Marlaguette (Marie Colmont / Olivier Tallec)

Alors que Marlaguette cueille des champions en pleine forêt, elle est poursuivie par un immense loup gris.
Mais, lors de la fuite, la bête trébuche et reste à terre. Prise de pitié, la jeune fille décide de la soigner et la remet sur pied en huit jours.
Le loup, profondément touché par le geste de Marlaguette, décide de rester près d’elle. Mais peuvent-ils pour autant être ami.es !?

Changer par amitié

Marlaguette est, à l’origine, un conte écrit par Marie Colmont, datant de 1952, devenu, au fil du temps, un classique de la littérature jeunesse.
Tout d’abord illustré par Gerda Muller, le récit sera republié, par la suite, avec les dessins de Gérard Franquin et plus récemment, d’Olivier Tallec.

L’histoire débute comme un écho au Petit Chaperon Rouge.
Marie-Olga, surnommé Marlaguette « pour faire plus court et plus gentil », est attaquée par un immense loup gris. Prise en chasse, elle échappe à ses mâchoires acérées après une chute mémorable, assommant la bête féroce.
Tout aurait pu s’arrêter là ! Mais la jeune fille soigne le loup et une improbable amitié les lie.

Pourtant, le récit prend une toute autre tournure.
Certes, la thématique n’est pas forcément nouvelle mais Marie Colmont y insère une dose de réflexion.
En effet, si le loup est attaché à la jeune fille, il reste un chasseur. Ce qui contrarie Marlaguette qui l’incite à renoncer à ce mode de vie. La fidélité de l’animal est telle qu’il accepte de changer pour elle.
Le loup change, devient végétarien, continuant à gambader auprès de son amie. Mais les répercussions ne se font pas attendre !
Un loup reste un loup et modifier sa nature n’est pas sans conséquence.
La question est ainsi posée : doit on renoncer à ce que l’on est par amitié ? Peut-on vraiment changer de nature profonde ?


Outre la force de l’amitié, on pourrait y déceler une critique du végétarisme. Et effectivement, si le loup ne peut lutter contre sa nature première, pourquoi l’homme le ferait-il ?
Alors, bien sûr, pour cela, il faudrait croire que la nature première de l’homme est d’être un carnivore, ce qui peut être contesté. Et puis, surtout, il ne faut pas oublier la date de publication du conte : 1952. Devenir ou non végétarien n’était pas encore dans le débat public. En tout cas, pas autant qu’il peut l’être aujourd’hui.

Je pense qu’il faut comprendre le propos de Marie Colmont autrement. Certes, la nature profonde de l’animal n’est pas remise en question. Par contre, ses excès le sont.
Or, si le loup a appris à se nourrir uniquement lorsqu’il a faim, pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant ?
Revoir un mode de vie ne veut pas forcément dire qu’il faut le changer totalement !

Une reprise magnifique

Un loup élancé

La première version de Gerda Muller reflète l’esthétisme de son époque, avec un côté extrêmement désuet rappelant l’approche graphique de Marcel Marlier sur la série des Martine.

Forcément, la vision d’Oliver Tallec s’avère plus moderne, correspondant davantage aux productions de notre époque.
Je vous ai déjà exprimé toute l’admiration que j’avais pour son travail. Ses couleurs, ses mises en page, son sens inné du mouvement et de l’expressivité, tout est absolument parfait dans cet album.

Je retiendrais notamment le design de son loup gris, terrifiant sur les premières pages et particulièrement touchant sur les dernières.
Ce corps élancé, débouchant sur une truffe des plus proéminentes, lui apporte une élasticité toute particulière.
Son design est si réussi qu’il en arrive à voler la vedette à la mignonne Marlaguette.

Encore une réussite d’un des meilleurs illustrateurs actuels !

En résumé

Marlaguette est un conte de Marie Colmont datant de 1952. 
Cette dernière version, illustrée par le talentueux Olivier Tallec, reprend l'histoire d'une amitié si forte qu'elle en vient à changer la nature profonde d'un animal.

Mais la question est posée : doit-on totalement se transformer par amitié ?
À travers le parcours du loup gris, on pense forcément au débat autour des régimes végétariens et de la nature humaine. Mais en réalité, plus qu'un changement profond, Marie Colmont remet en cause nos excès.

Les illustrations d'Olivier Tallec sont magnifiques et le design élancé et expressif du loup gris fonctionne à merveille.

Une belle réussite !
Bulles carrées

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