Le vilain petit machin (Marie-Sabine Roger / Marjolaine Leray)

Par un malheureux coup de vent, les 5 oeufs de Joséphine Colvert se sont éparpillés dans la nature.
Effrayée, elle part à leur recherche et en retrouve non pas 5… mais 6.
Et le sixième n’a pas vraiment la taille réglementaire !
Un énorme bec rouge, un plumage noir et une allure disgracieuse.
Quel vilain petit machin !

Une réécriture poétique et hilarante

Un poussin aux proportions disproportionnées

Le Vilain Petit Machin de Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray aurait pu être une énième réécriture du Vilain Petit Canard d’Andersen.
Ce conte, maintes fois adapté, reste néanmoins d’actualité avec son message intemporel et sa morale qui marque notre inconscient.

Cependant, c’est un fait, la littérature jeunesse est friande de réactualisations et Marie-Sabine Roger se devait de trouver cette petite touche qui la démarquerait du lot.
Et de ce côté-là, c’est une franche réussite.
Avec une écriture toute en vers, elle fascine son lectorat par l’élégance de ses rimes et la finesse de son vocabulaire.
Surtout que l’autrice, bien loin de tomber dans le verbe pompeux et prétentieux, se montre pleine d’espièglerie, s’amusant ( et nous amusant ) avec son conte.
Il n’est donc pas rare de la voire digresser en prenant du recul avec le propos et le ton de son histoire.


« OR,
Et c’est que l’histoire bascule
Et devient brusquement un Drame Majuscule, »

— Marie-Sabien Roger, autrice

Ainsi, l’autrice use de tous les artifices, de l’onomatopées jusqu’à la blague récurrente sur ce 5eme poussin qu’on ignore car ce n’est qu’une… fille.

On rigole beaucoup à la lecture de ce Vilain Petit Machin mais heureusement, la morale est sauve.
Effectivement, l’esprit du conte reste bien présent et la morale s’en trouve même décuplée, allant jusqu’à aborder les moqueries incessantes de ces frères ingrats comme une forme de harcèlement.
Une modernisation réussie autant sur le fond que sur la forme !

Humour et dessin

Le sens du comique

Cependant, pour que la sauce prenne totalement, il fallait des illustrations à la hauteur.
Je ne connaissais pas le travail de Marjolaine Leray, collaboratrice récurrente des oeuvres de Marie-Sabine Roger.
Dans son approche, j’y ai retrouvé un peu de Benjamin Renner.
Tous ceux qui ont lu son Grand Méchant Renard seront ravis de retrouver, dans les illustrations de Marjolaine Leray, cette efficacité du simple coup de crayon au service des attitudes et des mouvements de personnages.
En effet, si le côté charbonneux de son dessin est parfait, je suis avant tout épaté par sa capacité à donner des allures spécifiques aux poussins et notamment à ce pauvre cygneau qui s’ignore.
Son immense carrure, toute en longueur, se terminant par d’immenses palmes, est une pure merveille de design.

On notera les quelques rajouts de couleurs astucieux, apportant cette petite touche enfantine.

En résumé

Le Vilain Petit Machin de Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray aurait pu être une énième réécriture du Vilain Petit Canard d'Andersen. 
Mais autant par la forme que par le fond, les autrices proposent à leur lectorat un conte poétique, espiègle, bourré d'humour et de réflexion.

Marie-Sabine Roger, sous sa prose aux rimes inventives, s'amuse en multipliant les digressions réjouissantes.
Quant à Marjolaine Leray, elle dessine des volatiles aux allures grotesques mais typiquement humaines.

Un plaisir autant pour l'esprit que pour les yeux !

Pour lire nos chroniques sur Âme augmentée et Attentat

Bulles Carrées

Laisser un commentaire

Retour en haut