Raiders (Crom / Daniel Freedman)

Marken est un raider. Pilleur de donjon, il a passé une partie de son existence à risquer sa vie pour quelques trésors plus ou moins prestigieux.
Lors de la formation de son jeune frère, Maron, il lui annonce la nouvelle : ce donjon sera le dernier.
Il prend sa retraite pour vivre avec Ally et fonder une famille.
Maron ne comprend pas sa décision et décide de reprendre le flambeau seul.
Mais se lancer dans un raid n’est pas des plus aisés et les règles à suivre sont nombreuses !

Dark fantasy et jeux de rôle

Famille et guerriers

Raiders est la première collaboration entre Daniel Freedman et Crom, prémisse à leur saga Birdking.
Initialement édité, en VF, aux éditions du Del, le projet a été rapatrié chez Les Humanoïdes Associés, fort de l’intérêt qu’ils portent au duo.
Et effectivement, ceux qui ont aimé Birdking ne seront pas dépaysés.

On y suit deux frères : Marken et Maron.
Le premier est un raider expérimenté, une sommité dans son domaine. Mais le goût du danger s’est estompé et il rêve de passer ses derniers jours auprès de sa femme, Ally, prêt à se lancer dans une nouvelle aventure : celle de la paternité.
Maron, son cadet, ne comprend pas ce choix. Il estime énormément son frère et aurait aimé former un duo d’élite. Mais les projets de son frère ont percuté les siens et rien ne peut le faire changer d’avis.
Maron est persuadé que Marken ne peut pas vivre sans aventure. Pourtant il se trompe.
Daniel Freedman oppose les désirs d’une jeunesse en quête de sensations fortes à ceux d’un adulte recherchant la stabilité. La fougue face à l’expérience.
Ces deux parcours ont débuté ensemble pour mieux se séparer avant de converger une dernière fois.

Les protagonistes sont parfaitement développés. On comprend leurs motivations et les choix qui en découlent, tout en devinant que leurs destinées, malgré l’inévitable séparation, restent intimement liées.
Il y a comme une fatalité dans celle de Marken, obligé de revenir à sa condition première, comme si le repos lui était continuellement refusé.

Raiders est un récit sombre, porté par un sentiment d’amertume voire de tristesse.
Tout commence comme un bon JRPG style FromSoftWare avec un pillage de donjon dont on nous explique les règles.
L’environnement est brutal, même si les premières pages esquissent à peine ce que nous apprendrons par la suite.
Daniel Freedman pose les bases par petites touches, exposant par la suite une réflexion sociale plus importante. Cela aurait pu handicaper l’ensemble mais la brièveté du récit oblige l’auteur à condenser son intrigue sans se perdre dans des détails inutiles.
La radicalité du propos n’en est que renforcé, notamment sur une dernière partie particulièrement violente.
Dirigé par les Bishop, membres de la famille royale, et surveillé par la patrouille royale, le citoyen ne peut échapper à ses responsabilités, qu’elles soient directes ou indirectes.
L’injustice de ce monde fait forcément réagir et de telles méthodes ne peuvent déboucher que sur une seule voie : celle de la violence !

Des débuts prometteurs

Parti pris séquenciel

Continuellement affublé d’un crâne masquant son identité et d’un pseudonyme, référence à l’univers de Robert E. Howard, Crom est un auteur aussi étrange que fascinant.

Si Birdking lui a valu la reconnaissance, c’est avec Raiders qu’il fait ses premiers pas dans le monde impitoyables des comics.
Son style est tranché, sec, brut de décoffrage, puisant ses références chez des auteurs aussi prestigieux que Mike Mignola ou dans les univers de FromSoftWare.

Raiders aurait pu souffir de la comparaison avec Birdking mais en réalité, ce premier projet est déjà très abouti.
Les bases de son trait sont présentes, de ses onomatopées au dynamisme de sa mise en page. À certains égards, je trouve même son encrage plus maitrisé, moins saccadé, apportant une souplesse à son dessin.
Ses designs sont toujours aussi inventifs. Et même si nous ne retrouvons pas de créatures aussi marquantes que le Birdking, certains monstres ou les armures de la garde royale s’avèrent réjouissants.
Il reste néanmoins le problème des décors. Souvent délaissés, cette impression de vide n’est guère atténuée par un choix de couleur terne ou le manque d’ombrage plus imposant.

Malgré tout, Raiders reste un bel exemple du talent de Crom et un point de départ plutôt sympathique pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, découvrir Birdking.

En résumé

Raiders est une sorte de cadeau bonus pour tous les amateurs de l'univers de Daniel Freedman et Crom. 

En forme de prémisse à Birdking, le duo nous embarque dans un univers de Dark fantasy dont ils ont le secret.
En reprenant le concept du pilleur de donjon, si cher aux fans de jeux de rôle, Daniel Freedman écrit le destin de deux frères, prenant des voies opposées mais fatalement, interconnectées.
Concis, le récit n'a pas le temps de s'attarder et fonce sans chercher à ménager ses personnages, ni même son lectorat.

Raiders, derrière cette quête d'aventure, n'est en réalité que le reflet du mépris des puissants face à ceux qu'ils dirigent et dont ils n'acceptent aucune opposition.

Le style de Crom est déjà solide et la radicalité du comics se retrouve parfaitement dans un trait ciselé et inventif malgré le peu d'intérêt accordé aux arrières plans.

Un récit porté par la puissance de son trait et l'amertume de son scénario.
Bulles carrées

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  • Russel

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