Mots Tordus et Bulles Carrées

Le château solitaire dans le miroir ( Tomo Taketomi)

Malgré la compréhension de sa mère, Kotoro Anzai ne veut plus remettre les pieds dans un établissement scolaire.
Prise de maux de ventre, elle vit recluse en se remémorant les difficultés liées au collège.
Or, un jour, une voix l’appelle à travers le miroir de sa chambre.
Elle décide de le traverser et se retrouve devant l’entrée d’un château solitaire avec 6 autres collégien.nes.
Leur jeune hôte porte un masque de loup et leur propose un étrange marché.
Retrouver une clé qui leur permettra d’exaucer leur voeu le plus cher.

De l’autre côté du miroir

Une imagerie du conte reconnaissable

Le château solitaire dans le miroir est l’adaptation du roman à succès de Mizuki Tsujimura.
Récemment, le manga a même été transposé dans un long métrage réalisé par Miho Maruo.

Dès les premières pages, on est pris aux tripes.
La mangaka Tomo Taketomi nous fait ressentir toute la détresse et la solitude de la jeune Kotoro.
C’est d’ailleurs cet état d’esprit qui incite l’adolescente à traverser son miroir sans prendre réellement la mesure de ce qu’elle pourrait trouver de l’autre côté.
Ainsi, elle arpente un univers aux multiples références dont la plus évidente est Alice au pays des merveilles.
Si Kotoro a des problématiques plus actuelles que celle d’Alice, les deux personnages ont cette même envie de fuir le monde réel par la fiction.
On retrouve d’ailleurs quelques éléments du livre de Lewis Caroll : le miroir, le château ou le guide animal.
À la différence près que, dans ce château solitaire, le guide n’est pas un lapin mais une jeune fille affublée d’un masque de loup.
Le loup est un élément récurent des contes.
Et notamment du Petit chaperon rouge dont les couvertures reprennent la symbolique.

De là à y voir un indice primordial sur cet énigmatique personnage, la question se pose.
À priori, les intentions de « Mademoiselle loup » sont nobles mais on ne peut s’empêcher de rester méfiant.
Offre-t-elle un refuge à ces adolescents ou cherche-t-elle autre chose par cette chasse à la clé ?

La suite devrait nous apporter certains éclaircissements.

Des adolescents en péril

Une peur sous-jacente

Sur ce premier volume du Château solitaire dans le miroir, Tomo Taketomi se concentre sur la personnalité de Kotoro.
La jeune fille a vécu un traumatisme lors de sa scolarisation, créant chez elle une véritable phobie scolaire.

On comprend assez rapidement qu’elle a été victime de harcèlement et dévoile le nom d’une potentielle coupable : Sanada.
En remontant le fil, Tomo Taketomi explore les rouages de cette violence quotidienne et répétée qui ont pourri l’existence de la jeune fille.
L’autrice décrit parfaitement le piège dans lequel elle ne peut trouver aucun échappatoire.
Tout commence par des petits actes et se termine par une impression de cabale.
Les raisons de cet acharnement, dévoilés à la fin du premier tome, rendent cet acte injustifiable.
Toute cette haine… juste pour cela ? C’est incompréhensible.

Graphiquement, la mangaka impose une ambiance tantôt délicate, tantôt suffocante.
Le trait est fin et la narration apporte cette touche de dynamisme et d’inventivité qui donne du tempo à l’intrigue.
La scène finale du tome 1 est d’ailleurs assez remarquable.
La peur de Kotoro retranscrite par des petites trouvailles narratives exprime à la perfection l’impact que cet évènement a pu avoir sur elle.

Pour les six autres collégiens, on apprend à les connaître.
Si on prend Masamune et sa passion des jeux vidéos ou le coeur d’artichaut d’Ureshino,les écarts de personnalités sont flagrants.
Pourtant, ils sont unis par un point commun : aucun d’entre d’eux ne va plus à l’école.
On s’imagine que cette réunion n’est pas anodine et, petit à petit, on apprend à mieux connaître leurs qualités comme leurs défauts.

Malgré quelques accrochages inhérents à la création d’un tel groupe, des ententes commencent à se créer.
Reste que le défi imposé par Mademoiselle Loup les met obligatoirement en concurrence.
Et, à un moment ou un autre, ils devront bien jouer le jeu.

En résumé

Le château solitaire dans le miroir de Tomo Taketomi, adapté du roman de Mizuki Tsujimura, est un récit aussi mystérieux qu'émouvant. 

Alors que le début du récit traite du mal être scolaire et du harcèlement, l'intrigue prend un virage plus fantastique, sans pour autant laisser de côté son objectif premier.
À travers les flashbacks de Kotoro, on découvre les rouages d'une violence psychologique intolèrable qui l'oblige à trouver refuge dans ce château mystérieux.

Les interrogations restent nombreuses mais la gestion des personnages et les différents indices posés de-ci de-là, apportent de l'intensité à l'ensemble.

En prime, le dessin de Tomo Taketomi est de toute beauté, ce qui ne gache rien au plaisir

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