Batman Dark Age (Mark Russell / Mike Allred)

2030 – Bruce Wayne n’est plus qu’un vieil homme, tentant de retrouver les souvenirs d’une vie passée.
Alors qu’il n’était encore qu’un jeune garçon, il a perdu brutalement ses parents et a été élevé par Alfred, son majordome dévoué.
Ainsi, il a amorcé un long chemin d’expiation l’amenant, des années plus tard, à porter le costume d’un justicier nommé sobrement : Batman.
En luttant contre le crime, il souhaitait réaliser le rêve de ses parents : faire de Gotham City, la ville de demain.

À condition de survivre à la fin du monde !

Combattre le crime dans un monde en perdition

Un concept aux multiples facettes

Après Superman … Batman

Batman : Dark Age de Mark Russel, accompagné de Michaël et Laura Allred, reprend avec brio le concept du Superman : Space Age sorti en début d’année.
Si Batman était déjà présent dans l’intrigue précédente, nous en découvrons ici une nouvelle facette.

En effet, le récit reprend les origines du super-héros dans un monde en perdition.
À nouveau, Paria arrive sur terre pour préparer les héros à l’arrivée de Brainiac, point de départ d’une fin du monde annoncée pour 1985.
Cette date, loin d’être anodine, fait référence à l’event Crisis on infinite earth. Le récit avait pour l’objectif de se débarrasser de l’encombrant multiverse de DC comics.
Ainsi, on peut voir Batman : Dark Age comme un de ces univers en voie de disparition.
Un monde similaire et pourtant si différent.

Mark Russel propose une nouvelle réécriture des origines de Batman avec des éléments en commun, amenant à des réactions différentes. Ainsi, la mort des parents de Bruce et ses liens avec Alfred diffèrent tout en partant d’une base commune.
Le jeune garçon n’assiste pas à l’assassinat de sa famille. Or, de façon subtile, ce simple écart débouche sur un trauma certes présent mais moins viscéral. D’ailleurs, il n’est pas vraiment à l’origine de la création de Batman.
Avec le temps, le héros s’attache bien plus à l’héritage de ses parents qu’à leur perte.

Et c’est un des points centraux de Batman : Dark Age.
La famille Wayne a toujours été liée à leur ville. Et l’espoir d’en faire un symbole d’avenir est loin d’être contradictoire, même si cet adjectif est habituellement attaché à Métropolis et non Gotham.
Mark Russel se montre optimiste et n’imagine pas le crime comme une fatalité irréversible.

Bruce est lui-même plus complexe. Ado rebelle, délinquant puis soldat, son parcours est moins linéaire, voire plus réaliste. Il n’a pas forcément une obsession pour une justice punitive, ce qui lui permet d’avoir des relations plus franches avec Selina mais aussi ses ennemis « habituels. »
Cette approche rappelle, dans un certain sens, le Absolute Batman de Scott Snyder, en plus old school ( dans le bon sens du terme).
Il est en de même pour Dick ou Barbara. Ils sont fondamentalement différents tout en préservant les valeurs de Robin ou Batgirl.
Car contrairement à l’univers brutal des Absolute, la vision de Mark Russel est plus lumineuse, rendant hommage à l’historique immense des comics ( et de ses adaptations).

Les échanges sont plus directs, faisant écho à des questionnements plus modernes.
Ainsi, Bruce profite de son enrôlement au Vietman pour s’entrainer auprès de Ras Has Ghul.
Le futur héros participe à l’histoire américaine, contrairement aux autres super-héros qui luttent contre de multiples menaces extérieures.
D’une certaine façon, Batman devient un héros du peuple.
Cependant, malgré leurs oppositions, les héros devront se réunir pour faire face à un danger commun.

La fin est d’ailleurs étonnante et, malgré les pertes et la dramaturgie d’ensemble, on y retrouve une forme d’optimisme, contrastant avec les récits habituels liés au super-héros.

