Mots Tordus et Bulles Carrées

Hommage à Tim Sale

2022 est une année bien difficile pour les amateurs de comics. 

Après la perte de Neal Adams et de George Perez, nous venons d’apprendre, il y a quelques jours, le décès précoce de Tim Saleâgé seulement de 66 ans. 

Si j’avais beaucoup d’admiration pour Neal Adams et George Perez, Tim Sale, lui, fait partie des auteurs avec lesquels j’ai grandi.
Je lui dois, d’un certaine façon, mon initiation aux comics, notamment ceux de Dc Comics.

Hommage à une oeuvre charnière

Batman Long Halloween / Edition Semic

Cela peut paraître fou mais à une époque, la firme était quasi absente du paysage français. 
Il a fallu attendre que SEMIC réintroduise les héros de DC dans son catalogue pour qu’une génération toute entière découvre leurs aventures.
Parmi les premiers titres publiés par l’éditeur toulonnais, deux m’ont particulièrement marqué.
Kingdom Come ( dont je vous reparlerai sans doute un jour) et Batman : Long Halloween de Jeph Loeb et Tim Sale. (rare série que j’ai encore dans sa version SEMIC)

A cette époque, j’étais un fan inconditionnel de Batman mais au final, je ne le connaissais que par les films ou les dessins animés. 

Batman : Long Halloween fut un choc. 

Un polar haletant et machiavélique

Les scènes de meurtres narrées comme un hommage au polar noir et blanc

Le scénario de Jeph Loeb était un pur récit policier, un « Who Do It ? » (« qui a fait ça ? ») parfaitement orchestré où le chevalier noir enquêtait sur un meurtrier en série, tout en affrontant ses ennemis habituels. 

Une enquête qui se situait pendant les premières années d’exercice du justicier (qui pouvait se voir comme une suite, non officielle, de Batman : Year One de Frank Miller et David Mazzucheli ) où il collaborait encore avec Harvey Dent, pas encore devenu Double Face

Serial absolu où la clé du mystère n’est révélée qu’à la toute fin, l’oeuvre est aussi remarquable par son approche graphique. 

Hommage à un maître incontesté du noir et blanc

Un Batman imposant

Tim Sale se démarquait clairement de la plupart des auteurs de comics US de l’époque qui ne voyaient que par la grandiloquence de leur dessin alors que lui ne jurait que par la simplicité du trait.  
Dans la lignée d’un Eduardo Risso, on retrouve chez lui une gestion impeccable des ombrages (quitte à en faire des éléments de décor) et une atmosphère pesante qui colle à merveille au ton du récit. 

Ses visages, expressifs à souhait, lorgnaient par moment vers le cartoon, comme son interprétation très « creepy » du Joker

Un Joker creepy à souhait

Son style, définitivement unique, se caractérisait par une certaine sobriété. Allant à l’essentiel, il avait compris que quelques traits valaient souvent mieux qu’une multitude de détails. 
Cela le rendait d’ailleurs terriblement efficace et rapide. Il raconte qu’au début de sa carrière , sur la série Deathblow, il enchaînait un nombre incroyable de planches par jour pour tenir les délais, ce qui, de son propre aveu, était une aberration qualitative. 

Les ambiances poisseuses collaient merveilleusement à la peau de l’auteur mais le limiter à cela serait une erreur fâcheuse. 

Le renouveau avec Superman

Les couleurs de Superman All Seasons

Long Halloween a été un franc succès. 
Un an plus tard, le duo remet le couvert mais cette fois-ci sur un personnage beaucoup plus coloré : Superman.

A l’époque, je pensais que le style de Tim Sale ne fonctionnerait pas avec un personnage comme Superman (qui, de plus, ne m’intéressait pas beaucoup.) 

Et pourtant…
Superman : For All seasons frappe par son profond humaniste, elle tranche aussi avec les travaux précédents de Tim Sale . 
Finie l’ombre, place à la lumière.

Tim Sale rend hommage aux icônes costumées

Par la suite, ils collaboreront de nombreuses fois, que ce soit sur Batman : Dark Victory (la suite de Long Halloween) et même chez la concurrence avec des histoires sur Spider-Man, Daredevil et surtout le très bon Hulk : Gris.
De façon assez émouvante, le dernier récit que j’ai lu de Tim Sale était Superman : Kryptonite où il travaillait, cette fois-ci, avec Darwyn Cooke (auteur lui aussi disparu trop tôt). 

En résumé

Tim Sale était un auteur unique et un hommage s'imposait.

Grâce un trait reconnaissable entre mille, il s'était imposé sans jamais renier ce qui faisait sa marque de fabrique. 
Avec lui, j'ai découvert des récits absolument fabuleux et il m'a ouvert les yeux sur un personnage que je jugeais de façon beaucoup trop caricaturale (Superman). 

L'homme a disparu mais son oeuvre continuera à vivre à travers les nouvelles générations qui apprécieront, je l'espère, le style sombre et lumineux d'un auteur indémodable. 
Bulles Carrées

Bibliographie conseillée 

Batman : Le long Halloween et sa suite Dark Victory, en collaboration avec Jeph Loeb aux éditions Urban Comics 
Superman : For all seasons , toujours avec Loeb , toujours aux éditions Urban Comics 
Hulk : Gris encore avec Jeph Loeb mais cette fois-ci chez Panini Comics 
Superman : Kryptonite avec Darwyn Cooke aux éditions Urban Comics 

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