En dépit de l’attitude compréhensif de son entourage, Kotoro Anzai ne peut plus mettre les pieds dans son établissement scolaire.
Prise de maux de ventre, elle vit recluse dans sa chambre.
Or, un jour, une voix l’appelle à travers un miroir.
Elle le traverse et se retrouve devant l’entrée d’un château solitaire avec 6 autres adolescent.es.
Leur jeune hôte porte un masque de loup et leur propose un étrange marché.
Iels ont jusqu’au mois de mars pour retrouver une clé leur permettant d’exaucer leur voeu le plus cher.


Conte et phobie scolaire
Le château solitaire dans le miroir est l’adaptation du roman de Mizuki Tsujimura, Grand prix des libraires au Japon en 2018.
L’oeuvre a eu de multiples adaptations dont un long métrage réalisé par Miho Maruo sélectionné au festival d’Annecy en 2023.
De l’autre côté du miroir

Le château solitaire dans le miroir de Tomo Taketomi joue habilement avec les émotions de ses lecteur.rices.
Dès les premières pages, on est pris aux tripes par la détresse de Kotoro, personnage central du manga.
Pourtant soutenue par sa mère, la jeune adolescente n’arrive pas à remonter la pente et se renferme sur elle-même.
D’ailleurs, c’est profondément perturbée qu’elle traverse son miroir sans prendre la mesure de ce qu’elle pourrait trouver de l’autre côté.
Ainsi, elle arpente un univers aux multiples références dont la plus évidente est Alice au pays des merveilles.
On retrouve certains éléments du roman de Lewis Caroll, allant du miroir au château.
Si Kotoro et ses camarades ont des problématiques plus actuelles , le château leur propose un havre de paix pour fuir leur soucis du quotidien.
Dans ce château, le guide n’est pas un lapin.
Mais une jeune fille affublée d’un masque, l’énigmatique Mademoiselle Loup.
Elle dicte les règles et reste présente dans la vie du groupe sans forcement intervenir.
Bien sûr, le choix du loup comme animal totem est loin d’être anodin.
C’est une créature omniprésente des contes, inspirant la malice puis la peur.
Tomo Taketomi joue admirablement avec cette symbolique rappelant notamment le conte de Charles Perrault, Le petit chaperon rouge.
Et en effet, ses objectifs sont difficile à appréhender
Cependant, la mangaka multiplie les indices, nous amenant à des révélations évidentes, une fois les pièces du puzzle réunis.
D’ailleurs, le dernier volume monte le curseur du stress à son comble comme pour nous préparer à une grosse dose d’émotion.
Une adolescence en péril

Le premier volume du Château solitaire dans le miroir se concentre sur la personnalité deKotoro.
Mais Tomoko Taketomi n’oublie pas les autres personnages, constituant un groupe soudé, dans les bons comme les mauvais moments.
Chacun d’entre eux a une raison particulière d’être ici, variant les cas amenant à cette phobie scolaire.
Tomo Taketomi explore les rouages d’une violence quotidienne et répétée qui pourrit la vie de Kotoro et de certains de ses camarades.
L’autrice décrit le piège dans lequel les adolescent.es ne trouvent aucun échappatoire.
Tout débute par des actes anodins et finit par une impression de cabale.
Les raisons de cet acharnement sont injustifiables et rendent cette haine encore plus impardonnable.
Au fil des tomes, on apprend à connaître les six autres collégiens et explorer chacune de leur problématique.
Si on prend Masamune et sa passion des jeux vidéos ou le coeur d’artichaut d’Ureshino,les écarts de personnalités sont flagrants.
Pourtant, ils sont unis par un point commun : aucun d’entre d’eux ne va plus à l’école.
On s’imagine que cette réunion n’est pas anodine et, petit à petit, on découvre leurs qualités comme leurs défauts.
Toutes leurs difficultés ne découlent pas d’un harcèlement ce qui diversifie les cas de phobie scolaire.
Qu’on ne supporte pas le système, qu’on s’enferme dans une fausse image de soit ou qu’on soit victime de harcèlement, toutes les situations expriment une profonde solitude.
Et par le biais du groupe, ces adolescent.es qui ne se connaissent pas, vont apprendre à vivre, s’amuser, pleurer et rire ensemble.
Malgré quelques accrochages inhérents à la vie en socièté, de réelles amitiés se créent leur permettant de supporter un retour nécessaire à la réalité.
Le manga explore aussi la position des adultes dans ces situations : parents, personnels éducatifs et même éducateurs.
Si nombreux sont à l’écoute, d’autres paraissent moins conscient de l’impact des actes commis.
Si on prend le cas de l’enseignant de Kotoro, on imagine qu’il cherche à l’aider. Mais en se mettant en porte-à-faux entre harceleur et harcelée, il relativise la douleur de la victime.
Et son insistance ne fait qu’aggraver les choses.
Néanmoins, le manga met en scène certaines structures spécialisées, cherchant les solutions les plus adéquates pour mettre fin à ce malêtre.
La phobie scolaire est un problème majeur, découlant souvent d’un malêtre profond qu’on doit comprendre avant de juger.
Un graphisme puissant

Graphiquement, Tomo Taketomi impose une ambiance tantôt délicate, tantôt suffocante.
Le trait est fin et la narration apporte cette touche de dynamisme et d’inventivité qui donne du tempo à l’intrigue.
Plusieurs scènes sont remarquable à l’image du souvenir du tome 1 ou d’un dernier volume qui monte le curseur du stress comme jamais.
La peur de Kotoro est retranscrite par de mutiples trouvailles narratives exprimant à la perfection l’impact que cet évènement a pu avoir sur elle.
Une belle réussite graphique !
En résumé
Le château solitaire dans le miroir de Tomo Taketomi, adapté du roman de Mizuki Tsujimura, est un récit aussi mystérieux que bouleversant.
Alors que le début du récit traite du mal être scolaire et du harcèlement, l'intrigue prend un virage plus fantastique, sans pour autant laisser de côté son objectif premier.
À travers les flashbacks de Kotoro puis de ses camarades, on découvre les rouages d'une violence psychologique intolérable qui les oblige à trouver refuge dans ce château mystérieux.
Les interrogations nombreuses amènent à des révélations étonnantes, reflet du maitrise totale de l'intrigue.
Celle-ci, accompagnée d'une gestion de personnages impeccable, apporte une mélange d'émotion et d'intensité à l'ensemble.
En prime, le dessin de Tomo Taketomi est de toute beauté, ce qui ne gache rien au plaisir.
Un manga coup de coeur et coup de poing, traitant d'un sujet rare : les causes et les conséquences de la phobie scolaire.

