Une fille coiffée d’un palmier, le baluchon sur l’épaule et l’air déterminé, grimpe une colline, suivie d’un garçon tirant une valise à roulettes, équipé d’une lampe frontale, pas franchement utile en plein soleil, et d’un ciré rouge. Voilà qui donne le ton du roman Les filles montent pas si haut d’habitude d’Alice Butaud, illustré par François Ravard. Un road-trip en campagne hilarant et sensible à ne pas rater.
Timoti et Diane
Timoti vit avec son père Gérard (dit Papoule) dans leur grande maison. Il se sent souvent seul mais ne va plus à l’école car il a développé une phobie scolaire.
C’est que Timoti (un nom de shampoing, non ?) est un petit garçon original. Il pense à 100 à l’heure, prend des notes dans son petit carnet pour plus tard, écrit des poèmes, adore les « Tu préfères... » mais surtout a peur du monde extérieur.
Il réfléchit et rêvasse en moyenne 58% de son temps éveillé. Il ne sort pas souvent de chez lui, très peu de sa tête, et regarde l’horizon par sa fenêtre. Le paysage l’hypnotise, l’imperceptible métamorphose d’un nuage, les plus petits événements : un oiseau essoufflé qui atterrit en urgence (cela arrive très rarement mais cela arrive), un hérisson qui se pique en se grattant, une plume sans propriétaire qui plane et écrit dans l’air des messages qu’il pense lui être destinés.
Or, un jour, alors que son père est parti faire les courses, il découvre une tornade dans son jardin. Ou plutôt une fille à queue-de-cheval qui se prend pour un chevalier et combat une tondeuse-à-gazon-dragon-de-l’enfer en hurlant « Youhou ! Prends ça, et ça ! »
Elle grimpe ni une ni deux aux branches de l’arbre qui donne face à la fenêtre de Timoti et s’engage alors une discussion drolatique. Car les deux enfants n’ont rien en commun et sont plutôt deux extra-terrestres venus de planètes différentes.

Diane (car la fille qui grimpe aux arbres et n’a pas froid aux yeux s’appelle Diane) est vive, volubile et n’a pas la langue dans sa poche. Un vrai petit lutin. Timoti, au contraire, est réfléchi, posé, poète et ultra-prévisible. Il déteste par dessus tout faire varier ses habitudes.
Alors quand Diane lui propose de venir le chercher le lendemain à minuit pour aller bivouaquer, il n’est pas franchement emballé.
Pourtant, ils vont se lancer dans un road-trip en campagne et vivre une aventure qui changera leurs vies à jamais.
L’aventure, c’est la vie !
Je ne connaissais pas Alice Butaud mais j’apprécie le travail de dessinateur de François Ravard et j’avoue avoir été franchement « bottée » par cette couverture et ce titre.
Les amateurs de duos à la Laurel et Hardy et de répliques qui font mouche ne seront pas déçus. L’écriture d’Alice Butaud est énergique, ses personnages originaux et sensibles, ce qui fait qu’on ne tarde pas à s’attacher au binôme improbable que forment Timoti et Diane.
Mais, au-delà de l’humour et des répliques implacables, on découvre à travers ces personnages des êtres à part, trop sensibles pour la vie en société, trop imaginatifs pour l’école, avec un coeur trop grand et une place vide, malgré tout l’amour que leur portent leurs parents.
Diane, qui est venue « délivrer » Timoti, révèlera d’ailleurs sa véritable quête au fur et à mesure qu’elle réussira à pousser dans ses retranchements son compagnon de route dérouté. Le pays du Toujours-toujours.

On rit, on vibre, on est touché et emporté par la tornade Diane et l’inquiet Timoti. Les rencontres, plus ou moins sympathiques, et les obstacles qu’ils vont franchir vont les rapprocher. Et faire naitre une belle complicité. De celles qui rassurent et réconfortent. De celles qui créent des liens indéfectibles.
Pourquoi lire Les filles montent pas si haut d’habitude ?
Les filles montent pas si haut d'habitude est un roman à lire d'une traite, entre deux éclats de rire. Avec Timoti et Diane, ce duo improbable, Alice Butaud nous embarque dans une épopée champêtre qui ne manque pas de piquant. Associée à la douceur des illustrations de François Ravard, l'histoire, pleine de fantaisie, touche en plein coeur par ses dialogues vifs et ses révélations sensibles.
Pépite du Salon de Montreuil – Fiction junior – 2021


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