Dawn Runner (Ram V / Evan Cagle)

Pour faire face aux Tetzas, des monstres géants sortis d’un portail interdimensionnel, l’humanité s’est retranchée dans des forteresses ultra protégées.
Pour affronter cette menace, ils créent des robots géants, les Iron Kings.
Anita Marr, une des meilleures pilotes, se voit confier le dernier modèle révolutionnaire de la firme : Dawn Runner.

Combat de Kaiju et introspection

Robots géants VS Kaiju

Dawn Runner de Ram V et Evan Cagle a tout du classique récit de Kaiju vs méchas.
Et de ce point de vue, l’intrigue du scénariste indien ne cache aucunement ses multiples inspirations.
D’Evangelion à Pacific Rim, on retrouve dans ce comics un amour inconditionnel pour un genre bien codifié.

Premier point, il faut que ça pète.
Et de ce point de vue, l’aspect blockbuster y est assez bien retranscrit.
L’univers reste classique mais cette nouvelle société et son histoire sont assez bien esquissées pour saisir toutes les implications du récit.
Et notamment, le danger que peuvent représenter les Tetzas.
On ne sait pas grande chose de ces monstres mais des éléments attestent d’une recherche de complexité.
En pointant une forme de langage, Ram V va plus loin que leur sauvagerie, leur donnant un objectif et une raison d’être.
Apprendre le langage des créatures doit être un moyen de mieux comprendre leur objectif.
Malheureusement, sans en dévoiler plus, je ne suis pas sûr que l’approche du scénariste soit totalement perceptible par tous les lecteurs et la fin risque de laisser perplexe.

En réalité, les monstres sont avant tout une excuse pour de bonnes empoignades.
Les combats sont dantesques et on saisit toute la puissance de tels affrontements.
Ironie du sort, l’humanité a appris à vivre avec cette menace et en a fait un simple divertissement.
Ram V décrit assez bien l’adaptabilité de l’espèce humaine, tout en remettant en cause son utilisation.
D’ailleurs, le scénariste ne peut s’empêcher de creuser la psychologie de ses personnages.
Anita Marr est la meilleure pilote d’Iron Kings mais c’est aussi une femme, ce qui lui vaut les remarques sexistes de mâles alphas un poil vexés.
C’est aussi une mère de famille qui doit laisser sa fille, atteinte d’un mystérieux virus, pour combattre les créatures à l’origine de ses maux.
Elle expie sa douleur en découpant du lézard géant.
Or, sa connexion avec le Dawn Runner l’amène à prendre conscience de certains égarements.
Ram V fait du Dawn Runner un lien entre le présent et le futur mais aussi entre ennemis soi disant irréconciliables.

Une révélation artistique

Mise en page et trait délicat

C’est indéniable, Dawn Runner est sublime.
Et il est évident que mettre en scène la puissance et le gigantisme de tels affrontements demande un certain talent.
Pourtant, le nom d’Evan Cagle ne vous dira sans doute rien.
Hormis quelques épisodes de Superman / Authority et les sublimes couvertures de Batman Nocturne, l’auteur est encore un novice.
Et d’une certaine façon, Dawn Runner est son premier comics.

Ce comics découle du hasard. En furetant sur Instagram, Ram V tombe sur les illustrations d’Evan Cagle et c’est le coup de foudre immédiat.
Il faut dire que son dessin marque les esprits.
Son trait est à la confluence de multiples inspirations, du comics au manga ( Evangelion ) en passant par les inévitables Druillet et Moebius.
Malgré tout, ses designs sont inventifs, reprenant certains codes tout en les modifiant selon ses goûts.
Si la forme humanoïde du Dawn Runner fait référence aux Eva de Yoshiyuki Sadamoto, il lui apporte sa propre personnalité avec ses cuisses proéminentes.
Il en est de même pour les Tetzas, avec un côté très animal plus que monstrueux ou horrifique.

La mise en page est efficace et dynamique même si, il faut l’avouer, elle n’arrive pas à régler certains soucis de lisibilité, notamment sur les scènes d’actions.
C’est d’ailleurs le grand écueil de cet album. Si on ressent la puissance des affrontements, l’action reste floue et même la colorisation de Dave Stewart et Francesco Segala peine à régler ce soucis.

En somme, Dawn Runner, aussi perfectible soit-il, reste l’album d’une révélation graphique.
D’ailleurs, il ne faudra pas attendre longtemps pour retrouver ce duo.
Les deux compères seront sur le titre New gods et les premières previews sont tout bonnement hallucinantes.

En résumé

Dawn Runner de Ram V et Evan Cagle est récit d'action psychologique mêlant grosses bagarres et introspections familiales.

Si l'intrigue de Ram V, mélangeant Evangelion avec Pacific Rim, reste assez classique, elle nous emporte par son dynamisme et sa portée psychologique.
On lui reprochera néanmoins une fin expéditive et quelques développements d'univers peu exploités.

De la même façon, Evan Cagle explose littéralement pour ce qui est, concrètement, son premier comics.
Fouillé, détaillé, inventif, explosif et délicat, ses planches sont tout simplement bluffantes de maitrise.
Il est juste dommage que les soucis de lisibilité lors des phases d'action atténuent cette perfection graphique.

Un comics perfectible mais une lecture agréable.

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