Les âmes féroces (Marie Vingtras)

Trois ans après son premier roman à succès Blizzard, Marie Vingtras faisait son retour avec Les Ames féroces. L’autrice y retrouve l’écriture du roman choral et brosse le portrait par touches d’un groupe de personnages habitants Mercy, une petite ville américaine bien tranquille. Tellement tranquille qu’il ne s’y passe ordinairement pas grand chose. Du moins, jusqu’à la mort de Leo, une adolescente dont la shérif Lauren Hobler découvre le corps près de la rivière. Une mort mystérieuse qui va révéler les nombreux secrets de celles et ceux qui l’ont connue.

4 saisons pour 4 narrateurs

« Savez-vous seulement qui je suis ? »

C’est ainsi que débute le prologue du roman. Dans la petite ville de Mercy, la découverte macabre du corps de Leo est un mystère et un choc. Et ce n’est pas Lauren, la shérif, qui s’en réjouirait. Elle qui peine à être acceptée et reconnue comme la digne remplaçante de Victor, l’ancien shérif, va devoir mener à son terme cette enquête difficile. D’autant plus qu’elle vit avec Janis, une femme battue et violentée dont elle est tombée amoureuse et qu’elle a recueillie. Pas facile dans une si petite ville de ne pas subir l’homophobie et la jalousie à peine dissimulées, notamment de son adjoint.

J’aurais voulu pouvoir sauver toutes les femmes, surtout celles qui ne rentraient pas dans les clous. Celles qui détonnaient parce qu’elles voulaient être libres et pas simplement être un ventre ou l’abîme entre leurs cuisses. Celles qui voulaient juste aller boire un verre un samedi soir, s’asseoir dans un box avec leurs copines et cesser de penser à tout le reste. Même ça, c’était parfois trop pour un homme.

En quatre saisons, le récit de l’avancée de cette enquête jusqu’à sa résolution va être prise en charge par un narrateur ou une narratrice différente : Lauren, la shérif, Benjamin Chapman, le professeur de Leo et écrivain au passé douteux, Emmy, une camarade de classe et amie, et son père, Seth.

Chacun va non seulement révéler des pièces du puzzle qui vont reconstituer le portrait de Leo mais aussi, et surtout, nous révéler qui ils sont. Et les parts d’ombre de leur vie.

Ce que nous sommes, ce que nous aurions aimé être

Les Ames féroces est un roman noir davantage qu’un thriller. Ce qui importe ici, au-delà de l’enquête qui révélera qui est le coupable de la mort de Leo, c’est pourquoi elle est morte et comment. Car Leo est une des facettes de cette petite ville, et, au-delà, d’une certaine société américaine. Chaque personnages rencontré, de Lauren à Seth en passant par Benjamin ou Emmy, nous offre une pièce du puzzle. Un morceau de vie passée qui permet de comprendre ce qu’ils/elles sont, entre failles et forces, ombres et lumières.

Et c’est là que réside tout le talent de Marie Vingtras. Les personnages les plus attachants ne sont pas exempts de défauts ni de faiblesses. Et parallèlement, les plus obscurs nous dévoilent leur âme et nous permettent de comprendre comment ils en sont arrivés là. Sans rédemption cependant.

Leo est au coeur de ces vies, de ces attirances et de ses désirs, de ces jalousies et de ces espoirs souvent cloués au sol.

Il n’y a que ceux qui ont tout ce qu’ils désirent qui peuvent marcher le nez en l’air. Les autres avancent les yeux rivés au sol en se demandant où se dissimule le prochain obstacle.

A Mercy, le Bien et le Mal se confondent et s’agglomèrent dans une réalité grise. Une réalité dans laquelle s’engluent les personnages et de laquelle Leo voulait s’extraire. Leo, la lectrice, Leo l’amoureuse, Leo la fille abandonnée par sa mère.

On retrouve d’ailleurs dans ce roman un topos courant chez les écrivains américains que Marie Vingtras affectionne : celui de la famille dysfonctionnelle. Chaque personnage, à sa manière, apporte sa pierre à l’édifice social branlant. Entre famille décomposée, omniprésence ou absence de la mère, désir d’enfant avorté, on ne peut que constater l’amour qui manque et celui qui est convoité.

Un roman psychologique qui sonde l’âme humaine.

Pourquoi lire les Ames féroces ?

Les Ames féroces est un roman insidieux. Sous ses aspects d'enquête, Marie Vingtras nous plonge, à travers les 4 récits qui composent l'année suivant la mort de Leo, au plus profond de quatre âmes d'habitants de Mercy. Ce qui aurait pu être un thriller se mue alors en roman noir psychologique. Chacun cache des failles et des travers mais aussi des blessures psychologiques et une quête d'amour sans fin. Par touches et plongeons dans le passé, on découvre la noirceur mais aussi la solitude de ces êtres malmenés par leurs désirs. Un roman à la tension lente mais profonde. 
Mots Tordus

Pour lire nos chroniques sur :

  • Supergirl : being Super

  • Parler comme tu respires

Laisser un commentaire

Retour en haut