Gotham City – un énième braquage tourne au fiasco.
Le voleur prend un jeune otage et se terre dans un entrepôt, cherchant désespérément une solution pour échapper à son arrestation.
Peu rassuré, il est réconforté par son « prisonnier ».
Il lui raconte une histoire parfaite pour lui , celle de Robin : the boy wonder !


Un lourd héritage
Robin : the boy wonder de Juni Ba est un projet hautement sympathique, proposant une analyse globale de la Batfamily, à travers le parcours de son dernier membre : Damian Wayne.
Damian est le fils légitime de Bruce Wayne et Talia Al Ghul.
Apparu la première fois, en tant que nourrisson, en 1987, dans Batman : le fils du démon, c’est Grant Morisson qui l’intègre dans la continuité dans Batman # 655, en 2006.
Quand Batman retrouve son fils, c’est un guerrier aguerri, élevé dans les rites de la guilde des assassins, ne comprenant guère le code moral de son père.
C’est d’ailleurs l’une des problématiques de Tueurs nés de Peter J. Tomasi et Patrick Gleason.
Ainsi, l’assassinat d’un criminel devient, pour Juni Ba, le pêché originel du personnage.
Trois frères prestigieux

Robin : the boy wonder est une parfaite porte d’entrée pour les néophytes, proposant une vision globale de la batfamily.
Alors que Batman disparaît, il charge ses trois fils adoptifs de la protection de Gotham City, laissant de côté Damian, jugé trop violent.
En effet, lors d’une intervention, il n’a pas hésité à éliminer un voleur, dérogeant à l’une des règles les plus strictes de Batman : « On ne tue pas ! »
Dès les premières pages, Juni Ba exprime avec justesse la déception et la colère du jeune garçon.
Déçu de ne pas combler les exigences de son père !
En colère contre des frères qui lui volent ce qu’il juge être sa destinée !
Robin : the boy wonder se divise en deux parties.
Les trois premiers chapitres explorent les relations entretenues avec ses frères.
À travers ces trois collaborations, on découvre les anciens porteurs du costume de Robin, ayant chacun son parcours propre.
Nightwing est le fils prodigue, le premier d’entre tous, le héros parfait.
Lumineux, optimiste, il est le lien qui soude chaque membre de cette famille.
En prime, il forme avec Batgirl un couple en totale osmose, comme on pouvait le lire dans Nigthwing Infinite de Tom Taylor.
Si Damian se montre agacé, c’est qu’il sait qu’il ne peut rivaliser.
Du drame original aux premières collaborations, Dick Grayson a vécu tout ce que Damian ne pourra plus vivre avec son père.
Il devrait exécrer sa « faiblesse » mais le jeune prodige reste une figure de modèle, qu’il le veuille ou non !
Ce qu’il ne ressent aucunement pour les deux autres.
Notamment pour Tim Drake, aka Red Robin. On ne compte plus le nombre de confrontations les opposant.
Ces deux-là ne se comprennent pas et ne se font pas forcément confiance. C’est assez bien retranscrit dans le chapitre les concernant, même si, au final, c’est surtout l’ego de Damian qui en prend un coup !
Cela peut paraître étonnant mais le chapitre sur Red Hood sort du lot.
Pourtant, comme pour beaucoup, je n’ai pas d’affinité particulière pour Jason Todd.
Si son histoire, particulièrement tragique, aurait dû nous le rendre attachant, son évolution en anti-héros est symptomatique des années 2000.
Or, Juni Ba explore ce que beaucoup d’auteurs ont ignoré. Il plonge en profondeur dans les traumas du personnage, donnant un sens à la rage mais aussi la tristesse qui le submergent.
La dernière discussion entre Damian et Jason exprime tous les non-dits qui enveniment son attachement à la famille.
Tout est une question d’interprétation !
De même, le moment où il enlève son casque restera comme une des scènes les plus marquantes du comics.
Assassin ou super-héros

