Mots Tordus et Bulles Carrées

Arca (Van Jensen / Jesse Lonergan)

Pour échapper à la destruction de la Terre, un groupe de riches citoyens monte un projet hors norme : Arca.
Depuis une dizaine d’années, le navire spatial transporte les survivants de la planète à la recherche d’un nouvel Eden.

Un microcosme de société

La lecture comme moyen de contrôle

Arca de Van Jensen et Jesse Lonergan est le dernier projet comics de 404 Graphic.
On ne reviendra pas sur l’excellent travail de maquette et le rapport qualité/prix plus qu’honnête de l’éditeur, c’est une habitude dont certains autres acteurs du marché devraient s’inspirer.

Mais que vaut Arca, en dehors de cela ?
Dans l’ensemble, c’est une lecture agréable quoiqu’assez classique.
Clairement, le scénario de Van Jensen ne réinvente pas la poudre.
La construction du récit n’étonne guère.
Et les amateurs de science fiction ne mettront que quelques pages à en découvrir le pot aux roses, malgré sa surprise finale.
On est dans de la science-fiction sociétale dont certains aspects rappellent fortement Snowpiercer de Bong Joon Ho, en moins radical.
Ainsi, la hiérarchisation de la navette spatiale reprend cette division en castes avec, à sa tête, les Citoyens et, au bas de l’échelle, les Pionniers.
On suit Effie, une pionnière au service des Citoyens qui approche de la majorité.
La jeune fille n’a jamais remis en cause ce système.
Elle semble y trouver un certain confort, surtout qu’à l’aube de ses 18 ans, sa certification signe la fin de sa servilité.
Van Jensen nous décrit un société pyramidale donnant sa chance à ceux du bas, après quelques années au service de la communauté.
Dans un premier temps, certains citoyens comme Denton Graves ou Nahyan Al Said ne semblent pas abuser de leur autorité.
Au contraire même, Nahyan Al Said accepte qu’Effie continue à lire alors que c’est formellement interdit aux citoyens.
Mais par petites touches, le scénariste fait dérayer ce système, nous amenant à une vérité attendue mais peu reluisante.

Si beaucoup d’éléments m’ont semblé évidents, je trouve la réflexion autour de la lecture assez pertinente.
Dans un monde où l’argent n’a plus de valeur, comment peut-on continuer de contrôler les masses ?
La lecture devient l’arme des puissants et en exclure les pionniers rend plus aisé leur obéissance.
Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’Effie, seule pionnière à avoir accès à la lecture, remet en cause ces idées.

Une patte graphique originale

Une mise en page inventive

La véritable découverte de cet album tient en un seul nom : Jesse Lonergan.
Je ne connaissais pas son travail jusque là.
Mais, en faisant quelques recherches sur l’auteur, je me suis rendu compte que ce dernier était loin d’être un novice.
Si Arca fait partie de ses dernières publications, le bonhomme a pas mal bourlingué, entre auto-éditions, projets solo et travail sur licence (notamment sur Star Wars).
D’ailleurs, et cela me ravit, j’apprends qu’il collabore même avec Mike Mignola : Miss Truesdale and the fall Hyperborea (Delcourt, si vous nous lisez ;)).

Sur Arca, je découvre un trait tremblotant mais précis et détaillé.
D’une certains façon, il me rappelle le style de Fabio Moon, avec une particularité bien propre : sa narration.
Et de ce point de vue, c’est un régal pour les amateurs de pages déstructurées.
L’auteur s’amuse comme un fou avec ses cases, faisant d’elles des éléments de narration propres.
C’est inventif et jamais gratuit, d’autant que l’auteur peut se montrer classique quand cela s’avère nécessaire.

Personnellement, je suis admiratif de cette fluidité graphique et la colorisation de Patricio Delpeche, tout en aplat, enveloppe l’ensemble sans jamais y nuire.

Pour résumer

Arca de Van Jensen et Jesse Lonergan n'est sans doute pas le scénario de science fiction le plus original. 
Mais derrière cette intrigue un peu convenue, notamment pour les amateurs du genre, se cache une réflexion sur notre société toujours bonne à lire dans la période actuelle.

Cependant, la véritable baffe de ce comics restent les dessins de Jesse Lonergan.
Le style graphique est tremblotant mais précis et s'allie à une narration inventive et réjouissante.
Un auteur qu'on espère recroiser très rapidement !

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Bulles Carrées

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