Au centre d’Hoshigahara se trouve une étrange forêt.
Dans ses profondeurs, on peut y découvrir une mystérieuse demeure habitée par un jeune garçon.
Cette maison sert de repaire aux esprits égarés cherchant des réponses à certaines inquiétudes.
Un havre de paix nécessaire mais percutée par la jalousie d’une véritable Tornade !


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Un environnement naturel magique
La forêt magique de Hoshigahara d’Hisae Iwaoka est un manga aussi sensible qu’intense.
Ce titre, qui profite de la première vague de mangas édités par Le renard doré, nouvelle collection de Rue de Sèvres, sort incontestablement du lot.
Il faut dire que la mangaka est loin d’être une novice. Elle nous avait déjà émerveillés avec Cité Saturne, toujours disponible aux éditions Kana.

On ne peut pas dire que les premiers chapitres de La forêt magique d’Hoshigahara soient réellement surprenants.
Mais, si Hisae Iwaoka nous plonge dans son univers sans aucune forme d’explication, on se laisse facilement emporter par la bizarrerie des premières rencontres.
La mise en place se fait avec simplicité, nous présentant un à un les éléments essentiels de son intrigue.
L’un d’entre eux est le concept même des esprits.
En effet, la forêt est dotée d’une aura magique donnant forme à la part spirituelle d’un animal, un arbre voire même un simple bouton de chemise.
Ainsi, ils se retrouvent à exprimer des sentiments et des envies que tentent de combler le principal occupant des lieux : Soichi.
C’est ainsi que l’on fera la connaissance deJo, un coq pourchassé par des chenapans et qui cherche à retrouver ses anciens propriétaires.
En franchissant les limites de la forêt, le volatile prend une forme reflétant son tempérament.
De façon structurelle, cette première histoire ouvre le manga puis refermera la série dans un cinquième tome émouvant.
L’ambiance est douce, teintée d’un humour et d’une tendresse qui enveloppent ces personnages attendrissants .
On aurait pu craindre une certaine redondance mais la mangaka crée de nouveaux enjeux autour du passé mystérieux de cette forêt et de son occupant principal.
On découvre non seulement un historique mais aussi une mythologie, donnant du relief à un environnement qui, tome après tome, devient de plus en plus prenant.
La nature se trouve ainsi au centre de tout.
Aussi merveilleuse qu’impitoyable, elle fascine autant qu’elle effraie.
Des personnages attachants aux multiples facettes

Si la forêt est énigmatique, ceux qui l’habitent ne le sont pas moins.
Parmi ces habitants, Soichi a une place centrale.
Si Mu est un esprit dont je vous laisserai découvrir la forme première, Soichi est un humain de chair et de sang.
Son objectif est simple : aider les esprits qui en échange lui tamponnent une carte de « bons points ».
Quel est l’objectif de cette carte ? Comment s’est-il retrouvé dans ce lieu ? Quelle est son histoire ?
Les interrogations sont nombreuses et les réponses seront apportées au fil des pages de ces 5 volumes.
Mu est plus enfantine. Elle s’émerveille de tout et garde une candeur apaisante.
Douce et souriante, elle n’est que compassion.
Sa forme première reflète parfaitement cet aspect et explique le lien tout particulier qu’elle peut avoir avec la nature qui l’entoure.
Nos deux protagonistes sont accompagnés par de nombreux acteurs, majeurs ou juste de passage, qui vibrent d’une aura unique.
C’est sans doute la grande force de ce manga.
À travers cette fable naturaliste, la mangaka en profite pour explorer la vie à travers ce qu’elle a de plus beau mais aussi de plus effrayant.
Même les proches peuvent se montrer égoïste quand la situation prend des tournants moins avantageux.
De la brise à la tornade

Dès les premiers volumes, le récit d’Hisea Iwaoka alterne entre des passages emplis de douceur et des scènes d’une intensité folle, tournant toutes autour de deux personnages : Brise et Tornade.
Derrière ce physique de jeune garçon, Tornade cache un esprit redoutable et implacable, refusant toute interaction, notamment de Soichi, avec Brise.
Il a tout de l’amoureux toxique, ne contrôlant aucunement sa colère et provoquant des drames en série.
Ses actions vont avoir d’énormes répercutions, obligeant Soichi à revoir ses objectifs.
Alors que Tornade s’était déjà montré agressif lors du premier volume, il faut attendre le tome 3 pour en apprendre plus sur Brise.
Pour la première fois, on revient sur son passé, révélant ce qui la lie aux humains et notamment à Soichi.
Par le biais de cette carte à points, Brise fait une promesse qu’au final, elle ne peut tenir.
Un affrontement s’engage entre les deux jeunes garçons qui ne trouvera sa conclusion au cours d’un cinquième tome époustouflant.
La tension laisse la place à un drame inévitable mais porteur d’un renouveau pour le trio.
Un dessin faussement naïf

Une des grandes réussites de La forêt magique de Hoshigahara est sans contexte le trait d’Hisae Iwaoka.
Personnellement, je suis tombé amoureux de son dessin.
À première vue, ses formes arrondies et la simplification expressives de ses visages lui confèrent un aspect enfantin.
Le design de Mu en est d’ailleurs le reflet. Le trait fait ressortir sa candeur, ne laissant au final transparaitre aucune zone d’ombre.
Le design de Soichi est plus subtil. Ses lignes du personnage sont moins souples, exprimant en partie son âge mais aussi le tempérament du garçon.
Moins transparent que Mu, son aspect symbolise une partie de ses secrets.
Cette richesse graphique est aussi présente dans les décors.
Les pages fourmillent de détails. La forêt est majestueuse et devient un personnage à part entière tant elle vibre sur chacune des cases.
La mise en page n’est pas en reste. Variée et inventive, elle apporte du rythme à la lecture.
Si les premiers chapitres laissent la place à la psychologie des personnages, la mangaka bouscule tout ce petit monde dans des scènes d’une tension maximale.
Le dessin, à l’image de la série, se révèle moins aseptisé que prévu.
Au contraire, il étonne autant par sa douceur que par cette vivacité inattendue.
En résumé
La forêt magique de Hoshigahara d'Hisae Iwaoka est un manga poétique, psychologique et épique.
Alors que le parti pris de la série aurait pu induire une forme de redondance, la mangaka a su explorer ses personnages tout en créant sa propre mythologie.
Avec ses esprits de toutes sortes, l'univers d'Hisae Iwaoka ne cesse de s'enrichir et gagne en profondeur.
Faussement naïf, le trait de la mangaka transpire d'une réelle sensibilité, allié à une mise en page inventive et dynamique.
Son dessin rend un véritable hommage graphique à cette forêt foisonnante et mystérieuse.
Petit à petit, la douceur du manga laisse place à la mélancolie. Les personnages sont frappés dans leurs convictions, se révélant pour certains égoïstes et jaloux.
La forêt magique de Hoshigahara frappe par sa justesse et sa sensibilité et propose, après 5 volumes, une conclusion épiques porteuse d'ultimes révélations et de renouveau pour l'ensemble des personnages.
Un véritable coup de coeur !

Prix et récompenses
- Prix Manga MTEBC – 2024
