Mots Tordus et Bulles Carrées

Superman : For all seasons (Jeph Loeb/ Tim Sale)

Clark Kent entame sa dernière année d’étude dans sa ville natale, Smallville.
Pour le jeune homme, cette période est synonyme de transition et de changements.
Les pouvoirs qu’ils tentent de cacher se font de plus en plus présents et il peine à trouver sa place même auprès de ses proches.
Comment peut-il se rendre utile ?
Les prémisses de Superman sont en maturation.

Clark Kent : un héros en devenir

Regards croisés autour de Superman

La ville natale de Superman

La mini-série en 4 parties aux USA (publiée en intégral par Urban Comics), aborde les débuts du héros par le biais de 4 regards : Jonathan Kent, Lois Lane, Lex Luthor et Lana Lang.
Cette approche originale permet à Jeph Loeb de proposer 4 visions importantes du personnage iconique.

Chaque chapitre est lié à un sentiment : pour Jonathan c’est l’impuissance, la fascination pour Loïs, la haine pour Lex Luthor et l’amitié amoureuse pour Lana.
Chacun d’entre eux, à leur façon font face à un homme et /ou un héros qui les dépasse voire les surpasse.
C’est aussi ça que pointe Jeph Loeb.
Cette puissance peut mettre à mal à l’aise.
Elle exaspère bien sûr Lex Luthor qui ne peut supporter la présence de cet homme volant au dessus de sa tête mais elle effraie aussi ceux qui lui sont proches
Son père, notamment, ressent une forme d’infériorité physique face à un fils avec lequel il n’arrive plus à communiquer.

Avec ses nouveaux pouvoirs, Clark sait qu’il doit faire des choix.
Pour lui, c’est le seul moyen de trouver sa place dans la société et c’est sans doute aussi pour cela qu’il est un personnage hors-norme.

Se rendre utile à la société

Lex Luthor

Superman est souvent mal perçu par le public.
Considéré comme le boy-scout des super-héros, on n’oublie trop souvent l’humanité que dégage sa simple présence.
Et c’est avant tout ce qui ressort de cette histoire.

Plus que Superman, c’est Clark Kent qui irradie des pages de ce comics.
Loin d’être le héros né qu’on imagine, c’est tout d’abord un jeune homme qui se pose de nombreuses questions.
Conscient de sa puissance, il voit dans les yeux de son père à quel point les gens se sentent inférieurs face à lui.
Et, c’est justement cela qui est fascinant dans ce personnage.
Il aurait très bien pu déraper et choisir le mauvais côté.
On privilégie souvent, et à raison, le rôle éducatif de ses parents adoptifs.
Il n’est pas négligeable mais on voit bien, notamment dans le premier chapitre, que tout n’est pas aussi simple.
Comme dans toute famille, il y a des non-dits, des incompréhensions et de longs silences.
Son éducation apporte le ciment qui sert de base à sa construction mais elle n’explique pas forcement le rôle qu’il va prendre par la suite.

Ce qui fait que Superman va exister, selon Jeph Loeb, repose sur une simple question : Comment se rendre utile ?
Et c’est en cherchant à y répondre que Clark va quitter Smallville et enfiler son costume bariolé.
Bien sûr, les débuts sont difficiles. .
Ce pouvoir s’accompagne de responsabilité, de culpabilité et d’ennemis irréconciliables mais grâce au soutien de ses proches, il sait qu’il peut y arriver.

Car contrairement à ce qu’on pourrait croire, Superman n’est pas infaillible.
Lui aussi doute et c’est ce qui le rend si humain.

L’oeuvre ultime de Tim Sale ?

Un trait simple parfaitement rehaussé par les couleurs de Bjarne Hansen

Avec Superman For all seasons, Tim Sale se lance un défi.
Lui qui est avant tout connu pour ses ambiances sombres et lugubres collant à la perfection à l’univers de Batman, prend ici un virage à 180 degrés.

Et dès la première apparition de Clark Kent, on comprend à quel point il a parfaitement saisi l’essence même du personnage.
le jeune garçon à la carrure d’un footballeur américain étonne par un côté enfantin qui montre son incertitude.
Le visage de Clark, croqué en quelques traits par le dessinateur, transpire la tendresse et la naïveté alors que celui de Superman est marqué par sa combativité.
Par le biais de cette différenciation graphique, on excuse même Lois de n’avoir jamais vu le héros qui se cachait sous l’épaisse carapace du journaliste.

Dans sa dédicace, Tim Sale rend hommage à Sam Rockwell et on le comprend aisément tant ses propres illustrations, notamment de Smallville, mettent en scène ces petites bourgades américaines qui étaient si chères au peintre.

Le travail du dessinateur laisse aussi une place importante à la sublime colorisation de Bjarne Hansen
Le dessinateur souffrait de daltonisme et ne différenciait pas les couleurs. 
Il a su accorder sa totale confiance au coloriste qui a sublimé ses planches en leur donnant ce ton et cette ambiance si particulière.

En résumé

Superman : For all seasons est un récit inspiré, humaniste et touchant. 
Accompagné par un travail graphique collaboratif absolument bluffant de la part de Tim Sale et Bjarne Hansen, Jeph Loeb a su rendre hommage à une des plus grandes icônes  américaines. 

Un récit qui vous fera aimer Clark Kent même si vous n'aimez pas Superman. 

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