La planète a été engloutie par les eaux et de nouvelles espèces font leur apparition.
Arona, une jeune rescapée humaine, est recueillie au sein du Nautilus.
Sa présence oblige le Capitaine Nemo à rompre avec sa solitude.
Mais les années passant, la jeune fille se pose certaines questions sur son mentor, remarquant ses changements de comportement au son de l’alarme.
Malgré tout, peut-elle réellement aider le vieux loup de mer ?
Une star montante
Je ne peux pas vous parler de Mobilis sans évoquer la hype récente autour de Juni Ba.
Si son nom revient souvent dans la bouche des amateurs de comics, il n’a en réalité que peu de titre à son actif. Et encore moins traduit en France.
Si la sortie récente de Robin : the boy wonder lui a apporté une certaine visibilité, l’auteur reste rare dans nos librairies.
Il est d’ailleurs étonnant de voir ce titre atterrir chez Bayard, un éditeur assez éloigné de la sphère du comics.
Paradoxalement, c’est Panini comics qui lance la première salve avec un comics atypique : Monkey Beat.
Si sa réédition récente, à un prix battant toute concurrence, est réjouissante, elle est aussi la preuve du peu succès rencontré à sa sortie.
Il faut dire que Monkey Beat était assez foutraque. L’album tenait plus de l’expérimentation esthétique, laissant beaucoup de lecteurs sur leur faim.
Pourtant la patte graphique de Juni Ba était déjà bien présente.

Son style est une parfaite fusion entre les univers graphiques de Mike Mignola et la rigueur esthétique de Genndy Tartakovsky.
Le lore est foisonnant et les designs originaux. Cette impression de simplicité vise une efficacité narrative plus que l’épate technique.
Juni Ba pousse tellement la stylisation que par moment, les mains d’Arona ne sont que de simples cercles .. Mais c’est assumé et cela fonctionne !
L’approche graphique de Nemo, avec cette barbe d’un seul bloc, devenant hirsute dans les moments de doute, est fascinante.
Celle d’Arona exprime toute l’évolution du personnage ainsi que ses nombreuses introspections.
L’auteur a encore des progrès à faire notamment sur sa colorisation et sa mise en page.
Celle-ci reste au fond assez classique et manque d’impact notamment sur les scènes d’action.
Quant aux couleurs, je les trouve personnellement un peu trop old school et ternes.
Si son style oblige à une certaine retenue dans les effets, celle-ci manquent néanmoins de folie et un brin de lumière.
Mais au final, l’originalité et la générosité graphique que nous offre Juni Ba est assez détonnante pour ne faire que peu de cas de ce genre de lacunes.
À bord du Nautilus
Une famille en construction

Avec Mobilis, l’auteur détourne nos attentes et délaisse sa folie pour plus de sensibilité.
À la base, l’idée d’un Nautilus dans un monde apocalyptique ne propose pas grande chose de nouveau.
Pourtant, hormis l’imagerie autour de Nemo, le récit ne va jamais là où on l’attend !
L’aventure, bien que présente, laisse la place à un récit psychologique touchant et profond.
Ainsi, Juni Ba se concentre surtout sur les rapports conflictuels entre la jeune enfant et celui qui deviendra son père de substitution.
Si le Capitaine Némo accepte, bien malgré lui, sa présence, il laisse, au moins au départ, l’éducation de la jeune fille à son robot de compagnie, Conseil.
Mais après un temps de découverte où l’auteur en profite pour nous faire visiter les recoins du sous-marin, la rencontre ne peut plus être évitée !
Il n’est d’ailleurs pas anodin que celle-ci se fasse autour d’un tableau mettant en scène le mythe de Sisyphe, parfaite d’analogie du parcours de Nemo.
Et si Nemo se retrouve dans Sisyphe, Arona s’imagine auprès en Peter Pan.
On sent qu’à sa façon, Juni Ba convoque, avec Mobilis, certains grands noms de la littérature fantastique.
Nemo se montre, dans un premier temps, austère. L’homme s’est enfermé dans une solitude qui trouve son origine dans un trauma obsessionnel.
Arona, qu’on découvre d’abord enfant, est tout son contraire.
Malgré une perte initiale, la jeune fille reste espiègle, mettant à mal l’instruction prodigué par le Capitaine.
Si Nemo est un personnage déjà construit et qui aura du mal à bouger de sa base, Arona évolue continuellement au fil des pages.
Adolescente, elle passe par une phase de rébellion, cherchant avant tout la reconnaissance du « père ».
Leur relation est complexe, peuplée de non-dits et de colère refoulée amenant à quelques scènes vibrantes d’émotions.
Nemo voudrait mieux communiquer avec la jeune fille mais il s’y prend terriblement mal.
À y réfléchir, on retrouve dans la relation entre Arona et Nemo, une réminiscence de celle entre Robin et Batman.
D’une certaine façon, Mobilis est un pont vers Robin : the boy wonder .
Un monde voué à sa perte ?

Les premières pages de Mobilis ne laisse aucun doute.
Une crise écologique a ravagé le monde. L’humanité pensait dompter la mer, elle s’est trompée.
Le ton est cynique et ne cherche pas à donner d’excuse aux ravages des hommes.
Les monstres marins ont fait de la Terre leur nouveau territoire. Un territoire où la race humaine n’a plus sa place.
Si la faune maritime se montre féroce, le récit choisit une piste originale.
Le monstre n’est plus l’ennemi. Il devient le remplaçant d’une humanité qui n’a eu de cesse de martyriser son environnement contrairement à ces créatures qui vivent en communion avec leur élément.
Certes la fin, un peu rapide à mon goût, écorne cette radicalité mais renforce l’idée de la main tendue.
Avec Juni Ba, la fin de l’humanité se fait avec un certain optimisme.
En résumé
Mobilis de Juni Ba est un récit d'aventure palpitant, délaissant légèrement l'action pour s'intéresser à un duo attachant.
Moins foutraque que Monkey Beat mais plus sensible, le voyage d'Arona auprès du Capitaine Nemo nous mène dans un monde englouti, peuplé de créatures terrifiantes.
Mais, Juni Ba explore avant tout la relation conflictuelle entre une jeune fille devenant adolescente et un vieil homme rongé par les remords.
Par un esthétisme convoquant Mike Mignola et Genndy Tartakovsky, Juni Ba marque les esprits par la puissance de son trait, l'inventivité de ses designs et un esthétisme très personnel.
Mobilis est une porte d'entré parfaite à l'univers débridé de Juni Ba.


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