Après avoir exploré les liens entre les frères Wayne, Juni Ba ne pouvait laisser de côté l’autre face de l’arbre généalogique de Damian : les Al Ghul .
Dès son plus jeune âge, le jeune garçon a été éduqué pour devenir un assassin.
Et pour son grand-père, Ra’s Al Ghul, sa destinée est toute tracée. Il doit prendre sa place à la tête de la ligue des assassins.
Mais encore faut-il le mériter.
Rejetant toute forme de faiblesse, le vieil homme met au défi son petit fils. Et remet en cause tout le travail éducatif de Bruce Wayne et de sa mère Talia.
D’une certaine façon, elle ressent la colère et la rage de son fils et trouve dans le code moral de Batman, un moyen de l’apaiser, quitte à s’opposer à la volonté de R’has.
Néanmoins, Talia est un personnage complexe qui lutte elle-même contre l’influence de sa propre éducation et de ses croyances.
Ainsi, elle n’opère qu’en cachette, quitte à s’éloigner de Damian, qui fera ses propres choix.
Au final, Robin : the boy wonder est un récit optimiste, ode à une famille, aussi diverse et compliquée soit-elle.
En prime, Juni Ba revient sur le rôle du super-héros, dépassant le symbole d’un justice implacable.
Car combattre le crime, c’est aussi comprendre pourquoi et dans quelle condition on devient criminel !
En somme, la valeur sociale du héros s’avère bien plus importante que les bourre-pifs donnés en pleine face.
Un sujet ô combien actuel !
Originalité et expérimentation

Juni Ba est un jeune auteur sénégalais, oeuvrant maintenant depuis quelques années dans l’industrie comics.
Vivant en France, il aurait pu intéresser de nombreux éditeurs mais force est de constater que son approche graphique en a laissé plus d’un perplexes.
Aussi incroyable cela soit-il, c’est Panini Comics qui ouvre la danse avec le très expérimental Monkey Beat. Malheureusement, le succès n’est pas au rendez-vous.
Puis, on le retrouve, encore de façon assez étrange, chez Bayard France avec le superbe Mobilis, ma vie avec le capitaine Nemo, lui offrant, bien qu’en marge, un premier succès critique.
Avec Robin : the boy wonder, Juni Ba attire enfin l’attention d’Urban qui ne pouvait guère passer à côté d’un tel récit.
Et effectivement, le trait de Juni Ba peut déplaire.
Néanmoins, l’auteur sénégalais offre un vent de fraîcheur à l’industrie, proposant une ligne graphique plus indépendante, dans la droite lignée du créateur de Samurai Jack : Genndy Tartakovsky.
Ainsi, le dessin est minimaliste, tranché, presque coupé à la serpe. Les masses de noires imposantes apportent du volume et une véritable empreinte à l’ensemble.
Certains éléments ne correspondent guère aux habitudes du comics mainstream mais Juni Ba se montre particulièrement à l’aise avec les icônes dont il a la charge.
La symbolique du masque, que l’on retrouve sur de nombreux protagonistes, reflète son âme profonde.
Cette vision originale apporte un nouveau regard à certains vilains, que ce soit le Joker ou Ra’s Al Ghul.
Qui dit comics mainstream, dit bagarre !
Hésitant sur les premiers chapitres, il acquiert au fil des pages une certaine prestance avec un dernier combat particulièrement épique.
Spoiler
L’arrivée de Batman, lors du dernier chapitre, est fracassante !
D’un point de vue narratif, Juni Ba gère les codes du mainstream tout en y apportant sa propre sensibilité.
Les cadrages sont déstructurés et variés, allant même jusqu’à proposer quelques idées brillantes comme ces égouts en forme de labyrinthe.
Au final, Robin : the boy wonder est une vision personnelle et inventive des personnages (et des ennemis) de la Batfamily.
En résumé
Robin : the boy wonder de Juni Ba est une parfaite porte d'entrée à la Batfamily.
En reprenant le parcours du dernier Robin, Damian Wayne, l'auteur sénégalais explore les rapports complexes qui lient cette famille, tout en offrant une véritable réflexion autour de ces personnages.
Il développe notamment une des plus belles analyses de Red Hood, héros hanté par une dramaturgie puissante, malheureusement sous exploitée.
Le récit est aussi sensible que brutal et gère parfaitement les moments d'action intense qui combleront les amateurs de bagarre.
Le style de Juni Ba est, certes, très personnel et ne conviendra pas à tous mais il apporte un vent de fraîcheur à la Batfamily.
Si le trait est loin des codes du mainstream, il est compensé par un inventivité étonnante, à l'image de ses masques reflétant toute la folie des némésis respectifs.
Ce récit démontre à ceux qui en douteraient que Juni Ba est indéniablement un auteur à suivre!

Pour lire nos chroniques de Judas et de Changer l’eau des fleurs
