Un sombre manteau (Jaime Martin)

Alors que Serena essaie d’échapper à une étrange menace, elle est recueillie par Mara, la vieille rebouteuse d’un petit village isolé des Pyrénées .
Ensemble, elles font face aux jugements de certaines villageoises qui voient, notamment dans les actes de la rebouteuse, des relents de sorcellerie.
Quant à Serena, avec son sombre manteau, elle attise les regards malgré ses nombreux secrets.

Un monde en pleine transformation

Traditions et supersitions

Deux femmes seules contre tout un village

Après une trilogie (auto)biographique, Jaime Martin revient à la fiction avec Un sombre manteau.
Le récit nous emmène dans un environnement aussi hostile que les habitants qui y demeurent.
En effet, l’auteur met face à face deux mondes qui cohabitent sans vraiment se comprendre.

Mara a, pour ainsi dire, choisi l’isolement dans un univers isolé.
Ce choix de vie interroge et amène toutes sortes de rumeurs et jugements préconçus.
On ne peut pas dire qu’elle soit rejetée par la population locale, d’autant plus que ses activités de rebouteuse leur sont nécessaires.
Mais, elle n’est pas dans la norme.
Sans mari ni enfant, elle a une liberté qui s’oppose aux traditions villageoises.
On pourrait y voir une forme de modernité dans ce refus de se plier aux diktats de la société.
Cependant, le développement de l’auteur ne se veut pas forcément moralisateur.
Dans le passé de Mara se cache une douleur qui explique ses choix vie et qui, d’une certaine façon, la lie à Serena.
Aussi étrange soit-elle, la rebouteuse va prendre la jeune muette sous son aile en la protégeant des errements du patriarcat.

Serena a tout du personnage gothique.
Autant par son look que par les mystères qui l’habitent, la jeune femme nous fascine autant qu’elle nous émeut.
Cette figure est marquée par la tragédie mais aussi par une innocence sans cesse remise en question.
Qu’on la maltraite ou qu’on la jalouse, elle cherche avant tout à comprendre son entourage mais ne trouve de réconfort, au final, qu’ auprès de Mara.

Cependant, une question se pose : l’arrivée de Serena est-elle vraiment due au hasard ?

La mort vous va si bien !

Quand l’étrange se mêle du réel

Un sombre manteau applique en partie les codes du récit fantastique.
Si l’environnement, la population et le déroulement du récit sont bien réels, ils sont sans cesse « parasités » par des éléments inexplicables.

D’ailleurs, la plupart sont liés, de près ou de loin, à Serena.
Dès les premières pages, la jeune femme tente d’échapper à un loup noir qui la somme d’avancer vers sa destination.
Vision cauchemardesque ou présence concrète, le féroce animal impacte fortement la vie de la jeune femme et de ceux qui l’entourent.
Ainsi, Jaime Martin crée une bête terrifiante porteuse de nombreux maux. Son pelage noir et sa respiration verdâtre imprègne les esprits.
Le lien entre l’animal et Serena est forcément intriguant et donne les clés de compréhension.
Chaque pièce du puzzle s’imbrique avec les autres, de façon macabre, pour petit à petit se propager dans le réel.

Les interprétations seront nombreuses, même si la conclusion apporte ce qui semble être le choix définitif de l’auteur.

Un digne représentant de l’école espagnole

Un trait gras et maitrisé

Certes, Jaime Martin n’est plus vraiment un novice et ses précédents travaux ont largement démontré ses talents artistiques.

Depuis plusieurs années, la présence de dessinateurs espagnols au sein de la bd franco-belge et comics est de plus en plus importante.
Il faut dire que la multiplicité des styles a de quoi ébahir tous les amateurs de beaux dessins.

Et Jaime Martin ne déroge pas à la la règle.
Si son dessin s’accorde plus à l’école franco-belge, notamment en terme de narration, on se régale de cette stylisation semi réaliste, rehaussée par un encrage et une colorisation marqués.
Son dessin, nourri par un véritable travail de documentation, s’ancre à merveille dans les époques qu’il explore.
Sur Un sombre manteau, la couleur est un outil prépondérant pour l’ambiance, tout en apportant certaines clés de l’intrigue.

Un dessin maitrisé et une couleur essentielle !

En résumé

Un sombre manteau de Jaime Martin est un pur récit fantastique qui mélange de façon astucieuse le réel avec l'irréel. 

Par son environnement, ses personnages et son ambiance, le récit nous emporte dans une sombre intrigue où les traditions paysannes font face à la modernité insolante de deux femmes isolées.
Ainsi, les villageois affrontent une inconnue qui, de façon inconsciente, va brutalement briser le cours de leur vie.

Le dessin met merveilleusement en images cette ambiance lugubre et par moments effrayante.
Cet effroi contraste avec l'innocence d'une femme aussi touchante que fascinante : Serena.


Un bel album !

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