Loba Loca (Run / Guillaume Singelin)

Guada est une adolescente cherchant à faire sa place du mieux qu’elle le peut.
Mais en mettant le grappin sur le beau gosse du lycée, Marcus, elle n’imaginait pas s’attirer les foudres de Crystal.
Harcelée quotidiennement, elle craque et se jette, dans un accès de violence incontrôlée, sur la jeune lycéenne.
Injustement, elle est jugée coupable et se retrouve assignée à résidence, un bracelet à la cheville.

Cherchant une occupation, elle fouille dans les affaires de sa mère. Et, c’est ainsi qu’elle tombe sur une photographie de son père, jusque là inconnu.
Elle reconnaît El Diablo, le légendaire Luchador, devenu un héros après les évènements de Dark Meat City.

Un spin off de qualité

Loba Loca de Run et Guillaume Singelin est un des spin off de l’univers Mutafakaz.
C’est même la suite d’un autre spin off, Puta Madre, de Run et Neyef, consacré aux origines d’El Diablo, un des nombreux protagonistes de la série mère.
Avec Loba Loca, Run passe une génération et s’intéresse, cette fois-ci, à la fille du catcheur.
Bien avant MFK 2, il aborde pour la première fois l’après Mutafukaz sans l’aborder frontalement.
Et effectivement, c’est la grande qualité de ces spin off. Ils peuvent se lire indépendamment et sans avoir aucune notion des évènements précédents.
Malgré tout, les fans de la première heure pourront apprécier une architecture globale parfaitement maitrisée.

À noter que cette série, comme Puta Madre, a d’abord été éditée sous forme de comics, divisée en 6 chapitres.
J’ai la chance de posséder cette version avec un chouette coffret.
Depuis, elle a été rééditée en intégral et fait partie de l’offre anniversaire de l’année 2025 d’Ankama .

À la recherche du père

Adolescente en détresse

Loba Loca raconte le parcours de Guada, une jeune adolescente en pleine transition.
Ni plus belle , ni plus moche, c’est une jeune fille, en conflit avec une mère qui l’a élevée seule et qui ne la comprend plus vraiment .
Peu sûre d’elle, elle tente de s’intégrer au mieux quitte à se prendre les pieds dans le tapis.

Ce n’est d’ailleurs pas par complaisance que le récit s’ouvre sur sa première relation sexuelle, symbolisant la fin de l’innocence.
Et cette fin est brutale !
Le garçon ne perd guère de temps pour se vanter de l' »exploit » à des amis, aussi primaires que lui.
Un parfait exemple de ce qu’on appelle communément l’âge ingrat et qui fait régulièrement des « victimes » chez les adolescent.es.
S’ensuivent les brimades, la honte et le harcèlement quotidien jusqu’à ce que la colère éclate.

À travers cette incartade, Run explore la rage contenue d’une adolescente qui explose dans un élan de violence incontrôlée.
Et, comme souvent avec le scénariste, l’injustice sociale aggrave les erreurs de jeunesse.
C’est ainsi qu’elle se retrouve accusée et mise à demeure, tout en en étant consciente de l’effort financier que cela procure à sa mère.
Les séances de psy et la solitude la plongent dans un profond désarroi jusqu’à ce qu’elle trouve dans la figure paternelle un sens à sa vie.

Mais comment retrouver la trace d’un père qu’elle n’a jamais connu et qui, depuis, a disparu ?
Pour elle, il n’y a qu’un moyen : lui rendre hommage.
Et pour cela rien de mieux que le mimétisme.
Ainsi, Guada cherche à faire ce qu’El Diablo faisait de mieux : combattre sur le ring.
Mais pour cela, elle doit se trouver le meilleur des entraineurs : El Magnificient Tigre !

Pour l’amour de la Lucha

Le meilleur des entraîneurs ?

Dans Mutafukaz, Run exprimait déjà tout l’amour qu’il portait pour les Luchador, ces catcheurs mexicains masqués qui ne sont pas sans rappeler les super-héros américains.
Cependant, il n’avait pas eu la possibilité d’exploiter totalement ces personnages à leur juste valeur.
Sentant un certain potentiel, il revient tout d’abord sur la destinée d’El Diablo dans Puta Madre puis celle d’El Tigre dans Loba Loca.

