pourtant, il est sans conteste un des marqueurs fort du comics.
Dessinateur britannique, il a à son actif un nombre incalculable de travaux en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis.

Son trait n’a franchement rien de mainstream et peut paraître assez académique.
La stylisation est simple et sans fioriture , ne laissant que peu de places aux détails superflus.
Il n’y a pas d’esbroufe dans le dessin Steve Dillon.
Et cette forme de simplicité, accompagnée d’une brutalité crue convient à merveille à une série comme Preacher.

En prime, on retrouve, ce qui deviendra sa marque de frabrique, les « mimiques à la Steve Dillon ».
Plutôt à l’aise avec l’expressivité de ses personnages, il a su leur donner des allures immédiatement reconnaissables.
On découvre des visages marqués par la vie, loin de l’aseptisation commune à la bande dessinée. Pas de lifting graphique, les expressions retranscrivent des destinées souvent retorses et parfois tragiques.

Bizarrement, j’ai souvent l’impression que les personnages de Preacher ont un petit sourire en coin, comme s’ils étaient conscient du délire dans lequel ils vivent !

Peter Snjejberg

En complément, Preacher a eu le droit à plusieurs récits annexes, centrée sur certains personnages de la série.
Graphiquement, on peut retrouver des collaborateurs réguliers de Garth Ennis et d’autres qui y font des débuts prestigieux.
On notera notamment la prestation de Peter Snejbjerg qui apporte un brin de finesse dans ce monde de brute ( et de tripes ).

En résumé

Preacher de Garth Ennis et Steve Dilon est une des oeuvres cultes du catalogue, tout aussi prestigieux, de Dc Vertigo. 

Marqué par une irrévérence, un cynisme et une violence crue, Preacher est un pamphlet , sans concession, contre toute forme de prosélytisme, religieux comme familial.
Symbolisé par son trio iconique, Preacher développe en parrallèle une galerie de personnages tous plus barrés ou idiots les uns que les autres.
Dépassant le côté caricatural et pince sans rire de l'oeuvre, Garth Ennis se montre aussi très attaché aux drames de l'Histoire.

Steve Dillon livre une prestation, sans faille mais loin des attendus "modernes".
En complément, les tomes 3 et 4 proposent les récits annexes revenant sur les origines du Saint des Saints et celle de Starr.

Cultissime et fracassant !
Bulles carrées

Lire nos chroniques :

  • Les mains sales

Récompenses

  • Micheluzzi de la meilleure série étrangère – 2000 (Italie)
  • Einser de la meilleure série régulière – 1999
  • Haxtur du meilleur dessin – 1999 (Espagne)
  • Einser du meilleur scénariste – 1998
  • Haxtur de la meilleure histoire longue – 1997 (Espagne)

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