Mots Tordus et Bulles Carrées

Parias (Tony Emeriau/Boris Beuzelin)

5 personnages aux pouvoirs extraordinaires sont enlevés tour à tour par une mystérieuse organisation.
N’ayant d’autres choix que d’obéir à leur mystérieux chef « Le Vieux », ils forment un groupe appelés les Parias.
Leur mission : voler « l’ethernel », un carburant révolutionnaire qui s’auto-alimente.
Mais la tâche semble plus complexe qu’elle n’y parait.

Le steampunk est un mouvement culturel qui mêle l’esthétique et la technologie du XIXème siècle à des éléments de science-fiction. Ses œuvres littéraires et audiovisuelles se déroulent dans une réalité alternative où le progrès technologique est basé non pas sur l’électricité, mais sur la machine à vapeur.

source : steampunk avenue

Du Steampunk à la sauce Frenchie

Affrontement dantesque

Des scènes d’actions explosives et un rythme effréné

« Le steampunk en Bd, c’est pénible. ».

Voilà comment débutent les discussions éditoriales entre Guillaume Géreaume (éditeur de Komics Initiative) et Tony Emeriau.
De ce point de vue, on est assez vite rassuré.
Parias, ça défouraille sec.
La scène d’introduction du 1er volume nous plonge immédiatement dans le bain avant un petit retour en arrière pour mieux faire connaissance avec cette équipe hétéroclite.
Le rythme, soutenu, ne laisse que peu de moment de répits même si une légère frustration se fait ressentir à la fin de lecture.
L’aventure commence à peine et l’introduction des Parias prend évidemment une place assez conséquente.
Les pages s’avalent à toute vitesse mais l’intrigue n’a pas encore révélé tout son potentiel.

Le second volume monte clairement en gamme.
Reprenant le récit là où nous l’avions laissé, Tony Emeriau nous offre une ouverture explosive.
La rythme alterne les intrigues secondaires, importantes pour la richesse du récit, avec des scènes d’actions monumentales nous dévoilant la véritable puissance ( mais aussi leurs faiblesses) des Parias.
On enchaine les pages avec un certain délice, voire une fascination pour des personnages qui petit à petit prennent vie devant nous.

Un monde crédible et parfaitement mis en place

Paris, sauce Steampunk

Mais soyons honnête, si Parias n’avait été qu’un enchainement de bagarres, aussi bien mises en scène soient-elles, l’intérêt en aurait été fortement réduit.

Le steampunk demande un travail en amont qui doit structurer un monde, que ce soit par sa technologie, son histoire voire sa politique.
Chose que le scénariste n’a point négligée, quitte à proposer un premier volume assez introductif.
Au début, une chronologie pose les bases historiques sans être obligé de passer par la case de l’interminable introduction.
Cette utilisation de texte comme recours à certaines extensions fastidieuses va devenir la marque de fabrique de la série.
Entre extraits d’articles journalistiques ou autres caricatures politiques, tous ces éléments donnent vie à une France à la sauce steampunk.

Des X-men à la sauce steampunk ?

Sur les 2 volumes, de nombreuses références ont été citées, allant de la Ligue des extraordinaires Gentlemen à Hellboy.
Des grands noms qui attisent forcement la curiosité.

De La Ligue, on retiendra surtout le personnage de Christine.
La jeune femme rappelle la Mina Harker d’Alan Moore.
D’Hellboy, c’est surtout le côté BPRD qui semble servir d’inspiration.
2 titres marquants mais qui ne m’ont pas semblé les plus importants en termes de références.

Dans l’imagerie des Parias, il y a un côté Freaks qui rappelle le film de Gabriel Mainetti, Freaks Out.
Ce dernier lorgnait vers les super héros américains et notamment les X-Men.
Que ce soit dans le nombre, la diversité des profils, le côté baroque des personnages, il me semble retrouver une approche commune entre l’équipe des mutants et celle de Tony Emeriau et Boris Beuzelin.
Et puis bon, comment ne pas voir Le vieux comme une version dégénérée du Professeur Xavier ?
D’ailleurs, étant un amateur de comics, il n’est pas étonnant que les inspirations de Tony Emeriau soient multiples.
Lui qui se moquait des super héros dans ses ouvrages parodiques, le voilà qui leur rend hommage, tout en créant sa propre mythologie.

Car c’est bien le point le plus fascinant de Parias.
A l’image d’un Serge Lehman ou d’un Laurent Lefeuvre , Tony Emeriau et Boris Beuzelin continuent le chemin tracé dans la création d’un univers super héroique frenchie qui oscille entre hommage constant et apports personnels.

L’efficacité et la rigueur du dessin de Boris Beuzelin

Une narration explosive

Boris Beuzelin a déjà une carrière bien fournie derrière lui.
Après avoir débuté sa carrière sur des intrigues fantastiques et des adaptations (franchement réussies) de romans policiers, il connait une petite période de vide.
Il reviendra, de façon surprenante, sur des récits historiques avant de retrouver son acolyte sur ce projet qui sonne comme une évidence.

Graphiquement, Boris Beuzelin est un auteur qui a besoin de sobriété.
Son dessin n’est jamais aussi puissant que quand il échappe aux artifices de la couleur.
C’est sans doute pour ça qu’il a un vrai talent pour les atmosphères sombres et poisseuses.

Si sur le premier, on retrouve un style assez proche de ses derniers travaux (Sanson ou Dillon) avec un encrage plus léger et une mise en page plutôt convenue, on sent que petit à petit, il lâche les rênes.
Son trait ciselé, complètement anarchique par moment, retrouve la vivacité et l’explosivité de ses premiers travaux.
Ses couleurs, essentiellement monochromes, créent une atmosphère particulière collant à merveille à l’intrigue de Tony Emeriau.
Que ce soit dans les designs des véhicules ou des personnages, dans sa mise en page éclatée et dynamique, Il ne s’est jamais sans doute autant amusé qu’en nous offrant, ici, une de ses meilleures propositions graphiques.

A noter que de nombreux guests explorent déjà le petit monde de Tony Emeriau.
Les angevins seront ravis de revoir certains anciens locataires de la Boîte qui fait Beuh, Lionel Marty pour le tome 1 et Olivier Supiot pour le Tome 2.
Les bonus du second volume ouvrent aussi les portes à une belle initiative laissant carte blanche à quelques auteurs sur de courts récits muets.

En résumé

Parias est le genre de projet mainstream qu'on aimerait lire plus souvent, autant pour la richesse de son univers, la radicalité de son ton que pour son graphisme tranché et percutant.

Si le premier tome s'est avéré assez introductif, le second frappe un grand coup.
Le rythme est poussé, l'action dépote sans pour autant délaisser la caractérisation des personnages principaux.
L'univers prend, grâce à de petites touches par-ci par-là, de plus en plus d'ampleur, aidé par le travail graphique d'un Boris Beuzelin très inspiré (notamment sur le 2eme tome)
Parias démontre son potentiel et nous incite à suivre les auteurs jusqu'au bout du chemin.

La série est prévue en 4 tomes.

Pour lire nos chroniques sur Fullmetall Alchemist et Dreamamericana

Bulles Carrées

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