Mots Tordus et Bulles Carrées

L’île aux morts (Rémi Giordano)

Depuis Plein gris de Marion Brunet, je n’avais pas lu de thriller adolescent. C’est chose faite avec « L’Ile aux morts » de Rémi Giordano, paru aux éditions Thierry Magnier. Ce roman à la tension grimpante se joue sur l’Ile de Groix, au large des côtes bretonnes.

Il n’en restera qu’un…

Entrer dans le récit de Rémi Giordano, c’est d’abord découvrir une couverture particulièrement réussie. Côté pile, une illustration sombre et inquiétante d’Adrien Demont avec, en toile de fond, une île éclairée seulement d’un oeil cyclopéen, son phare. On pense immédiatement au tableau d’Arnold Böcklin « l’île des morts« , peint à la fin du 19e siècle.

L’île des morts, Arnold Böcklin, version de Leipzig, 1886 (Wikipedia)

Côté face, le texte d’amorce est diablement efficace :

« Ils étaient 6 à fêter leur bac près du phare.
Ils étaient 5 à en revenir.
Ils étaient 4 à rester sur l’île.
Ils étaient 3 à vouloir dire la vérité.
Ils étaient 2 à vraiment pleurer leurs amis.
Il n’en restera qu’1. »

La bande-annonce est cinématographique. Et ce n’est pas une surprise étant donné que Rémi Giordano est auteur et scénariste.

L’île aux morts, c’est donc d’abord un décor : celui de l’Ile de Groix. L’auteur y a d’ailleurs bénéficié d’une résidence d’écriture jeunesse. Avec son isolement, son phare, son littoral rocheux, son port et ses nombreux chemins, elle est le lieu idéal pour mettre en place un huis clos à la fois sauvage et naturel.

Sur cette île se retrouvent 4 amis. Camille, qui a quitté l’île un an auparavant, y revient pour enterrer sa grand-mère. Elle retrouve alors Aminata, la fille du gardien du phare, Blanche, la fille du maire, Tomek, leur copain homo et Jules, le beau Jules qui vit sur son bateau.

Or, les retrouvailles sont tendues. En effet, leur amie Laura a disparu un an auparavant et ils sont les seuls à savoir ce qui lui est réellement arrivé. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Les uns après les autres, ils vont recevoir un message inquiétant : « je sais« . Cela va les pousser à se remémorer et à se questionner : faut-il dire la vérité, envers et contre tout ? Et contre tous ?

Un enquêteur venu du continent

L’originalité de ce thriller, pour de jeunes lecteurs et lectrices, tient tout d’abord dans la structure narrative en 4 parties. L’histoire est ainsi racontée dans un premier temps par Camille, puis dans un court intermède par Laura, puis par Théo, le petit ami de Camille, continental débarqué sur l’île, et enfin par Blanche.

Chacune de ces parties permet ainsi de rassembler les pièces d’un puzzle qui révèle ce qui s’est passé la nuit de la disparition de Laura, mais aussi les liens, les trahisons et les histoires familiales qui unissent, malgré eux, les protagonistes.

L’écriture est fluide et les dialogues efficaces. On visualise aisément les scènes, avec toujours en toile de fond l’île et ses paysages naturels et dangereux. Le tout est très cinématographique.

Et l’on comprend très vite la culpabilité et les remords qui rongent le petit groupe d’amis. Chacun a sa part de responsabilité dans la disparition de Laura. Chacun devra donc assumer son rôle jusqu’au bout.

A moins qu’il ne disparaisse à son tour…

Pourquoi lire L’île aux morts ?

Les amateurs de thrillers et de teen movies ne seront pas déçus. Avec ce roman, Rémi Giordano offre un récit qui monte en puissance, installant dans un décor venteux et rocheux une atmosphère inquiétante puis angoissante.

Les relations entre les adolescents, mais aussi entre les adultes de leurs familles, se dévoilent petit à petit, dans une structure narrative efficace.

Tel Théo, le narrateur débarqué du continent, les lecteurs découvriront avec des yeux neufs, le piège qui s'est refermé sur ce groupe d'adolescents, prisonniers de leurs secrets et de leurs jalousies.

COMMANDER SUR

Pour lire nos chroniques sur The nice house on the lake et Le jour où j’ai osé

Mots tordus

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Aller au contenu principal