Mots Tordus et Bulles Carrées

Blacksad (Juan Dìaz Canales / Juanjo Guarnido)

Les aventures de John Blacksad, détective privé et chat noir.

Alors, tout tombe

John Blacksad est embauché par Kenneth Clark, président du syndicat des travailleurs du métro, pour le protéger de la mafia des belettes.
Pendant ce temps, son acolyte journaliste Weekly doit redoubler d’effort pour conserver son poste de journaliste.
Il décide d’interviewer le concepteur du fameux Solomon Bridge et s’embarque dans les sphères du pouvoir.

Un retour salvateur

Un clin d’oeil amusant

Il aura donc fallu pas loin de 8 ans pour retrouver le héros charismatique de Juan Dìaz Canales et Juanjo Guarnido : John Blacksad.

Si la série a fortement marqué le paysage de la bande dessinée franco-belge dans les années 2000, le souffle s’était légèrement atténué au fil des tomes.
Certes, les scénarios de Juan Dìaz Canales n’ont jamais brillé par leur originalité.
Mais il proposait des récits efficaces, souvent porteurs de thématiques sociales fortes.
Cependant après un 5eme tome peu inspiré, il était temps pour les auteurs de vaquer, chacun de leur côté, à d’autres projets ( la reprise de Corto Maltese pour le scénariste et les Indes fourbes pour le dessinateur).

Mais voilà, le manque a commencé à se faire sentir.
Et comme rien ne se perd dans le petit monde de la bande dessinée, la rumeur a commencé à monter sur le retour de Blacksad.

Double dose pour double plaisir ?

Une discussion musclée

Et pour leur retour, les auteurs innovent avec, pour la première fois, une histoire complète en 2 tomes.
Si l’idée a de quoi séduire, elle inquiète aussi.
La série, à l’image de son personnage, ne s’est jamais embarrassé de détails surperflus.
Et il aurait été dommage de se perdre dans une intrigue alambiquée.

Or, la lecture de la première partie rassure d’emblée.
Les auteurs parlent d’un retour aux racines, ce qui, personnellement, me semble impossible tant Blacksad a évolué entre le premier et le dernier tome.
Par contre, nous y retrouvons une atmosphère immédiatement identifiable.

Juan Dìaz Canales a compris qu’au fil du temps l’univers de Blacksad s’est étoffé et qu’il était judicieux d’en réutiliser de nombreux éléments.
À cet égard, Weekly tire son épingle du jeu. Il prend même le dessus sur le détective privé, au moins sur la première partie.
C’était un pari risqué, tant le personnage peut être agaçant, mais il permet au scénariste de varier les plaisirs.
Weekly est le profil type du journaliste qui questionne les gens sans forcément questionner les actes.
Les rapports qu’il entretient avec Rachel Zucco symbolisent deux types de journalisme.
Elle débouche sur une révélation finale assez inattendue dont la morale est simple : oui, le journalisme peut faire bouger les choses.

Un autre élément va bouleverser profondément la vie de Blacksad.
Pour la première fois, Juan Dìaz Canales réintroduit, dans la deuxième partie, un personnage apparu dans un tome précédent.
Celui-ci, porteur de la grande révélation de l’album, ne fait, au final, que confirmer ce que le scénariste avait insinué précédemment.
Une question se pose alors : que faire de tout cela ? Est-ce annonciateur d’un renouveau total ?
Tout est possible mais Juan Dìaz Canales aura réussi son pari : nous redonner envie de suivre Blacksad.

L’anthropomorphisme par excellence

une maitrise absolue

Quand la série arrive sur le marché de la bd européenne, l’anthropomorphisme n’est pas quelque chose de nouveau.
La bd franco-belge s’est toujours amusée à donner une apparence animale à des personnages aux caractéristiques humaines.

Cependant, la maitrise absolue de Juanjo Guardino subjugue.
Il faut dire qu’il a été élevé à bonne école. Et ses premiers travaux au sein de Walt Disney ont particulièrement marqué le trait du dessinateur espagnol.
Au point qu’on s’amuse à chercher les multiples références qu’il parsème dans les cases de Blacksad. (à l’image de la mafia belette dans le tome 6)

Techniquement, le dessin de Guarnido est déjà fabuleux et atteint une certaine perfection sur le dernier volume.
S’il y a des évolutions graphiques, elles sont fondamentalement liées à l’évolution même de la série et du personnage.
Plus sauvage sur les premiers tomes, le trait s’adoucit sur les derniers.

La couleur est primordiale et joue un rôle essentiel dans la mise en place des atmosphères, notamment sur les premiers tomes.
Noir sur le premier, blanc sur le second, rouge sur le troisième, cette approche se transforme petit à petit en une palette de couleurs éclatante qui trouve son paroxysme sur le tome 5.

Le rythme de production est ralenti et la lassitude se fait sentir à partir du quatrième opus.
Même si cela ne se ressent pas en terme de qualité, on comprend que la pause Indes Fourbes lui a permis d’explorer de nouvelles pistes, l’éloignant un temps de l’anthropomorphisme.

Ainsi, aussi excellent est son art, un auteur a toujours le besoin de se remettre en question.
Si Blacksad n’est pas vraiment le lieu pour ce genre d’expérimentation, le traitement des souvenirs sous le filtre des tableaux dans le tome 7 prouve que l’auteur cherche encore à nous étonner.

En résumé

Blacksad de Juan Dìaz Canales et Juanjo Guarnido est un polar classique mais efficace. 

Si on met de côté les tomes 4 et 5, Juan Dìaz Canales a su rendre hommage au roman noir en abordant des thématiques sociales majeures.
Épaulé par l'excellence du trait de Juanjo Guarnido, Blacksad développe une immense galerie de personnages tous plus magnifiques les uns que les autres.
Créant des atmosphères colorées riches, Juanjo Guarnido brille par son talent pour l'anthropomorphisme, tout en cherchant à innover dans un style quasiment parfait.

Les tomes 6 et 7 signent un retour gagnant après une petite baisse de régime.
On y retrouve tout ce que l'on aime dans la série avec quelques belles surprises en prime.

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Pour lire nos chronique sur Je suis leur silence et John Chatterton

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