Mots Tordus et Bulles Carrées

Damn them all (Simon Spurrier / Charlie Adlard)

Ellie est attirée depuis toujours par le monde occulte.
Son oncle Alfie, lui-même magicien et détective, a tenté de l’en éloigner mais la jeune fille est têtue.
Il décide donc de la prendre sous son aile afin d’éviter qu’elle ne dérive trop.

Les années ont passé.
72 démons se sont échappés des enfers.
Depuis la mort de son oncle, seule Ellie semble en mesure d’enquêter sur ce dangereux phénomène.
Et elle compte bien utiliser tous les moyens pour rétablir la situation.

Dans la famille Constantine, je voudrais… la fille !

Les bienfaits du recyclage

Un univers poisseux à souhait

Damn them all de Simon Spurrier et Charlie Adlard est le fruit d’un coup du sort.
Le scénariste britannique travaillait depuis quelques temps sur la série Hellblazer et souhaitait marquer durablement l’édifice, déjà conséquent, de la vie de John Constantine.
Cependant, après seulement 12 numéros, Dc Comics interrompt les festivités malgré le succès critique de la série.
Simon Spurrier ressort de cette expérience avec la frustration de ne pas pouvoir exploiter toutes les idées qu’il avait en tête.
Il se dirige alors vers Boom Studios et propose, accompagné de son compère Charlie Adlard, le projet Damn them all.
Ainsi est née Ellie « bloody hell » Hawthorne !

L’histoire est souvent moqueuse avec les « puissants ».
Damn the all remportera un succès certain et Dc comics comprendra, un peu tardivement, son erreur.
Elle propose donc à Simon Spurrier de reprendre Hellblazer.
Au final, le scénariste ( et les lecteur.rices ) se retrouve doublement gagnant.
Comme quoi, les coups du sort ont parfois du bon et ce n’est pas Ellie qui vous dira le contraire.

Ellie, une amie qui ne vous veut pas (que) du bien !

Une enquêtrice sous substances

Beaucoup imaginent Ellie comme une version féminine de John Constantine.
En effet, les points communs sont nombreux.
Elle jure comme une charretière, s’adonne aux plaisirs de la chair, se dope, boit et fume comme un pompier.
Cependant, Simon Spurrier ne peut se contenter de ce genre de facilité.

S’il y a bien un John Constantine, il faudrait plutôt regarder vers Alfie.
Ellie n’est que sa nièce reprenant le relais d’un homme parti brusquement.
De cette façon, Simon Spurrier s’intéresse surtout à la notion d’héritage, qu’il soit assumé ou involontaire.
Ainsi, Ellie n’est pas un simple ersatz et le scénariste apporte sa touche personnelle, à l’image de ce marteau magique dont l’imagerie brutale résume assez bien le personnage.
Des scrupules, elle n’en a pas vraiment. Elle bosse pour la mafia, manipule son entourage comme bon lui semble. Peu importe, du moment qu’elle obtient ce qu’elle désire.

Même si pour cela, elle doit sacrifier beaucoup.

La magie ne fonctionne pas sans sacrifices.

A l’image de Fullmetal Alchemist, les actes imposent une responsabilité.
Et, selon les règles instaurées par Simon Spurrier, on n’invoque pas un démon à la lègère.
Ces créatures, comme on peut l’imaginer, sont surpuissantes et leurs apparitions provoquent forcément d’intenses réactions.
A la façon de djinns, ils se retrouvent certes aux ordres d’humains peu scrupuleux mais on comprend que leur volonté est propre.
Simon Spurrier s’éloigne des archétypes et nous montre des créatures plus complexes, attachées à un sort et à des actions qu’elles ne désirent pas.

Le ton ne fait pas dans la demi-mesure.
Damn them all est violent et ce n’est pas le cynisme constant d’Ellie qui va adoucir cette brutalité.
Même si elle prête souvent à sourire.

Damn them all est foisonnant et demande un investissement important.
L’ampleur des textes et l’écriture obligent à une certaine concentration de lecture.
Cependant, Simon Spurrier n’écrit pas juste pour le plaisir d’écrire.
Chaque ligne sert un ensemble captivant et parfaitement réfléchi par son auteur.

C’est intense mais terriblement addictif.

Un graphisme fracassant et expressif

Demons psychédéliques

On aurait pu croire que Charlie Adlard prendrait un peu de repos après ses années sur Walking dead.
C’était mal le connaitre.
Après avoir fait un petit tour par la case franco-belge avec l’excellent Altamont, en collaboration avec Erik Hanna, le voilà de retour dans le petit monde du comics.
Et pas avec n’importe qui : Simon Spurrier.

Je n’ai rien contre Robert Kirkman mais, en toute honnêteté, le talent du scénariste britannique est tout autre.
Et avec Damn them all, c’est un univers au potentiel immense qui s’offre à lui.
On sent d’ailleurs qu’il s’est particulièrement éclaté sur les designs des démons.
Ces derniers sont effrayants mais aussi terriblement troublants.
Épaulé par les couleurs de Sofie Dodgson, on sent leur puissance éclater dans des pages psychédéliques.

Le trait est simple mais l’encrage dense rehausse l’ensemble en apportant une ambiance oppressante.
Malgré tout, il a su laisser la place nécessaire à une colorisation sobre mais parfois hallucinatoire.
La mise en page est classique mais ne semble pas être gênée par le verve du scénariste.
Au contraire, elle s’avère explosive lorsque la tension monte et que l’action prend le pas sur la parole.

Certains reprocheront sans doute à l’auteur la reprise ( sans doute involontaire ) de certains caractères liés à Walking Dead.
Mais franchement, après autant d’années à créer une multitude de visages pour une série, il est presque inévitable d’en retrouver quelques uns ici.

Au final, le graphisme de Charlie Adlard est en osmose avec le scénario de Simon Spurrier, privilégiant l’ambiance au grandiloquent.

En résumé

Si Damn them all de Simon Spurrier et Charlie Adlard puise ses références dans l'univers de Hellblazer, son personnage principal, Ellie Hawthorne, est bien plus qu'un ersatz de John Constantine. 

Le récit, verbeux dans le bon sens du terme, montre une véritable ambition scénaristique, sans pour autant renier le plaisir de lecture.
Il faut dire que les actions et le langage d'Ellie ne font pas dans la demi-mesure.
Particulièrement violent, le monde occulte de Simon Spurrier s'avère sans pitié.

Le dessin de Charlie Adlard, épaulé par les couleurs de Sofie Dodgson, retranscrit à merveille l'ambiance poisseuse et mystique de la série.

Damn them all est un récit qui se mérite dont la brutalité est follement réjouissante.

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Bulles Carrées

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