Mots Tordus et Bulles Carrées

Lili Bumblebee (Lisa Zordan)

L’extérieur effraie Lili Bumblebee qui reste enfermée dans une maison remplie d’un immense bric à brac.
Chaque matin, elle se plante devant la seule fenêtre de sa maison et regarde avec mélancolie, le levé du soleil.
Un jour, elle aperçoit un être bizarre divaguant sur la plage à la recherche d’une aide providentielle.
Ni une, ni deux, elle décide de porter secours à la mystérieuse créature tout en faisant face à ses propres peurs.

Une accumulation d’objets

Lilli Bumblebee de Lisa Zordan est une récit étrange tantôt mélancolique tantôt lumineux abordant deux thématiques distinctes mais réunies par un même problème : l’encombrement de détritus.

En premier lieu, il y a la petite Lili.
Sur les premières pages, on y découvre une jeune fille terrifiée par le monde extérieur.
Emmitouflée dans sa couette, le regard triste, elle n’est que spectatrice d’une vie qu’elle a bien trop peur de vivre.
Sa demeure est formée par l’accumulation d’objets en toute sorte symbolisant un certain mal être.
On pense ainsi aux personnes atteintes de syllogomanie, incapable de se débarrasser de biens qui petit à petit envahissent leur environnement.

Et puis , il y a cette étrange créature.
Quand Lili l’aperçoit la première fois, on ne comprend pas vraiment ce qu’elle représente.
Un monstre, un fantôme ?
La réponse est bien plus pragmatique et permet à son autrice de traiter d’un fléau aussi terrible que les terreurs de la jeune fille.

C’est d’ailleurs ce qui lie nos deux personnages.
L’un comme l’autre cherche à se libérer de « chaînes » qui empoisonne la vie.

Un album étrange aux influences assumées

Le travail d’illustration de Lisa Jordan sur Lili Bumblebee est de toute beauté.
À plusieurs égards, on retrouve une ambiance de dessin animé fortement influencé par l’imagerie d’ Hayao Miyazaki.
C’est assez flagrant sur les scènes d’intérieur où chaque détails semblent avoir une vie propre à l’image de cette bouche béante où accède la jeune fille.
Ce sentiment est d’ailleurs renforcé par le format des illustrations, à l’italienne, donnant un effet cinématographique à la narration.

L’ambiance de Lili Bumblebee, souvent étrange, peut déstabiliser tant on l’impression que l’album est divisé en trois parties : l’intérieur de la maison, l’extérieur puis la rencontre avec la créature.
Si la première partie est une sorte d’introspection de la jeune fille dont le meilleur exemple est la scène des miroirs, la seconde marque son évasion.
Ainsi, Lisa Zordan transforme un simple parapluie en ouverture sur un monde étrange qu’elle apprend à amadouer.
On découvre ainsi un vaste environnement naturel magnifiquement mise en image par l’illustratrice.

La dernière partie délaisse légèrement Lili pour se consacrer à la créature et à ses propres maux.
Si on a l’impression que l’autrice change de thématique, les liens restent évidents autant sur la forme que sur le fond.
L’encombrement est « volontaire » pour Lili alors qu’il est subi pour la créature.
Par ce biais , Lisa Zordan met davantage en cause nos propres comportements.

En résumé

Lili Bumblebee de Lisa Zordan est un livre aussi magnifique que déstabilisant. 

Partant d'une thématique psychologique, l'autrice analyse notre façon d'encombrer notre espace et celui de notre entourage.
D'une certaine façon, Lili, tout comme la créature à laquelle elle porte secours, cherche à se libérer de cette emprise.

Magnifiquement illustré, Lil Lumblebee assume ses influences en lorgnant vers un aspect dessin animé agréable et parfaitement maitrisé

Un album qui attise la curiosité

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