Or, l’histoire n’est plus la même !
En effet, El Tigre est un des rares survivants des Luchador. On l’avait quitté, refusant toute forme de modernité et donc ce n’est guère étonnant de le retrouver au fin fond du désert, habitant seul, dans une caravane délabrée.
Guada compte beaucoup sur cette rencontre mais elle ne s’imagine pas découvrir un athlète en fin de parcours.
Bedonnant et souffrant de problèmes intestinaux intenses, le catcheur n’est plus que l’ombre de sa légende.

Cependant, comme souvent avec ce genre de récit initiatique, ce que vient chercher l’adolescente, c’est aussi ce que cherche, inconsciemment, le vieux briscard.
La relation entre Guada et El Tigre s’avère touchante. Et, logiquement, la jeune adolescente se trouve une nouvelle figure paternelle à travers ce vieil athlète bougon.
Ils avancent ensemble, l’un apportant autant à l’autre.

À première vue, Loba Loca est un récit d’initiation, à la Karaté Kid. Guada s’entraîne pour reprendre le costume de son père afin d’affronter une adversaire de taille : Lady Guerrera.
Mais le scénariste se montre plus inventif, donnant à son récit plusieurs coup de semonce, amenant la jeune adolescente à trouver sa « propre » voie.
Car derrière ce récit initiatique se cachent de nombreuses réflexions allant des valeurs du sport au poids de l’héritage et débordant sur le rôle des luchador dans la société.
Et si celui-ci ne se faisait pas en combattant mais tout simplement au côté du peuple ?
La question est vaste et, comme on l’a lu dans Robin : the boy wonder, elle touche de nombreux personnages de fictions.

Loba Loca est un récit aussi touchant que pertinent et les dernières pages donnent une furieuse envie de les revoir.
D’ailleurs, les dernières lignes du récit semblent adresser aux auteurs eux-même :

C’est quoi la suite ?

La suite ?
Elle est très simple la suite … C’est à nous de l’inventer .

L’art de la perfection

Grosse bagarre

Mutafukaz est forcément indissociable de Run.
Et, a priori, il est assez difficile d’imaginer quelqu’un d’autre sur cet univers.

Et d’ailleurs, ce n’est pas vraiment la proposition de ces spin off.
En réalité, Angelino et Vinz sont « absents » de ces histoires annexes et les évènements de Dark Meat City sont à peine abordés.
Ainsi, on peut voir Puta Madre et Loba Loca comme des nouvelles visions offertes à cet immense univers.

Bien avant le sublime Hoka Hey, Neyef avait relevé le défi avec brio sur Puta Madre.
Fatalement, avec Guillaume Singelin aux crayons, on ne pouvait qu’être rassuré.
Et clairement, c’est une pure réussite.
Le dessinateur se moule totalement dans l’ambiance générale, tout en y apportant sa propre personnalité et sa stylisation si particulière.
Plus proche de ShinZero que de Frontier, son trait garde une forme de réalisme tout en empruntant autant à l’animé qu’au manga.
Ses designs sont magnifiques, bourrés de de prestance, apportant à chacun des protagonistes une classe folle.
Sa vision d’El Tigre est tout bonnement magistrale.

Et puis, comme à son habitude, il nous régale avec un sens inné de la narration et des scènes d’actions parfaitement orchestrées.

Si d’un point de vue personnel je trouve Loba Loca un brin supérieur à Puta Madre, c’est autant pour son aspect émotionnel que pour une partie graphique irréprochable.

En résumé

Loba Loca de Run et Guillaume Singelin est un des spin off de Mutafukaz. 
Prenant la suite de Puta Madre, il peut néanmoins se lire de façon indépendante, sans aucune connaissance des évènements précédents.

Loba Loca est le récit initiatique de Guada, une jeune adolescente qui cherche un sens à sa vie.

Le récit traite autant d'héritage, de paternité, d'adolescence que de Lucha Libre. Mais bien plus qu'un récit à la "Karaté Kid", Loba Loca est une réflexion sur notre rôle au sein de la société.

Le tout est merveilleusement illustré par Guillaume Singelin qui s'empare de l'univers de Run avec une facilité déconcertante.

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