Suite à une exposition prolongée aux rayons cosmiques, Reed Richards, Sue et Johnny Storm ainsi que leur pilote, Benjamin Grimm, deviennent les Fantastic Four.
Dotée de pouvoirs extraordinaires, la première famille de super-héros explore les confins de l’univers, tout en affrontant de terribles adversaires.
Le run de Mark Waid, accompagné du regretté Mike Wieringo, est regroupé dans deux tomes, en format Poche, publié par Panini Comics.



Le sens de la famille
Petite présentation des troupes

Quand Mark Waid s’empare des Fantastic Four en 2002, le titre est en quête de renouveau.
Pour être honnête, je n’ai jamais été un grand fan de la famille cosmique.
Bien sûr, je suivais leurs aventures, notamment au sein du magazine Nova, sans déplaisir mais sans réel enthousiasme non plus.
À l’époque, Tom Defalco et Paul Ryan avait en charge l’équipe.
Et si le boulot restait honnête, la grande époque était déjà loin.
Puis est arrivé Mark Waid.
Après avoir fait les beaux jours chez Dc Comics, il tente la même approche chez Marvel.
Or, comme il le prouve encore aujourd’hui sur des titres comme Batman Superman World’s finest, il est un véritable expert du comics mainstream.
Et c’est en conscience de la tâche à accomplir qu’il se lance dans un run qui restera dans les mémoires.
Pourtant, les premiers chapitres restent assez classiques.
Et en même temps, ils symbolisent assez bien le projet de Mark Waid.
Plus que des super-héros, le scénariste s’intéresse à l’aspect familial et à l’exploration des Fantastic Four.
On y découvre une cellule familiale attachante mais non dénuée de défauts.
Entre l’obsession scientifique de Reed Richards, l’inconscience de Johnny, les colères de Ben Grimm, il ne reste que Sue pour faire ce lien nécessaire qui soude la famille.
Surtout qu’ils ont aussi la charge de deux jeunes enfants, tentant de les préserver de leurs aventures.
On comprendra assez vite que tout cela est bien vain et que ces premiers temps cachent une certaine insouciance, brisée par leur plus terrible ennemi.
Ainsi, Mark Waid se montre moins catégorique dans la représentation de ses personnages.
Reed Richards ne cessera de jongler entre son rôle de scientifique et celui de père. Et, au final, c’est quand il délaisse ses enfants que le héros dérive le plus.
Dans le même ordre d’idée, Sue tente de responsabiliser son frère en lui offrant un rôle inattendu.
Le scénariste développe d’ailleurs de nombreuses idées autour de Johnny Storm, comme un fil conducteur de l’ensemble de son run.
Seul Ben reste un peu à l’écart dans son rôle de gentil bougon même si :
destinée de la Chose à la fin du run
sa « mort » et les répercussions qui en découlent bouleverseront l’ensemble de la famille.
Le némésis ultime

