Mots Tordus et Bulles Carrées

Le garçon de papier (Nicolas Digard / Kerascoët)

Un jeune garçon est rejeté par des enfants du même âge que lui.
Son seul défaut : être fait de papier.
Une différence qui l’oblige à fuir pour échapper une bonne fois pour toutes aux brimades incessantes des garnements.

Une différence excluante

Une enfance cruelle

Un regard haineux

Le garçon de papier de Nicolas Digard et Kerascoët part d’une scène particulièrement cruelle.
Poursuivi par une bande d’enfant, le jeune garçon essaie d’échapper à un harcèlement quotidien.
Moqueries, brimades ou menaces, rien ne lui est épargné.
Et pourquoi ? Pour une simple différence.
Fait de papier, le jeune garçon ne correspond pas à la norme et cela lui vaut les pires cruautés.

En mettant en scène cette particularité fantasmagorique, Nicolas Digard se fait l’écho de toutes les « différences » pouvant provoquer ce genre d’actes injustifiables.
Un surpoids, un handicap, être bègue, mal habillé… Les raisons sont nombreuses et le ressentiment est d’autant plus fort que la victime est seule et incomprise.
Une situation parfaitement retranscrite par l’auteur lors de la discussion entre le jeune garçon et sa mère.
Elle a beau faire preuve de compassion, pour le garçon de papier, sa mère ne peut pas comprendre ce qu’il ressent.
Elle n’est pas de papier et n’est exclue d’aucune norme.

La colère d’un enfant rejeté

Et cela le met dans une rage folle.
Ainsi, la tristesse laisse place à la colère, preuve de sentiments qui évoluent au fil des pages.
Cette colère est incontrôlable, presque un défouloir.
Elle est aussi brusque que rapide.
Par la suite, le jeune garçon prend le temps de la réflexion et cherche les solutions au plus près de soi.

L’album n’en offre cependant pas de toute faite.
Mais il amène des pistes et permet de comprendre pourquoi notre société devrait valoriser la différence plutôt que chercher à l’effacer.

Un dessin empreint de poésie et de tristesse

Des illustrations absolument magnifiques

Dire que le dessin de Kerascoët est sublime est un euphémisme.
Les illustrations, en double page, sont des condensés de beauté qui, à l’image du scénario, transportent le garçon de papier dans un enchainement de sentiments.

Et cette évolution, on la retrouve notamment dans la tonalité des couleurs choisies par le couple.
Alors que les premières pages font ressortir la cruauté des enfants par des tons bleutés et ocres, les dernières explosent de couleurs comme pour exprimer la « renaissance » du jeune garçon.

D’ailleurs le traitement même de ce garçon de papier est intéressant.
Présent sur toutes les illustrations (à l’exception d’une), sa forme « plate » tranche avec des environnements plus réalistes ou naturels.
Kerascoët guide l’oeil du lecteur.rice vers cette petite masse blanche, qu’elle soit enfouie ou non dans les immenses feuillages d’une forêt.

Une façon élégante de nous montrer que c’est par sa différence que ce garçon de papier est remarquable.

En résumé

Le garçon de papier de Nicolas Digard et Kerascoët est un album aussi sombre que lumineux. 
S'il nous présente, sans aucune concession, l'intolérance enfantine, Nicolas Digard nous montre aussi comment cette différence fait notre force. 
Une oeuvre qui dénonce le harcèlement sans le nommer et qui lutte à sa façon contre les normes établies. 

Les illustrations de Kerascoët sont magnifiques et retranscrivent à la perfection le  bouillon de sentiments, allant de la tristesse à la colère, et de la colère à la joie. 

Un album parfois difficile, souvent sensible, et un brin poétique.
À faire lire à tous nos enfants !

Prix et récompenses

  • N°1 du Top album jeunesse 2023 MTEBC

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