Mots Tordus et Bulles Carrées

Batman Nocturne (Ram V / Collectif)

Gotham City fait face à de nouvelles épreuves .
Entre l’arrivée des Orgham, une famille liée à Arkham, et un retour des troupes de Talia dans la cité, le chevalier noir n’est pas aux mieux de sa forme.
Bruce Wayne le sent au plus profond de son âme mais n’arrive pas à donner un sens à ce mal qui le ronge intérieurement.

De son côté, James Gordon est aussi de retour en ville.
Tout juste retraité, il a du mal à se faire à cette nouvelle vie et cherche un moyen de se rendre utile.
Ainsi, il accepte d’enquêter sur une étrange disparition au sein de la prison désaffectée d’Arkham.

Horreur et héritage familial

Il faut bien l’avouer, au fil du temps, je me suis désintéressé de Batman.
Paranoïaque patenté, père de famille aigri, je n’arrive plus vraiment à m’identifier au personnage, lui préférant avec le temps, un héros plus lumineux tel que Superman.

J’admets amplement que le personnage reste inspirant pour de nombreux auteurs, comme l’a prouvé Sean Murphy et son Batman White Knight, mais sur la série régulière, l’ennui commence à pointer le bout de son nez.

Si Batman Nocturne a longtemps fait partie de ma liste d’achats, il a fallu attendre quelques mois avant que je cède à l’appel de Ram V.
Il faut dire que le scénariste est un des meilleurs auteurs actuels et que son approche et ses inspirations peuvent amener un vent de renouveau au chevalier noir.

Au bout de 2 tomes, si renouveau il n’y a pas vraiment, Ram V n’en est pas moins convaincant.

La peur vous va si bien

Une peur intérieure

Et peut être ne faut-il plus attendre de renouveau d’une telle franchise !

Avec Batman Nocturne, RamV se sert parfaitement de l’univers de Batman, tout en proposant une intrigue personnelle par le biais de la famille des Orgham.
Nouvelle création, cette branche familiale est liée à l’histoire de Gotham City et notamment de sa prison Arkham dont ils veulent récupérer les droits.
Personnages intrigants et, pour certains, hautement charismatiques, ils apportent cette dose de mystère et de fantastique qui hante les pages de ce premier volume.
Cette arrivée n’est pas sans rappeler celle de Dracula dans le roman de Bram Stoker.
Un mal indicible arrive en ville et Bruce le ressent au plus profond de son âme.

C’est d’ailleurs la grande force de cette première partie : son ambiance.
La peur est partout et touche même Batman.
Lui qui a toujours fait de cette émotion une arme, en devient la victime.
De profondes craintes rongent Bruce Wayne qui doit lutter contre des visions cauchemardesques, relents d’un passé lointain et dont se faisait déjà écho le run de Grant Morrison .

Un autre personnage est frappé par cette peur : Harvey Dent.
Le personnage s’était de nouveau repenti mais le mal qui couve l’oblige à faire face, une nouvelle fois, à son côté sombre.
On pourrait se dire « rien de nouveau sous le soleil » mais Ram V est assez futé pour aborder ce « combat » comme un thriller psychologique intense, tout en apportant un brin d’évolution à cette fameuse dualité.

Le reste de la communauté du Batverse n’est pas bien loin.
Vilain comme allié, ils se préparent à un danger plus grave qui pourrait bien emporter toute la ville.

Enquête dans les bas-fond d’Arkham

L’enquête d’un commissaire retraité

Batman Nocturne est un récit double.
En parallèle du récit principal, Simon Spurrier et Dani emmènent James Gordon dans les recoins d’Arkham pour une enquête sur fond de secrets enfouis.

Je pourrais écrire des lignes et des lignes sur mon admiration pour le travail de Simon Spurrier.
Si, sur Saison de sang, il s’était mis entièrement au service de son dessinateur, il se montre ici bien plus en verve.
Adepte d’une écriture littéraire, à l’image d’un Alan Moore ou d’un Neil Gaiman, le scénariste américain développe une intrigue poisseuse et intense à souhait.
Si cette affaire semble, au moins dans un premier temps, complètement indépendante de l’intrigue de Ram V, elle met en place des éléments et un personnage qui pourrait devenir primordiaux à l’avenir.

Simon Spurrier y décrit un James Gordon à la retraire mais qui cherche désespérément à trouver de l’intérêt à ses journées.
Après des années au service de Gotham, il ne peut se résoudre à une vie paisible.
Gordon a toujours été un personnage secondaire intéressant, amenant de l’humanité et une certaine réalité au monde froid de Batman.
Avec cette nouvelle approche, Simon Spurrier en fait en quelque sorte un justicier qui s’arrange avec la loi pour obtenir ce qu’il recherche.
C’est une évolution plus intelligente et qui, au fond, est assez logique au vu de son histoire complexe avec Batman et Gotham.

Le premier volume est consacré à cette enquête alors que le second développe certains éléments de l’intrigue de Ram V, notamment en ce qui concerne Harvey Dent.

Une approche graphique multiple

Une ligne artistique puissante mais diverse

L’offre graphique de Batman Nocturne est riche mais un peu trop multiple pour donner une réelle cohérence à l’ensemble.
Les auteurs sont talentueux mais leurs styles varient du classique mainstream au radical indépendant.

Sur le premier volume, c’est Rafael Alburquerque qui se charge de la partie principale.
Le dessinateur, connu pour sa prestation sur American Vampire, apporte une ambiance suffocante à certaines pages.
Épaulé par la colorisation de Dave Stewart, la mise en page se veut nerveuse voire effrayante sur les parties cauchemardesques.
Le dessinateur s’empare immédiatement de l’univers de Batman, lui apportant une véritable prestance.
On notera d’ailleurs le design inspiré des membres de la famille Orgham.

Le travail est si réussi qu’on regrette presque l’arrivée d’Ivan Reis sur le second volume.
Le dessinateur, plus mainstream, distille une narration explosive, permettant la montée d’une tension de plus en plus prenante au fil des pages.
Plus poussé en détail, plus dynamique, on retrouve un côté plus héroïque laissant, au moins un temps, l’horreur du premier volume.
C’est très beau mais peut être moins percutant.

La véritable révélation de ces deux volumes reste la prestation de Dani.
Dessinatrice totalement imprégnée par l’ambiance sombre et glauque du scénario de Simon Spurrier, elle insuffle à ses lignes des ombres massives et radicales, dans la droite lignée d’un Frank Miller.
C’est d’ailleurs assez intéressant de voir que ce genre de graphisme peut côtoyer celui plus esthétique d’un Rafael Alburquerque ou d’un Ivan Reis.

On notera, pour finir, le travail en fill in de Dexter Soy, Hayden Sherman et Stefano Raffaele devant combler un second volume assez dense.

En résumé

Batman Nocturne de Ram V propose un run porté par une ambiance suffocante et explosive, parfaitement exécutée par Rafael Alburquerque puis Ivan Reis. 

Derrière cette histoire d'héritage familial se cache un récit psychologique intense qui explore la peur intérieure dans tous ces aspects.
Batman fait face à ce qu'il a toujours inspiré et en devient une proie alors qu'Harvey Dent lutte contre ses propres démons en s'imposant un rôle qu'il n'arrive pas à tenir.

En complément, Simon Spurrier emmène James Gordon dans les bas-fonds d'Arkham pour une sombre histoire de disparition l'amenant à se frotter à des secrets enfouis depuis toujours dans les murs de la prison.
Parfaitement mise en image par Dani, l'ambiance étouffante nous prend à la gorge tout en nous plongeant dans les méandres d'une ville en perdition.

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Bulles carrées

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