Malgré la création de nouveaux adversaires, les premiers chapitres mettent avant tout en scène le côté explorateur des Fantastic Four.
Cependant, ils montrent aussi les répercussions des recherches de Reed sur le quotidien de sa famille.
Et cette thématique prend une toute autre tournure face à un ennemi de la trempe de Victor von Fatalis.
Certes, l’affrontement peut paraître redondant.
Néanmoins, Mark Waid change la donne en proposant un version optimisée de Fatalis, se laissant porter par les arts mystiques.
Si la magie fait aujourd’hui partie des marqueurs du super-vilain, l’idée était nouvelle et permettait de confronter Reed à une « science » qu’il ne maitrise pas.
La confrontation, de son introduction jusqu’à sa conclusion, est choc, montrant un Fatalis particulièrement dur.
D’ailleurs, il n’hésite pas à utiliser les propres enfants du couple pour mettre à mal une équipe qui s’effondre comme un château de cartes.
Il y a quelque chose de fascinant à voir nos héros tomber, même si cette chute n’est que le prémisse d’une glorieuse victoire.
Pourtant, si cet arc m’avait particulièrement marqué à l’époque, sa puissance ne serait rien sans le traitement des répercussions de ce combat.
Certes, l’affrontement aura été particulièrement éprouvant mais il débouche sur une famille déboussolée autant psychiquement que physiquement.
Sur les arcs suivants, Reed Richards opère une dérive morale importante, remettant en cause les liens entre les membres de cette équipe.
Surtout qu’en parallèle, son propre fils, Franklin Richards, reste traumatisé par son passage en enfer.
Mark Waid démontre qu’inconsciemment, ces enfants sont devenus des dommages collatéraux aux aventures de leurs parents.
De nombreuses répercutions
Physiquement, le visage de Reed Richards est défiguré suite à un ultime affrontement contre Fatalis.
Éprouvé, il décide reprendre en main la Latverie, contre l’avis de la population et du gouvernement américain.
La réputation des Fantastic Four en ressort ternie mais permet à Mark Waid de développer une réflexion politique sur l’ingérence des états.
Néanmoins, Reed multiplie les erreurs et son manque de communication débouche sur la « mort » de Ben Grimm, provoquant la fin des Fantastic Four.
Bien sûr, cette mort n’est que temporaire amenant le trio restant à tenter désespérément de ressusciter leur ami.
Cette partie, aux invocation religieuses, se conclue sur une révélation étonnante démontrant que les croyances du scénariste ne sont pas celles que l’on croit.
Un retour à la normale nécessaire
Après de telles épreuves, les héros se devaient de retrouver une forme de « normalité ».
Néanmoins , si on excepte le récit « bouche trou » de Karl Kesel et Paco Medina, Mark Waid ne diminue pas ses objectifs qualitatifs, nous offrant des épisodes dans la grande tradition des Fantastic Four.
Ainsi, c’est non sans un certain plaisir que l’on retrouve Johnny Storm au côté de Spider-Man dans une aventure rafraichissante, dans tous les sens du terme.
Ce récit, sans prétention, redonne de la légèreté au titre, avant un dernier arc explorant la face cosmique de l’équipe.
On y retrouve Galactus dans une aventure spatiale à la conclusion étonnante.
Un nouvelle fois, Johnny Storm endosse un rôle nouveau, lui permettant d’impacter de façon majeure, le cours de l’histoire.
Il amène Galactus à se poser des questions essentielle, revenant ainsi sur la partie humaine (et oubliée) du dieu dévoreur.
Une conclusion parfaite pour un run quasi parfait !
Une équipe graphique solide
L’artiste principal du run est Mike Wieringo, avec lequel Mark Waid avait déjà collaboré sur Flash, alors que le dessinateur était au début de sa carrière dans les années 90.
Sur les Fantastic Four, il est au sommet de sa carrière.
Sortant d’un petite expérience indé avec sa série de fantaisie Tellos, il adopte un style cartoony tout en rondeur, en parfaite adéquation avec l’esprit de l’équipe.
Avec une certaine aisance, il s’empare des personnages, proposant une nouvelle version de l’armure de Fatalis.
Sa vision de la Chose est sans doute une des plus belles jamais réalisées ces années-là.
Son style léger, fluide et expressif marque indéniablement l’ambiance du run invoquée par Mark Waid.
Le rythme d’une série mensuelle étant ce qu’elle est, Mike Wieringo est épaulé par quelques artistes hétéroclites.
Sur le premier volume, nous retrouvons Mark Buckingham, futur dessinateur de la série Fables, et Casey Jones, spécialiste des fill inn.
Sur le second volume, Howard Porter se démarque par un style plus carré et brutal mais loin d’être désagréable.
Paul Smith fera aussi un petit passage pour mettre en scène le duo Spider-Man et la Torche Humaine.
L’ensemble reste cohérent, laissant la place nécessaire à un auteur au sommet de sa forme.
J’aimais beaucoup le travail de Mike Wieringo et j’ai toujours pensé qu’il n’était qu’au début d’une immense carrière.
Malheureusement, le dessinateur décédera deux ans après la fin de la série, à l’âge de 44 ans, des suites d’une crise cardiaque.
En résumé
Fantastic Four de Mark Waid et Mike Wieringo est un des runs majeurs de la plus célèbre famille de super-héros.
Si le début reste classique, proposant avant tout une mise en bouche, le retour de Fatalis comme ultime némésis amène une incroyable intensité à la série.
Plus que l'affrontement en lui-même, ce sont les répercussions de cette énième bataille qui s'avèrent fascinantes, montrant une équipe, et notamment Reed Richards, au bord de la rupture.
Mark Waid explore tous les aspects des Fantastic Four.
Tantôt tragique, tantôt légère, il offre une parfaite porte d'entrée à tous ceux qui voulait découvrir la plus grande des familles de super-héros.
Surtout que graphiquement, Mike Wieringo y est impeccable, nous offrant une magnifique prestation, tout en finesse et en rondeur.
Une belle réussite !

Pour lire nos chroniques de Jian et Frère !

