Peacemaker tries hard (Kyle Starks / Steve Pugh)

Débarrassé de l’emprise de la Suicide Squad, Christopher Smith aka Peacemaker veut se refaire une réputation et devenir un super-héros plus « acceptable ».
Lors d’une intervention, il sauve le chien le plus mignon qu’il ait jamais vu et trouve l’amour inconditionnel qu’on ne lui a jamais accordé.
Une vie parfaite jusqu’à ce que le toutou se fasse kidnapper.

Mais qui est Peacemaker ?

Je serais bien en peine de vous faire un topo historique sur le personnage de Peacemaker.
Comme beaucoup, je l’ai découvert au cinéma dans l’excellent Suicide Squad de James Gunn.
Interprété à merveille par John Cenna, on découvrait un psychopathe à tendance patriotique. Un cynisme que n’aurait pas renié Garth Ennis.
Complètement décalé, son jusqu’au boutisme n’est là que pour appuyer ses contradictions.
Le succès amène à la création d’une série (dont la saison 2 est en cours actuellement) insufflant au héros un passé et une humanité insoupçonnables.
Mais toujours dans l’extrême et le décalage !

Le plus con des super-héros ?

Et c’est exactement ce que l’on retrouve dans la mini-série de Kyle Starks et Steve Pugh .
Peacemaker tries hard! reprend la plupart des ingrédients de la série tout en les incorporant dans l’univers DC Comics.
Bye, bye Aiglounet (et on le regrette) ! Christopher Smith jette son dévolu sur un ridicule petit chien qu’il prénomme, ça ne s’invente pas, Bruce Wayne. On imagine déjà tous les quiproquos possibles.

Bien que méconnu du public français, hormis ceux d’Hi comics, Kyle Starks a roulé sa bosse chez la plupart des éditeurs, passant de projets indépendants à de simples commandes pour les Big Two.
Pourtant si une série revient régulièrement dans sa bibliographie, c’est l’adaptation de Rick & Morty en comics. On n’est donc guère étonné d’y retrouver cet humour un peu débile, corrosif et sans réelles limites.
Il faut dire que Christopher Smith n’a pas vraiment inventé le fil à couper le beurre. Et on ne le prend vraiment pas au sérieux.
Violent, grossier et inadapté, il se laisse embarquer dans une histoire grand-guignolesque à la recherche de son chien.
Et à la manière de John Wick, s’attaquer à son animal de compagnie n’est pas vraiment conseillé.

Kyle Starks s’amuse avec le catalogue de Dc Comics, allant chercher d’obscurs vilains (sauf pour les fans de Teen Titans) et des sous fifres tout aussi ridicules.
L’ambiance vire rapidement à l’empoignade et on ne peut pas dire que Peacemaker fasse dans la dentelle.
Les tripes volent à tout va, ne laissant que peu d’échappatoire à ses adversaires.

Dynamique pour ne pas dire explosif, on ne s’ennuie pas une minute et on se marre devant les délires d’un personnage qui se prend bien trop au sérieux.
D’ailleurs, pour apprécier l’objet, le lectorat doit aussi ne pas prendre tout cela au sérieux.
Peacemaker propose avant tout un bon gros délire, frôlant par moment la parodie.

Le plus touchant des super-héros ?

Une armoire de casque

Et si Peacemaker : tries hard! n’était pas qu’une simple poilade sans queue ni tête.
Kyle Starks reprend le propos de la série. Les agissements de Peacemaker sont excusés par un passé douloureux marqué par l’éducation stricte et brutale de son père.

Dès les premières pages, on comprend que Christopher Smith est un personnage solitaire, cherchant désespérément à se faire une place dans la sphère super-héroïque.
Or, personne ne veut de lui !
Certes, il y a quelque chose d’enfantin et d’un peu pathétique chez cette brute épaisse en quête d’amitié. Mais le traumatisme est tel qu’il peut l’accorder au premier venu, que ce soit un chien tout mignon ou un homme-gorille bien hargneux.
Si on se moque du décalage de Peacemaker, cela n’en fait pas moins un personnage hors norme, presque inadapté aux attentes de la société.
Bien sûr, tout est poussé à l’extrême. Kyle Starks ne cherche pas à nous apitoyer sur le sort du super-héros.
Cependant, il développe un contre poids intéressant, permettant de saisir un peu mieux la psyché de Peacemaker.
Sa quête est simple : se faire des ami.es.

Du mainstream déjanté et explosif

De la grosse bagarre

En dévorant Peacemaker tries hard, je me suis remémoré le Lobo / The Mask de John Arcudi et Doug Mahnke.
On y retrouvait cet humour corrosif, grossier et stupide, symbolisant à merveille la rencontre de ces deux icônes.
Lobo / The Mask était sans doute plus irrévérencieux et inventif mais graphiquement, la patte de Doug Mahnke se ressent légèrement dans le trait de Steve Pugh.

Comme de nombreux artistes britanniques, il a fait ses premières armes dans les pages du magasine 2000 AD avant de travailler sur des séries aussi prestigieuses qu’Hellblazer, Preacher ou Hitman.

Son style est purement mainstream et s’il n’est pas aussi « sauvage » que celui de Doug Manhke, il compense avec un découpage éclaté laissant la part belle à des scènes d’actions déjantées.
Le dessinateur s’amuse autant avec son héros qu’avec la galerie de vilains de seconde zone qui lui est offerte.
Le trait est fluide, détaillé et ample et certains designs sont absolument délicieux, comme celui de Red Bee.

Le travail expressif est impeccable et l’encrage épouse parfaitement la souplesse du crayonné.
Si on peut lui reprocher certaines raideurs ou quelques anatomies perfectibles, l’ensemble est assez réjouissant, presque aussi foutraque que le scénario.

Et en bonus, comme souvent, Jordie Bellaire fait un travail de colorisation impeccable.

En résumé

Peacemaker tries hard! de Kyle Starks et Steve Pugh est dans la droite lignée de la série de James Gunn. 

Pour sauver son chien, Peacemaker se retrouve dans une histoire tordue où sa bêtise n'a d'égal que sa violence.
Les scènes d'actions sont déjantées et généreuses, surtout quand elles mettent en scène des sidekicks complètement ridicules.

Drôle, moqueur et un peu stupide, Kyle Starks n'oublie pas que derrière ce décalage constant se cache un personnage solitaire qui ne cherche, au fond, que l'aval de ses congénères.

Steve Pugh propose un travail soigné et des planches à la narration aussi éclatée que la psyché de Christopher Smith.

Un moment régressif, légèrement subversif !
Bulles carrées

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