Alors que sa mère doit participer à une tournée de danse exceptionnelle, Almudena est confiée à un homme qu’elle ne connaît pas : son père.
En effet, Xavier a accepté de l’accueillir. Mais, originaire d’Amérique latine, ses lacunes en anglais complexifient la communication.
Surtout qu’en plein chantier de réhabilitation d’une vieille maison, il espère qu’elle lui apportera un peu d’aide.
Mais est-ce-que tout un été suffira à Almudena pour en apprendre un peu plus sur son père et sa communauté ?
La nouvelle vie d’Almudena
Se découvrir à travers les origines de son père

Almudena de Samuel Teer et Mar Julia est un comics ado traitant de quête d’identité et de vivre ensemble.
Je ne connaissais pas le travail de Samuel Teer mais ses origines guatémaltèques semblent servir de base aux interrogations de sa jeune héroïne.
En effet, Almudena est une adolescente plutôt bien dans sa peau vivant seule avec une mère légèrement délurée.
Assez pour décider, sans d’autres solutions, de laisser Almudena, le temps d’un été, à son père génétique qu’elle n’a jamais rencontré.
Et elle a justement plein de questions à poser à cet homme dont la plus essentielle : « Pourquoi a-t-il décidé d’être absent de la vie de sa fille ? »
Au vu du pitch, on s’attend à des relations complexes et particulièrement tendues. Et d’une certaine façon, c’est un peu le cas.
Mais l’écriture de Samuel Teer est plus maline.
Xavier, à qui on devrait faire mille reproches, est un personnage hautement attachant.
Dès sa première apparition, avec cette bonhommie si particulière, on sent chez cet homme une véritable humanité.
Il attire les bonnes grâces autour de lui notamment de la gente féminine ce qui nous vaut d’ailleurs quelques scènes délicieusement drôles.
Cela en fait-il un coureur de jupon et expliquerait la séparation avec la mère d’Almuneda ?
Heureusement, le scénario ne tombe pas dans ce genre de « grivoiserie », préférant s’intéresser à de nombreux sujets de société.
Almuneda, en rencontrant son père, découvre une nouvelle identité qu’elle doit apprendre à apprivoiser.
En effet, Xavier vit au sein d’une communauté guatémaltèque.
Almudena découvre un quartier et des traditions l’amenant à une culture qui lui semble, au départ, bien étrangère.
Les débuts sont difficiles et entre la nourriture trop épicée, la nouvelle compagne de son père, les moqueries de Beto, le rejet est total.
Cependant, peut-elle passer tout un été dans un endroit dont elle ignore les codes ?
Samuel Teer, sans forcer le trait, démontre que les racines de nos parents font partie intégrante de ce que l’on est.
Mais si ces racines sont un élément essentiel de compréhension, c’est avant tout la tolérance qui permet le vivre ensemble.
Vivre ensemble

Almuneda aurait pu être un vulgaire récit communautaire.
Mais au contraire, Samuel Teer évite les pièges en prônant une éthique de vivre ensemble.
Et en effet, si Almudena rejette au départ ses traditions guatémaltèques, c’est avant tout par méconnaissance et un certain « conditionnement éducatif ».
Néanmoins, cette méconnaissance est partagée par l’ensemble des groupes.
« Contrefaçon », le prénom que lui donne Beto, exprime d’une certaine façon le mépris d’une double nationalité.
Une façon méchante de lui dire qu’elle ressemble à une guatémaltèque sans en être vraiment une.
C’est d’ailleurs un reproche qu’on retrouve de façon récurrente envers les binationaux et on imagine que ce sentiment reflète le vécu du scénariste.
Si Samuel Teer présente le communautarisme comme une force, notamment pour lutter contre la gentrification, il en dénonce aussi certaines failles.
Et notamment, soyons honnête, une forme d’intolérance.
Si les moqueries de Beto cachent son propre mal-être, les reproches d’Idola envers les choix sexuels de son amie Queralt découlent davantage d’un manque d’ouverture d’esprit.
Samuel Teer règle certains conflits un peu facilement mais il cherche avant tout à diffuser un message positif.
En réalité, cette vieille maison retapée par Xavier et sa fille est le reflet du « vivre ensemble ».
Un dessin jeunesse vivace

Si je ne connaissais pas la carrière de Mar Julia, son travail graphique a déjà été remarqué de nombreuses fois, notamment sur Lumberjanes et Adventure Times.
Almuneda est son premier roman graphique.
Pour être honnête, je ne suis pas forcément fan du trait de Mar Julia.
Sans être désagréable, il n’a pas de véritable accroche.
Malgré tout, son dessin sort légèrement des codes habituels du comics jeunesse.
Son trait, et notamment son encrage, a plus de matière, lui donnant une certaine vivacité.
Son style paraît moins aseptisé même s’il y perd en précision.
L’ensemble reste simple, notamment sur les arrières plans qui restent succincts.
Cependant, les amateurs du genre ne seront pas dépaysés et y retrouveront, sans doute, tout ce qu’ielles aiment dans cette approche graphique.
En résumé
Almudena de Samuel Teer et Mar Julia est une nouvelle fois la preuve d'une véritable mouvance du comics jeunesse.
Avec ce récit, Samuel Teer propose un récit vivifiant et optimiste sur le vivre ensemble.
Indéniablement politique, Almudena traite autant d'immigration, de double nationalité, de gentrification, des questionnements sexuels et de paternité tout en prônant l'esprit de communauté.
Loin d'être naïf sur le monde qui nous entoure, Almudena démontre que par l'écoute et la compréhension, on peut échapper à l'individualisme que tente de nous imposer la société.


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