Mots Tordus et Bulles Carrées

Une heure de ferveur (Muriel Barbery)

En avril paraissait en poche dans la collection Babel le roman Une heure de ferveur de Muriel Barbery, précédemment édité chez Actes sud en 2022. C’était l’occasion pour moi de retrouver cette autrice que j’avais découverte il y a presque 20 ans avec L’Elégance du hérisson et Une gourmandise. Une heure de ferveur est la suite de son précédent roman intitulé Une rose seule.
Il peut se lire indépendamment du précédent. On y retrouve le Japon qu’elle aime tant, ses jardins zens et ses âmes délicates, ses récits légendaires et ses esprits fins aussi.

Mourir pour naître à soi

Haru Ueno est un marchand d’art reconnu et respecté de Kyoto. Alors qu’il sent la mort le cueillir, il pense avec douceur aux trois fils qui ont tissé sa vie. L’art, l’amitié et sa fille Rose.

Lui, le fils d’un commerçant de saké, a quitté à 20 ans Takayama pour Kyoto sans rien. C’est sa rencontre avec Keisuke, un potier, peintre, calligraphe et poète, qui va déterminer sa vie.

Dès lors, ils vont vivre l’un près de l’autre, avancer en amis. Traverser les moments les plus lumineux mais aussi les plus sombres, ensemble.

Si Keisuke se créera une famille, Haru ne vivra la sienne que par procuration.

En effet, sa fille Rose, née d’une aventure avec Maud, une mystérieuse femme française en visite au Japon, va grandir en France auprès de Paule, sa grand-mère. Il ne peut lui rendre visite. Il est en effet soumis à un chantage de la part de Maud. Elle menace de se suicider s’il prend contact avec sa fille.

Débute alors une relation étrange à distance avec cette enfant qu’il ne voit grandir qu’au travers de clichés pris par un détective chargé de la suivre chaque jour.

A l’heure de mourir, Haru Ueno nous raconte son parcours de vie. Ses rencontres, son amour de l’art et ses réflexions philosophiques sur la vie et la mort, toujours en lien avec la nature et les paysages japonais.

A la croisée des genres du conte, du récit de vie et de la poésie, Une heure de ferveur nous offre un voyage en équilibre entre la vie et la mort. Entre l’éternité et l’instant, entre le proche et le lointain. Mais toujours avec l’art, l’amitié et l’amour en lien.

La part la plus précieuse

Muriel Barbery, dans un entretien à la librairie Mollat, évoquait avec passion Antoine de Saint Exupéry et particulièrement Terre des hommes. L’extrait suivant offre d’ailleurs son titre au roman de l’autrice :

Après avoir vécu deux ans en résidence à la Villa Kujoyama en 2008 et 2009, Muriel Barbery se fascine pour le Japon. Elle nous propose ici sa lecture des paysages, des jardins, des saisons mais aussi des êtres et esprits, des animaux mythologiques et surtout de la beauté qui semble lier tous ces éléments.

Son écriture est souvent poétique, ses descriptions sensibles et somptueuses. On plonge littéralement dans le Japon kyotoïte tant par les arts qui y sont pratiqués et admirés que par les lieux traversés. Tant par la nourriture et la boisson partagées que la vie mêlée de spiritualité et de franche camaraderie des amis de Haru.

En suivant le fil de vie de cet homme qui cherche à s’accorder aux choses et aux êtres qui l’entourent, on effectue un voyage initiatique et une métamorphose singulière. Muriel Barbery nous révèle notre part de Japon.

En effet, on pourrait lui reprocher sa vision traditionnelle et un peu « cliché » du Japon. Mais le récit est tellement précieux et ciselé qu’on se laisse doucement emmener.

Pourquoi lire Une heure de ferveur ?

Une heure de ferveur de Muriel Barbery satisfera autant les lecteurs de la première partie de son diptyque japonais Une rose seule que les nouveaux venus. Le récit de la vie et des passions de Haru Ueno, au coeur du Japon traditionnel de Kyoto et de ses jardins délicats, touche autant par ses descriptions poétiques que par sa réflexion sur la vie et la mort, sans cesse unies dans l'esprit et le corps des personnages. La quête de soi et d'une harmonie existentielle sont ferventes. Comme le dit le renard Kitsune : "Tout ce qui n'a pas été fervent s'efface, la misère et la grâce sont également infinies."

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