Initialement publié en 2016, Frères d’exil, un court roman jeunesse de Kochka illustré par Tom Haugomat, retrouve une deuxième vie en poche. Cette aventure terriblement réaliste et profondément humaine d’une famille poussée à l’exil à cause du dérèglement climatique fait se répondre les voix des anciennes et des nouvelles générations, celles de la sagesse et celles de l’espoir.


La tempête, la traversée, le continent
Une première voix s’élève : celle d’Enoha.
Immobilisé dans un fauteuil roulant depuis ses 10 ans, il est Ipa. Ce mot signifie « grand-père ». Il est celui de Nani, une jeune fille qui va devoir quitter son île avec ses parents Janek et Youmi. Enoha, lui, va rester avec Moo, sa femme.
Nani et ses parents doivent faire vite car l’île va bientôt être submergée.
Alors, avant de partir, son Ipa lui laisse quelques lettres qu’il lui a écrites et qui vont la suivre pendant sa traversée et ensuite lors de son installation dans son nouveau pays d’accueil. 11 lettres qui vont renforcer les liens entre ceux qui partent et ceux qui restent.
Frères d’exil est l’histoire de ce voyage d’une vie qui va bouleverser une famille. La mettre à l’épreuve de l’exil mais aussi démontrer la force de l’amour et de la solidarité.
En effet, alors qu’ils sont en train de tout perdre, Nani et ses parents vont faire la rencontre de Semeio. Ce jeune garçon vient de perdre son grand-père et ils vont le prendre sous leurs ailes.
Semeio sèche ses larmes, se redresse et demande calmement où son grand-père va être enterré. Il était sa seule famille depuis deux ans. Ou plutot, chacun était la famille de l’autre: toujours ils s’accomapgnaneitn. Il était donc maintenant le seul à pouvoir s’occuper de sa dépouille qui ne peut pas rester comme ça, dehors au vent sous le ciel ! Il doit rejoindre le sol de l’île ! Il doit être recouvert !
Semeio lève la tête et toise les adultes qui l’entourent. D’une certaine façon, il leur demande des comptes. On a tué son grand-père, maintenant il faut assumer !
Il dit :
– Ipa aimait les dattiers…
– Il y en a un à quelques mètres derrière le port, indique une femme affectée.
– Allons-y, dit celui qui a porté le vieil homme.
– J’ai vu des pelles, je vais les chercher, dit Janek.
Et c’est tout naturellement que Nani va devenir la sœur de Semeio.
L’espoir, toujours
Kochka n’a pas son pareil pour raconter les vies morcelées ou blessées qui gardent comme un trésor les valeurs que sont l’espoir, la solidarité et l’amour.
Avec Frères d’exil, le dialogue se fait entre le grand-père et sa petite fille. Mais aussi entre tous ces gens qui fuient leur île et se lancent dans la traversée. Entre les deux amis qui vont devenir frère et soeur, entre les légendes anciennes et le présent incertain aussi.
Si l’on n’est pas étonné par la sagesse d’Ipa qui se dégage de ses lettres, héritée d’une philosophie et de croyances liées à la Nature et aux divinités de la Terre, du Ciel et de l’Eau, on est touché par la tendresse des parents et par la sensibilité de Nani.
Kochka ne nous cache pas les difficultés de ce voyage forcé. Il amène cette famille vers un inconnu effrayant mais chaque épreuve est franchie avec la force du lien qui unit tous les personnages.
Les jours suivants s’égrènent doucement. Les îliens s’installent au mieux dans leurs campements et attendent. Si, pour l’instant, ils sont ensemble, ils savent que ça ne va pas durer. Il n’y a plus de grands espaces qui seraient encore inhabités sur la terre où on pourrait les loger. Ils ne pourront pas rester en communauté. Comme des grains semés au vent, leur peuple sera bientôt éparpillé.
Parfois des gens débarquent au milieu d’eux et les prennent en photo ou les filment avec des caméras.
Parfois un riverain ému par leur sort leur apporte des couvertures et pour les enfants des jouets. Des curieux s’arrêtent aussi pour les regarder.
Certains s’en méfient … Ceux qui n’ont plus rien effraient souvent les mieux lotis. Qui sait, ils pourraient avoir envie de les voler ? Et ce débordement de personnes complètement démunies fait désordre dans la ville. Alors, si les gens du continent conviennent qu’il faut les accueillir, ils ont hâte qu’ils soient partis.
La langue est simple et belle. Les mots touchent juste et les lettres ouvertes au fur et à mesure de ce long périple par Nani et Semeio en soulignent la force.
Un beau message d’espoir et d’humanité.
Pourquoi lire Frères d’exil ?
En écrivant Frères d'exil, Kochka nous fait suivre le long voyage d'une famille qui doit tout quitter pour survivre mais que l'amour soutient toujours. Alors que Nani et Semeio laissent leurs grands-parents derrière eux, le fil des lettres écrites par Ipa sont à la fois la mémoire de leur peuple et un encouragement à vivre ailleurs une vie nouvelle. Un très joli roman de transmission et d'espoir qui dit, sans fard, l'exil mais aussi les liens qu'il faut tisser autrement.

