Elric du duo Julien Blondel et Jean-Luc Cano ( jusqu’au tome 6) est l’adaptation d’une saga majeure de la Dark Fantasy de Michaël Moorcock.


Cycle 1 : Melniboné ( Chronique à venir )

Avant d’approfondir cette partie sur laquelle je reviendrais plus tard, il me faut présenter le projet de Julien Blondel, rejoint par la suite par Jean-Luc Cano.
Elric est une immense saga, écrite par Michael Moorcock de 1961 à 1989.
Grâce à un personnage hautement charismatique, l’oeuvre a eu de nombreuses adaptations, dont celle de Roy Thomas et P. Craig Russsel.
Cette vision quelque peu datée fonctionne avec son époque mais ne convenait pas au romancier.
Chose rare, le premier volume de l’adaptation de Julien Blondel est adoubée par Michaël Moorcock lui-même.
Et en effet, quand on ouvre les premières pages d’Elric, on est happé par la puissance de cette imagerie gothique.
Certes, l’ambiance graphique y est pour beaucoup.
Mais on comprend rapidement que les auteurs, aussi nombreux soient-ils, ont pris cette tâche au sérieux.
Ainsi, ils offrent un premier cycle de grande qualité, devenant immédiatement un classique de la fantaisie en bande dessinée.
On y découvre un personnage aussi charmant que torturé, à l’image du monde qu’il habite.
Et puis, il y a Stormbringer, cette épée maudite dont l’influence graphique a su traverser les âges.
Si la série a connu des hauts et des bas, à l’image de l’évolution de son équipe artistique, elle a su se faire une certaine réputation.
Glénat sentant le potentiel de l’univers de Michaël Moorcock, propose une seconde adaptation consacrée cette fois-ci à Hawkmoon.
Cependant, le second cycle d’Elric commençait à se faire attendre !
Cycle 2 : Tanelorn

Elric n’est plus Empereur.
Devenant le Loup Blanc des jeunes Royaumes, il est condamné à tuer pour nourrir son épée maudite, Stormbringer.
Il espère toujours la paix mais le destin lui réserve un tout autre sort.
Nouveau cycle, nouvelle ambiance

3 ans ! C’est le temps qu’il nous aura fallu pour découvrir le sort réservé à Elric.
Il offre maintenant ses armes, en tant que mercenaire, à de hauts dignitaires.
Solitaire, il n’a, pour seule compagnie, que sa terrible épée, dont la personnification féminine n’est pas anodine.
À la lecture de ce second cycle, on se retrouve désarçonné par certains changements de cap.
Beaucoup de choses ont évoluée et l’ambiance, si elle reste sombre, s’avère plus « aseptisée ».
En lisant les deux premiers volumes, je n’ai eu de cesse de penser à The Witcher.
Je ne sais pas si c’est une volonté de Julien Blondel et Jean-Luc Cano ou si cette inspiration est reconnue entre les deux oeuvres mais les points communs sont nombreux.
Bien sûr , il y a cette toison blanche qui les réunit mais pas que. L’environnement moyenâgeux, le mercenariat, la nécromancie, leur rapport avec la gente féminine et même leur acolyte…
Voilà qu’Elric a son propre Jaskier !
Je dois avouer qu’en fermant le tome 5, j’ai ressenti un léger sentiment de déception.
Non pas que je déteste le Sorcelleur, bien au contraire.
Mais le premier cycle d’Elric avait une patine vraiment originale, qui malheureusement est absente sur ce cycle.
Malgré tout, passé ce sentiment de frustration, la lecture reste agréable et ce sentiment se confirme avec un tome 6 entrainant qui profite d’un bestiaire et d’une histoire peut être un peu trop ample pour être raconté en un seul volume.
L’écriture du duo de scénaristes est plaisante et la relation entre Elric et Stormbringer apporte son lot de surprise et de trahison.
Elle reste l’élément centrale de cette saga et le symbolisme créé autour apporte un développement psychologique original.
Une nouvelle équipe créative

L’une des originalités du premier cycle provenait de son approche graphique à plusieurs mains.
De multiples auteurs, de Didier Poli à Robin Recht, ont participé à la création d’un univers graphique saisissant.
Puis, petit à petit, Julien Telo s’empare de la destinée d’Elric en s’appuyant sur cette base solide.
Si forcément, le dessin a évolué au fil des tomes, ce travail d’équipe semblait profiter à l’immensité de cette série.
Pour ce second cycle, on retrouve une volonté créatrice plus classique.
Valentin Secher a donc la lourde tâche de remplacer à lui seul, un véritable travail de studio.
Le dessinateur est loin d’être un novice et montre un appétit certain pour ce genre de défi.
De plus, il a déjà collaboré avec Julien Blondel sur un des épisodes de la série des Conan de Glénat.
C’est donc le profil adéquat.
Et effectivement, son dessin est maitrisé. La mise en page est dynamique et regorge de magnifiques planches.
Malgré tout, à l’image du scénario, on est sur un style plus commun pour de la fantaisie.
Valentin Secher connaît ses classiques mais il faut attendre le tome 6 pour qu’il puisse réellement libérer sa créativité, aidé en cela par un bestiaire, retrouvant ses origines gothiques.
Le dernier chapitre du tome 6 est d’ailleurs assez saisissant, sonnant comme un affrontement final avant l’heure.
Malgré tout, sa colorisation a tendance à alourdir son dessin, offrant peu de place à son travail d’encrage, pourtant de qualité.
En résumé
Après un premier cycle âpre et profondément désespéré, Elric de Julien Blondel et Jean-Luc Cano est de retour pour un second cycle attendu.
Toujours adapté du classique de Michaël Moorcock, ce second cycle laisse, pour un temps, son univers gothique en proposant une ambiance plus proche de The Witcher.
Après 5eme tome tome plus classique, la série retrouve du souffle avec un 6eme opus saisissant qui, notamment lors de la scène finale, retrouve sa puissance d'antan. Alliances et trahisons sont au programme d'une oeuvre généreuse mais peut être un peu trop riche pour être racontée en un seul volume.
Les rapports entre Elric et Stormbringer sont toujours aussi tordus et apportent une touche de folie intéressante.
Au dessin, Valentin Secher a la lourde tache de reprendre la destinée du Loup Blanc.
Si le dessin est maitrisé et s'accorde bien à cette nouvelle teinte, on regrettera une colorisation un peu lourde.
Un début de cycle qui, petit à petit, prend de l'ampleur.


Prix et récompenses
- Prix Bande dessinées / manga – Nuit du livre – 2023 (Collector cycle 1)