Super A (Jérémie Moreau)

Aldo et sa soeur Babette profitent de leur après-midi pendant que leur père s’adonne à une longue sieste.
Mais un jour, Babette plonge dans la piscine verdâtre et en ressort avec de nouvelles capacités. Se transformant en de multiples animaux, elle fuit dans les montagnes sous le regard effrayé de son frère.
Aldo, sous l’impulsion de Luca Ier, active lui aussi ses pouvoirs, devenant un Super A.
Ainsi, il peut se lancer à la recherche de sa soeur.

Super-héros, enfance et écologie

Vie de famille et super pouvoir

Après Alyte, Super A est la dernière création de Jérémie Moreau.
Et pour l’occasion, il s’intéresse au monde de l’enfance via les super-héros tout en traitant de notre lien à la nature.
D’ailleurs, lier l’écologie aux super-héros n’est pas forcément une idée nouvelle.
Les plus vieux d’entre nous se souviendront avec émotions du dessin animé Captain Planet et de ses petites leçons de bon sens écologique.

Jérémie Moreau avait déjà travaillé pour la jeunesse en adaptant le roman de Chris Donner, Tempête au Haras.
Et déjà, il abordait le lien aux autres espèces.
Mais, c’est sans doute la première fois qu’il le fait en nous plongeant carrément dans le monde de l’enfance.
En effet, les seul.es adultes présent.es brille par son absence. Le père s’adonne à de longues siestes réflexives alors que la mère voyage aux quatre coins du monde.

N’y voyez aucune forme de maltraitance.
Et même si le second volume atténue cet aspect, via le manque maternel de Babette, les deux enfants sont heureux de cette liberté qui leur est offerte.
De plus l’auteur est assez malin pour nous montrer que le paternel reste présent lors des moments essentiels de vie.
Cette « absence parentale » évoque celle des shonens où l’adulte est souvent dans l’ignorance des activités de leur progéniture.
Comme s’il ne pouvait percevoir le côté fantasmagorique de leurs aventures.

L’effet fondateur de leur nouveau statu quo aurait pu très bien se terminer en tragédie.
Mais dans Super A, quand un bébé tombe dans une piscine négligée, il en ressort avec de nouvelles capacités.
À la manière de la plupart des origin stories de super héros, l’improbable amène à l’incroyable.
Et ce n’est pas plus idiot que de se faire piquer par une araignée radioactive !

En s’amusant avec les codes du genre super-héroique, Jérémie Moreau offre à ses deux enfants, des capacités hors du commun : le pouvoir archéen.
Ainsi, il s’inspire d’une donnée scientifique bien réelle, et dont je n’avais absolument pas connaissance, le dernier ancêtre commun à toutes les espèces.
Selon cette hypothèse, toutes les espèces descendraient d’une même lignée provenant d’un ancêtre commun :LUCA.
Devenir un Super Archéen, c’est avoir accès à ce lien commun, permettant de multiples transformations dont les jeunes enfants feront l’expérience.

Ce premier volume est avant tout un tome d’introduction, présentant autant les personnages que le concept de la série.
L’intrigue, se concentrant sur la recherche de Babette, est avant tout une excuse pour découvrir les nouveaux dons d‘Aldo et Babette.
C’est sans doute le seul reproche que l’on pourrait faire à cet album.
Certes, le concept est ingénieux et les personnages attachants. Mais, pour le moment, l’intrigue reste convenue et ne propose rien de concret pour la suite.

Le second volume parle de responsabilité.
On avait compris qu’Aldo avait la responsabilité de sa soeur et cette position s’accentue avec les crises de sa petite soeur.
Le manque maternel devient ingérable et leur présence au sein du monde animal commence à poser problèmes.
On aurait aimé que Jérémie Moreau développe un peu plus son intrigue tant ce second volume reprend au final le schéma du premier.
Malgré tout, l’ensemble ravira les plus jeunes lecteurs et lectrices qui rigoleront sans doute des crises de Babette.

À la recherche de la ligne parfaite

La ligne parfaite

Depuis Penss, Jérémie Moreau n’a eu de cesse simplifier son dessin. Et Super A découle de cette expérimentation.
Celle-ci est devenue existentialiste à partir Du discours de la Panthère où l’auteur tentait de retrouver l’essence de la fable philosophique.
Comme si le dessin ne devait, en aucun cas, prendre le dessus sur la pensée de l’auteur.

Cette réflexion est symbolisée, de façon ironique, par le propre travail graphique du père qu’Aldo résume en ces quelques mots :

Il rêve d’être artiste. Son rêve, c’est de faire le dessin parfait.
Mais je crois qu’il est un peu nul. Je ne lui dis pas pour pas lui faire de peine.

Car, au fond, cette radicalité lui a sans doute valu quelques incompréhensions.
Personnellement, il m’a fallu un certain temps pour accepter cette évolution et y déceler ses nombreuses qualités.
Rechercher le dessin parfait par une simplification esthétique amène fatalement à une forme d’essentialisme.
Or, je reste fasciné devant ce dessin qui, avec peu d’éléments, peut nous faire ressentir une multitude d’émotions avec autant de justesse.

Super A de Jérémie Moreau est une série jeunesse qui fait la part belle à l'enfance. 

Doté de super-pouvoirs, Aldo part à la recherche de sa soeur, tout en découvrant de nouvelles capacités.
Derrière ce récit piochant autant dans les comics que le manga, Jérémie Moreau continue à théoriser notre rapport aux vivants.

Avec un trait d'une simplicité déconcertante et des couleurs flashies, il est capable de saisir le mouvement ou l'expression parfaite, retrouvant ainsi l'instinct du coup de crayon parfait.
Bulles carrées

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