Mots Tordus et Bulles Carrées

Du mouvement de la Terre (Uoto)

En Europe, à la fin du Moyen-âge.
Rafal est un élève brillant mais imbu de sa personne.
Persuadé de sa supériorité intellectuelle, il compte profiter de son admission à l’université pour montrer l’étendue de son savoir.
son destin semble tout tracé jusqu’à ce qu’il rencontre Hubert, un scientifique tout juste sorti d’un séjour en prison.
Son crime : croire en l’héliocentrique.

Des années plus tard, les recherches sur le mouvement de la Terre sont retrouvés par Oksy.

Le mouvement de la Terre

Résistance et sacrifice

Se sacrifier pour la liberté

Au cours du Moyen-âge, science et religion se sont retrouvées de nombreuses fois en opposition.
Du mouvement de la Terre d’Uoto met en scène l’un d’entre elles : l’héliocentrisme.
Contrairement aux croyances passées, cette théorie tente de démontrer que ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la Terre mais l’inverse.
Sacrilège ultime pour une église catholique qui refuse de croire que la création de Dieu n’est pas au centre du système solaire.

N’ayez crainte, le manga n’est pas une thèse d’astronomie.
Même si Uoto aborde avec sérieux les travaux accomplis, il évite d’en faire un simple déballage de connaissances.
Le mangaka s’intéresse avant tout aux hommes derrière cette découverte majeure tenant vers une obsession quasi sacrificielle.
Cependant, il évite toute simplification caricaturale en peignant des portraits complexes et par moment, contradictoire.
Hubert ne voit pas une remise en question de Dieu dans ses travaux.
Mais il estime que l’idée « vendu » par l’église ne rend pas grâce à la beauté de la création divine.
C’est d’ailleurs ce qui fait la force de cette histoire.
Hubert puis, par la suite, Badeni sont des hommes d’église qui se battent pour un objectif simple : la vérité.
Malheureusement, il n’y a que deux chemins possibles pour ces penseurs : s’accorder avec les écrits de l’église ou se lancer dans des recherches profanes en prenant le risque d’être jugé hérétique.
Hubert résiste et ne compte pas céder face aux pouvoirs dominants alors que Rafal deviendra l’élève parfait pour permettre à ses idées de se propager.

De la même façon, Oksy et Badeni reprennent ce flambeau dans une inversion des rôles intéressantes montrant que même les « simples d’esprits » ont un rôle primordiale à jouer.
Leur parcours sera développé sur le long terme, permettant un attachement et des évolutions plus conséquentes.
Mais la succession fait partie des gênes de la série qui, à partir du tome 5, fait un bon de 25 ans.

Années après années, les idées restent bine vivants même si l’inquisition guette .

Imposer ses idées par la peur

Les jugements de l’Inquisition

S’opposer aux écrits de Dieu, c’est risquer une sévère répression.
Un organe a été créé pour réprimander ces « crimes » : l’Inquisition.

De façon astucieuse, Uoto lui donne un visage : Novak.
L’homme n’est pas un émissaire comme les autres.
De par son aspect et sa vie publique, il ne reflète à aucunement l’horreur de ses actions.
Souriant et plutôt avenant au premier abord, il fera preuve à de nombreuses reprises d’une cruauté sans faille pour obtenir des aveux non consentis.
Adepte des tortures les plus cruelles, Novak ne cherche qu’une chose : ramener l’hérétique vers le droit chemin.
Et s’il n’accepte pas de se repentir, il ne reste plus que le bûcher pour l’expurger de ses fautes.
De ce point de vue, Uoto ne fait pas dans la demi-mesure. Les châtiments sont violents et brutaux ne cherchant aucunement à aseptiser le rendu.
L’auteur veut marquer les esprits. Cette violence crue est encore plus intolérable venant d’une religion qui prône la Paix.

Novak est, pour le moment, le seul personnage récurent du manga.
On a appris à le connaître voire le détester même dans ses tentatives d’humanisation.
Pourtant, lui aussi va se retrouver dans la tourmente.
L’inquisition n’est pas épargnée par des luttes de pouvoirs interne et là, aussi, tous les coups sont permis même les plus viles.
De bien des façons, le tome 5 est un tournant pour la série.

Un dessin simpliste mais en évolution constante

Des faiblesses graphiques qui s’atténuent avec le temps

Du mouvement de la Terre de Uoto est un récit passionnant.
Les convictions scientifiques font face à un obscurantisme religieux qui résonne, de façon désespérante, avec notre société moderne.
Les platistes en sont une terrible évocation.

Cependant, s’il n’y a rien à redire sur l’écriture d’Uoto, l’aspect esthétique de l’œuvre risque d’en rebuter plus d’un.
Non pas que le dessin du mangaka soit mauvais, on sent que l’auteur a pris le temps de se documenter sur l’époque et il essaie au mieux de retranscrire cette époque dans ses planches.
Mais, au final, les arrières plans restent vides et les personnages sont marqués par la raideur de leur mouvement.

Malgré tout, au fil des tomes, le trait d’goto gagne en maitrise et se permet même quelques folies comme la mise en scène d’un combat à l’épée plutôt dynamique.
Certes, l’ensemble est encore emprunt d’une certaine raideur mais la narration est toujours aussi solide.

Un peu comme un Jeff Lemire ou un Matt Kindt, on pardonne certains errements grâce à un récit aussi instructif que nécessaire.

En résumé

Malgré un dessin hésitant, mais qui gagne en aisance au fil des tomes,  Du mouvement de la Terre d'Uoto est un récit poignant opposant esprit scientifique et superstitions religieuses. 

Uoto raconte, à travers le parcours et les choix d'hommes de science et de simples curieux, la persistance de certains à poursuivre des recherches "profanes" au risque de subir le jugement de l'inquisition.
Ce manga, d'une certaine façon, lutte contre un obscurantisme qui tente de refaire surface dans une société aussi moderne que la nôtre.

Pour lire nos chronique sur L’univers expliqué à mes petits-enfants

Bulles Carrées

2 réflexions sur “Du mouvement de la Terre (Uoto)”

  1. Le premier tome est plutôt étonnant. Je ne m’attendais pas à cette fin.
    Cette série est intéressante pour son histoire et ce qu’elle « dénonce », mais elle ne touchera pas tout le monde. Par contre il ne faut clairement pas s’attendre a du grand dessin. C’est là la faiblesse de ce manga selon moi.

    1. Oui le sujet lui enlève ce côté « tout public » et peut même faire peur à certains égards.
      Pour le dessins, je te rejoins même si pour moi, l’histoire est assez puissante pour qu’on ne crie (pas trop) au scandale

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