Batman, un héros américain

Entrainement au Vietnam

J’ai pu reprocher à Superman : Space Age de ne pas totalement s’ancrer dans les questions de société.
Batman : Dark Age, au contraire, se moule totalement dans les maux de l’Amérique, n’hésitant pas à s’en moquer.

Si Bruce Wayne doit apprendre à se défendre, c’est avant tout pour survivre à son héritage.
En effet, à la mort de ses parents, il reste l’héritier majoritaire mais doit attendre la majorité pour récupérer ses droits sur la Wayne Enterprise.
En attendant, des financiers peu scrupuleux n’hésiteront pas tous les coups tordus pour l’éliminer.

Le rôle de Paria, légèrement diffèrent de celui de Superman : Space Age, peut paraître étonnant. Sauf si on voit Batman comme une réaction aux inégalités de la société et un rempart aux excès des puissants.
Ainsi, Mark Russel imagine de nouveaux adversaires : les « Faux images ».
Hommes de main du pouvoir en place, ils dégradent la ville pour laisser les coudées franches aux plus riches.
Ainsi la criminalité devient un outil pour manipuler les masses et se débarrasser des plus pauvres.

Particulièrement cynique, le scénariste dénonce les contrôles sur les médias, la justice et même la santé, tout en se moquant de leurs absurdités. Loin d’être naïf, il démonte les hypocrisies de la finance, se servant de la philanthropie pour cacher les destructions d’entreprises.

Pour Mark Russel, l’humour est une arme aussi puissante qu’une poignée de dollars. Et, il adore ridiculiser ses « ennemis ».

La touche Allred

moderne et cartoony

J’ai déjà exprimer tout l’amour que j’avais pour le travail du couple Allred sur Superman : Space Age.

Qu’on apprécie ou non le travail de Michaël Allred, on ne peut nier une véritable personnalité, parfaitement mise en valeur par la colorisation de son épouse : Laura Allred.
L’un comme l’autre n’ont cessé de faire évoluer leur style. Et ce Batman: Dark Age en est, une nouvelle fois, un très bon exemple.

Pourtant, il n’était pas forcément évident que le style pop et coloré du couple convienne au Dark Knight.
Rendant hommage à l’imagerie de Tim Burton autant qu’à celle de la série TV des années 60, Michaël Allred démontre toutes les facettes graphiques du héros costumé.
Certes, on peut lui reprocher un certain manque de dynamisme, notamment sur les scènes d’action et le côté rétro de sa narration.
Malgré tout, il se montre grandiose sur certains designs. Celui du Joker va à contre sens des versions récentes pour mieux s’attacher à sa tragédie, rappelant l’approche de Joaquim Phenix sur le film éponyme.

Batman : Dark Age est un très chouette album. Rétro, pop, gothique mais surtout lumineux.

En résumé

Batman : Dark Age de Mark Russel et le couple Allred est une nouvelle  réussite du trio à l'origine de Superman : Space Age. 

Reprenant le concept précédent, Mark Russel s'intéresse cette fois-ci à un nouveau monde en perdition, lui permettant de réécrire les origines de l'homme chauve-souris.
Rendant hommage aux multiples itérations du justicier, le scénariste l'intègre dans l'histoire américaine, faisant de lui un délinquant, un soldat puis un héros combattant le crime à Gotham City.
À ceci près que ses ennemis ne sont pas des vilains costumés mais des hommes en costards cravates manipulant les masses pour plus de profits.

Cinglant et parfois hilarant, le regard de Mark Russel est d'autant plus pertinent que l'époque est ce qu'elle est.

Graphiquement, le duo Michaël et Laura Allred fonctionne à merveille.
Si on peut reprocher un manque de dynamisme, la personnalité pop et régressive du duo fait des étincelles sur un personnage aussi baroque que Batman.

Une grande réussite !
Bulles carrées

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