Printemps bleu (Taiyo Matsumoto)

Printemps bleu est une recueil de sept nouvelles ayant pour cadre le lycée Kitano.
À travers ces récits, Taiyo Matsumoto explore une jeunesse désoeuvrée, en perte de repères, faisant face à un ennui profond.

Cruauté adolescente face à l’incompétence des adultes

La découverte d’une arme à feu

Printemps Bleu fait partie des récits de jeunesse de Taiyo Matsumoto, longtemps indisponible dans l’hexagone.
Publié en 1993, ce recueil débute un cycle sur l’adolescence qu’il conclura des années plus tard avec Sunny.

Chronologiquement, c’est le troisième manga de Taiyo Matsumoto. Forcément, le mangaka n’a encore ni l’assurance ni la prestance, narrative et scénaristique, qu’on lui reconnait aujourd’hui.
Pourtant, elle reste une oeuvre charnière dans la bibliographie de l’auteur, annonçant son prochain succès, Amer Beton.

Printemps Bleu prend place autour du lycée Kitano.
L’établissement, qui nous est présenté dès le premier chapitre, n’est guère reluisant.
Le lycée devient une prison de laquelle on tente par tous les moyens de s’échapper.
La violence est omniprésente, autant chez les lycéens que chez les adultes.
On y découvre le jeu de la balustrade, compétition idiote et dangereuse, où des adolescents tapent des mains le maximum de fois en se rattrapant in extremis à la rambarde du toit de l’établissement, risquant de chuter et d’y laisser potentiellement leur vie.
Par cette histoire, Taiyo Matsumoto ironise autant sur l’ego de ces adolescents, prêts à se mettre en danger par ennui, que sur l’irresponsabilité des adultes, censés les encadrer.
D’ailleurs, les adultes brillent par leur absence. Et quand ce n’est pas le cas, on ne peut pas dire qu’ils soient des modèles de vertu.

Le danger fait partie de la vie quotidienne de ces adolescents. Pour eux, la vie n’est qu’une routine ennuyeuse. Que ce soit par le jeu de la balustrade ou celui de la roulette russe, ces gamins cherchent à se sentir vivants.
Le mangaka, quant à lui, semble apprécier ces moments de latence. Comme lors de cette partie de Mahjong où de jeunes joueurs de baseball ruminent leur défaite au Koshien. Ou ce repas au restaurant où des amis ne cessent de faire leurs comptes, en espérant avoir assez d’argent pour payer leur note.

Et c’est aussi la grande force des histoires de Taiyo Matsumoto. Derrière ce cynisme, cette amertume et cette radicalité, on trouve aussi de l’humour, de la dérision et de l’ironie.
Si le mangaka éprouve une certaine admiration pour les voyous, il n’en est pas pour autant naïf.
Si ces modèles de vertus peu recommandables attirent ces gamins, c’est avant tout parcequ’ils sont la seule proposition « valable ».
Les autres adultes se montrent trop souvent pathétiques.

Un dessin en maturation

Un cadrage typique

Avec Printemps bleu, on découvre une forme de transition dans le travail de Taiyo Matsumoto.
On sent déjà une nette amélioration par rapport à ses premiers travaux.
Le style est plus original que Zéro et le trait plus assuré que sur Le rêve de mon père.

En réalité, Printemps Bleu est une sorte de version béta de ce qu’il proposera sur Amer Beton.
Les masses sont imposantes malgré un léger encrage. Si l’on n’a pas encore l’aspect tremblotant et instinctif de ses oeuvres récentes, on ressent déjà une forme de naturalisme, comme si ses personnages avaient été croqués sur le vif.
Il expérimente encore beaucoup. Son encrage passe de textures surchargées à des choix plus simples et moins portés par des fioritures graphiques inutiles.
Les designs restent classiques même s’il s’amuse, notamment sur les dernières histoires, avec des trognes de gamins mémorables.

Sa narration est encore sage même si, là aussi, il cherche à innover, notamment sur certaines pages où le cadrage prend des formes plus originales, s’amusant avec les perspectives et les points de vues.
Néanmoins, on est encore loin des déformations anatomiques d’Amer Beton ou de l’hyper dynamisme de Ping Pong.

Printemps bleu est une oeuvre de transition essentielle pour l’auteur et intéressante pour les amateurs et amatrices du dessin de Taiyo Matsumoto.

En résumé

Printemps bleu, longtemps indisponible, est la réédition d'une oeuvre  de jeunesse de Taiyo Matsumoto. 

Composé de sept histoires de lycéens, le manga entame le fameux cycle de l'adolescence qui trouvera sa conclusion, des années plus tard, avec Sunny.
On y découvre des adolescents violents, désabusés et souvent désoeuvrés face à des modèles adultes peu recommandables.
Ils n'ont que la violence pour briser, en partie, l'ennui de leur vie.

Aussi sombre que soit la vision du mangaka, elle n'en est pas moins dénuée d'humour et d'ironie, se moquant autant des adolescents que des adultes, incapables de proposer mieux.

L'approche graphique de Taiyo Matsumoto était en pleine mutation.
On sent, à travers ces histoires, une multitude d'expérimentations qui déboucheront, un an plus tard, à son oeuvre culte : Amer Beton.

Un indispensable pour les amateurs et amatrices du mangaka !
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