Mots Tordus et Bulles Carrées

Do a powerbomb ! (Daniel Warren Johnson)

Après la mort accidentelle de sa mère, catcheuse professionnelle, Lona Steelrose tente de reprendre en vain le flambeau.
Cependant, son oncle refuse de la prendre sous son aile, malgré des aptitudes certaines.
Dépitée, elle fait la rencontre de Willard Nécroton, un nécromancien fan de catch qui a organisé son propre tournoi.
Il fait une proposition que la jeune fille ne peut refuser : ressusciter sa mère à condition de gagner la finale.
Mais pour cela, une seule condition : elle doit faire équipe avec Cobrasun, l’homme responsable de la mort de sa mère.

Faire son deuil par le biais du sport

Hymne au catch et aux catcheur.ses

Bienvenue sur un ring un peu particulier

Do a powerbomb ! est, en premier lieu, une déclaration d’amour de Daniel Warren Johson pour le catch.
L’auteur découvre ce spectacle alors qu’il passe ses nuits à dorloter son enfant et tombe sous le charme des acrobaties chorégraphiées de ces athlètes de haut niveau.

On retrouve tout le charme et le folklore de ce show dans les pages du comics.
Si le tournoi se passe dans un monde parralèlle, avec des adversaires hors normes, Daniel Warren Johnson respecte les codes vestimentaires et reproduit à merveille les enchainements improbables de ces athlètes.
Cependant, masques, costumes moulants et couleurs éclatantes n’enlèvent en rien les risques encourus par ces sportifs.
Et d’une certaine façon, la mort de Yua Steelrose en est un terrible écho.
L’accident est d’autant plus regrettable qu’il est inexplicable.
Cobrasun, son adversaire, est expérimenté mais un simple mauvais mouvement aura suffi à provoquer le drame.
C’est autour de cette tragédie que se construit Do a Powerbomb !.

Si la quête de Lona reste classique, elle ne cesse de monter en intensité chapitre après chapitre, réservant son lot de surprises.
La dernière partie est sans doute un des meilleurs exemples de la folie de son auteur et du côté dantesque et explosif de ses scénarios.

C’est une des grandes qualités de l’auteur de Wonder Woman: Dead Earth.
Derrière un classicisme apparent, se cache un écriture minutieuse jonglant astucieusement entre action et émotion.

Un duo complexe mais attachant

Une relation qui se peaufine au fil des pages

Comme il l’avait déjà fait sur Extremity ou Murder Falcon, Daniel Warren Johnson se sert d’un contexte mainstream (la fin du monde, l’apparition de monstre ou un tournoi de catch) comme base pour s’attacher à des personnages en période transitoire.

Et c’est le cas du duo composé par Lona Steelrose et Cobrasun, deux personnages liés par une tragédie.
Lona n’a que peu de souvenirs de sa mère.
Mais elle cherche à les faire revivre à travers des exploits qu’un père et un oncle lui refusent.
Cobrasun est ravagé par les remords.
Il n’est plus que l’ombre de lui-même quand la jeune fille le retrouve.
Le deal que leur propose Willard peut leur permettre pour l’une de retrouver un parent défunt et pour l’autre de réparer une faute impardonnable.

Do a Powerbomb ! devient alors un récit poignant sur le deuil et le pardon.
Des thématiques que l’on retrouve autant chez nos deux héros que chez leurs adversaires.
Chacun d’entre eux a une « bonne » raison d’accepter le marché du sorcier.
Ils luttent pour un enfant ou une femme défunte et, d’une certaine façon, ils méritent autant la victoire que Lona et Cobrasum.

D’ailleurs, la conclusion, qui par certains égards rappelle celle de Murder Falcon, est extrêmement touchante et risque de faire chavirer le cœur de tous ceux qui ont perdu un proche.

Puissance et grâce des combats de catch

Une mise en page explosive

Le style graphique de Daniel Warren Johnson ne laisse personne indiffèrent.
Son trait aussi original que brut de décoffrage pourra désarçonner ceux qui ont l’habitude de dessin stylisé et graphiquement irréprochable.

Mais la perfection, Daniel Warren Johnson s’en contrefiche.
À l’image de son interprétation de Wonder Woman, ce qui intéresse l’auteur, plus que la beauté physique, c’est la force de caractère.
Si Lona marque les esprits, c’est avant tout pour sa hargne et non par l’exagération de ses formes.

Dans Do a Powerbomb !, c’est la puissance des athlètes qui est à l’honneur.
Les matchs sont parfaitement chorégraphiés et explosent de dynamisme.
La narration reproduit la folie des enchainements les plus improbables des catcheurs.ses.
Ce qui n’empêche aucunement la sensibilité de percer cet amas brut de bagarre et de testostèrone.

La couleur de Mike Spencer lie l’ensemble avec élégance et rend d’ailleurs assez caduque la proposition d’une version Noir et Blanc de cet ouvrage.
Daniel Warren Johnson est un auteur merveilleux mais la colorisation permet d’apporter un peu d’apaisement à la fougue de son dessin.

En résumé

Do a powerbomb ! de Daniel Warren Johnson est une oeuvre aussi brutale que sensible. 

Derrière cette histoire de catch qui sent la sueur et le sang, l'auteur développe une galerie de personnages attachants, bien loin des caricatures habituelles du genre.
Relation familiale, mort, pardon et deuil sont autant de sujets traités avec force et sensibilité par un des meilleurs auteurs de comics actuels.

Prix et récompenses

  • Meilleure publication pour enfants (9-12), Eisner Awards 2023

Pour lire nos chroniques sur Loba Loca et Le combat d’hiver

Bulles Carrées

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