Pourchassé par le dragon de feu, un groupe composé d’un rat guerrier, d’un raton laveur et d’une jeune fée est sauvé in extremis par la grande guerrière BoumBoum.
Mais alors qu’elle pensait achever cette 105ème aventure, la tâche s’avère plus ardue que prévue.
Dans l’impossibilité de vaincre la créature, BoumBoum accompagne le groupe pour retrouver la Déesse avec une demande bien précise en tête.
Fuir ce monde avant sa disparition totale !


La 105ème aventure
Un groupe éclectique

Après In Memoriam et Vermines, on peut dire que ces dernières années auront été prolifiques pour Mathieu Salvia.
Avec Petits Dieux, et en compagnie de Krystel, il explore cette fois-ci les terres de la fantaisie jeunesse.
Si la tonalité du récit se veut plus douce que les séries précédemment citées, on retrouve néanmoins son goût pour les créatures fantastiques.
Des univers certes calibrés mais qu’il prend souvent à rebours .
Est-ce le cas pour Petits Dieux ? Malheureusement, pas totalement !
L’aspect jeunesse se ressent tout d’abord dans la composition du groupe de voyageurs.
L’équipe composée d’animaux anthropomorphiques et d’une fée toute mignonne reprend en partie les archétypes du genre.
Buck, le raton laveur, est le sage de l’équipe. Doux et sensible, il prend en compte l’avis des ses équipiers.
Cléo, avec qui il semble avoir créé un lien particulier, est plus énigmatique.
Pabo est un rat guerrier. Malheureusement, il n’a ni la force ni la carrure pour affronter les dangers de ce monde.
On sent une grande frustration chez lui, comme si il portait l’avenir du groupe sur ses frêles épaules.
Surtout qu’en face,Il y a l’excentrique BoumBoum.
En plus d’être une rapportée, c’est aussi une concurrente contre laquelle personne ne peut rivaliser.
Et pour cause : avec 104 aventures au compteur, on peut dire qu’elle est expérimentée.
Formée à partir de modèles classiques, elle rappelle ces héroïnes de jeux vidéos enchaînant les victoires à la recherche de points à engranger.
Et, contrairement à Pabo, elle assume totalement son rôle, expliquant » par une position particulière au sein de ce groupe.
Jusqu’à ce qu’elle fasse face à terrible réalité de son existence.
À partir du tome 2, Mathieu Salvia étoffe ce casting et y rajoute un némésis de choix en la personne de Monsieur Doudou.
Cet être manipulateur est totalement conscient du lien qu’ils ont avec leur déesse, ne cachant pas une peur bien profonde: celle de l’oublie.
Une quête de survie

Si BoumBoum cherche la gloire, le reste du groupe tente de survivre.
Or, au vu de la révélation finale du tome 1, les membres se retrouvent dans des positions différentes suivant la réussite ou non de leur objectif.
Le récit de Mathieu Salvia est rythmé.
L’auteur nous plonge directement dans le bain, avant de prendre un peu de temps pour la présentation réglementaire des protagonistes.
On comprend rapidement les enjeux autour d’une quête reprenant, en grande partie, les codes du genre : un groupe de voyageurs, une héroïne, un monstre destructeur et un objectif majeur.
C’est d’ailleurs le reproche que l’on pourrait faire à ce récit.
Heureusement, et de façon astucieuse, Mathieu Salvia détourne certaines attentes par une révélation qui chamboule la direction de l’intrigue.
Et en effet, si Petits Dieux pouvait, dans sa première partie, nous remémorer L’histoire sans fin, la suite prend un chemin annexe.
Le groupe , ayant atteint le domaine de la déesse, découvre un monde plus vaste qu’escompté.
Mathieu Salvia propose des environnement différents suivant son « porteur » tout en créant des interactions afin de mettre en branle un plan plus global.
Et c’est ainsi que l’on découvre les créations fantasmagoriques de Lala.
Une nouvelle fois, je ne sais pas si c’est inconscient de la part du scénariste mais la comparaison avec la saga des Toy Story semble évidente, notamment dans ce rapport prédominant entre le jouet et l’attention que lui accorde ou non son propriétaire.
D’une certaine façon, Petits Dieux convoque, dans une seule saga, plusieurs éléments de l’enfance tout en leur apportant une once de psychologie.
Un univers graphique maitrisé

Avec Petits Dieux, je découvre le trait de Krystel.
Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas forcement le style de dessin que j’affectionne le plus même si j’en admire la technicité.
Je ne saurais l’expliquer mais j’ai souvent l’impression de trop ressentir l’outil informatique derrière ses illustrations.
Cependant, je comprends aisément qu’on puisse adorer son travail.
Sa palette de couleurs est sublime et crée des ambiances tantôt effrayantes, tantôt lumineuses.
Dans le même ordre d’idées, la gestion de la lumière est impeccable et certains effets, notamment de flou, apportent une véritable dimension aux environnements visités.
D’ailleurs, ces derniers sont variés et détaillés.
Le traitement des paysages « croqués » par le Dragon de feu sont particulièrement réussi, donnant cette impression de destruction inéluctable.
Pour les designs, on retrouve certaines inspirations ( Rocket Racoon, Pompoko ) mais ils permettent une identification rapide et efficace.
Dans sa globalité, l’univers graphique de Petits Dieux est attractif et saura attirer un large public.
En résumé
Petits Dieux de Mathieu Salvia et Krystel est un récit de fantaisie jeunesse entrainant.
Derrière des inspirations évidentes et, peut être, inconscientes, Mathieu Salvia décrit, sur plusieurs niveaux, cette course contre l'oubli.
À travers cette trilogie, il aura su tenir la barque de son histoire jusqu'à un coup à un dernier coup de semonce, pas totalement assumé.
Et c'est peut être en cela que cette fin laisse un léger goût amer. L'ambition était présente, les référents aussi (peut être un peu trop) mais l'ensemble manque de surprise, restant dans le sillon tracé par l'intrigue.
Le trait de Krystel apporte une véritable atmosphère graphique à l'ensemble.
Les environnements sont colorés et la mise en scène nous emporte de la première à la dernière page.


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