Mots Tordus et Bulles Carrées

In memoriam (Mathieu Salvia / Djet)

Dans un Paris où la magie est omniprésente, une jeune flic, Manon, et sa compagne Mila attendent les résultats de leur procréation assistée par magie.
Et la bonne nouvelle ne se fait pas attendre : elles vont être parents.
Mais leur joie, de courte durée, est brisée par une explosion magique en plein centre de la capitale.

Un an plus tard, Manon pourchasse les sorciers qui ont été jugés responsables de la catastrophe.
La magie a disparu mais des artefacts sont encore en circulation mettant en danger les citoyens.

Être flic dans un monde empli de magie

Un univers à la confluence de nombreux genres

Un monde sens dessus dessous

Fruit d’une nouvelle collaboration entre Mathieu Salvia et Djet, l’univers d’In Memoriam est attirant par sa richesse et son inventivité.

Si ce Paris fictif est assez similaire de celui de la réalité, au moins d’un point de vue architectural, la ville est impactée par un élément majeur : la magie.
Dans ce monde, ce sont les sorciers qui détiennent les rênes de l’évolution.
Si cette idée n’est pas foncièrement nouvelle, la vision de Mathieu Salvia se démarque par son ingéniosité.
En effet, la magie ne remplace pas la technologie.
Au contraire, elle lui sert de relais voire de complément.
Ainsi, dans une capitale touchée de plein fouet par la crise du logement, avoir un artefact qui te permet l’accès à une pièce localisée à l’autre bout du monde est un atout considérable.
Même si le service s’avère, par moment, capricieux.

C’est un autre point intéressant. Cette magie n’est pas infaillible.
Comme la technologie, elle peut être de qualité diverse avec quelques ratés rendant l’outil obsolète voire dangereux.
Et surtout, elle n’est pas une solution miracle. C’est d’ailleurs très bien expliqué lors de la scène d’introduction de l’album :

Le sort a simplement permis ce que la médecine ne peut pas en donnant aux follicules de MLA une forme fonctionnelle le temps de la fin.
Pour le reste, il s’agit d’une grossesse normale, avec tout ce que cela comporte de risques et d’aléas.

C’est sans doute ce qui explique le rejet complet d’une partie, somme toute mineure, de la population.
Peut-on vraiment faire confiance à ces sorciers ? N’imposent-ils par leur pouvoir en détenant cette puissance ?

Le changement de statut quo, explosif à tout point de vue, semble apporter une réponse radicale à ces questionnements.
Si les magiciens ont perdus leur pouvoir, la magie, elle, reste présente par le biais d’artefacts.
Leur utilisation est réprimée mais elle n’empêche pas certains de jouer avec le feu.

L’environnement même de Paris s’en retrouve bouleversé.
L’album s’ouvre et se ferme sur une carte de Paris amusante à comparer.
Le monde n’est plus tout à fait le même mais il n’en est pas moins complexe.

Un polar haletant

Une mise en page explosive

In Memorian, en plus de la richesse de son univers, est un polar haletant qui fonce à cent à l’heure.
Et niveau action, on n’a pas le temps de s’ennuyer : course poursuite, chantage, menace et combat magique sont au programme.

L’intrigue tourne autour de deux personnages principaux.
Manon est une policière qui, depuis la catastrophe, s’est donné l’objectif de mettre un terme aux actions des sorciers fraudeurs.
L’impact de la catastrophe sur sa vie explique son acharnement mais, en réalité, il n’est que le reflet d’une pensée cohérente et bien ancrée dès les premières pages.
La flicette émettait déjà des critiques sur la dangerosité de la magie tout en comprenant, à certains égards, la peur des manifestants.
Du genre à foncer dans le tas, elle n’hésite pas à se mettre en danger pour obtenir ce qu’elle veut.
Or, elle ne se rend pas compte que ses actions l’éloignent petit à petit de Mila, prenant le risque de la perdre à jamais.

Adam est un sorcier repenti.
Il sert d’informateur à Manon qui n’éprouve guère de respect pour le bonhomme.
Archétype même de la balance, elle le voit comme un lâche, prêt à vendre sa mère pour s’en sortir.
Or, c’est exactement ce qu’Adam veut qu’on pense de lui.
Le second tome s’attarde d’ailleurs un peu plus sur son rôle dans la confrérie et le montre sous un jour plus nuancé.
Pour remplir sa mission, il se doit de choisir un camp.

Au final, ce sont deux personnages faillibles que tout semble opposer mais qui vont se réunir pour les besoins d’une enquête.
Petit à petit leur relation va évoluer même si Manon s’avère encore méfiante.
Quant à l’enquête, elle va s’envenimer rapidement.
Et si les magiciens n’avaient pas tous disparus ?

La magie du dessin de Djet

Djet pose le décor

N’ayant pas encore lu Croquemitaine (c’est chose faite maintenant), je ne connaissais pas le travail de Djet.
A première vue, son trait acéré et anguleux s’éloigne de mes goûts personnels, même si son côté anim/manga est plaisant.
Cependant, les quelques pages de preview vues ici et là ne m’avaient pas spécialement convaincu.

Et c’est là que je dois faire mon mea culpa.
Tombant sur l’album lors d’une de mes nombreuses pérégrinations en librairie, je décide de le feuilleter plus en profondeur et … c’est un émerveillement pour les yeux.

Si son style reste assez classique sur la forme ( du moins dans ce genre-là ), il nous enchante par le dynamisme de sa mise en page.
Ses pages explosent littéralement à la face.
S’il regrette, selon ses dires, de n’avoir effleuré qu’une partie de la richesse de l’univers de Mathieu Salvia, on ne peut qu’être épaté par l’efficacité de certaines scènes complétées par une maîtrise indéniable du décorum.

Certes, son trait l’amène à quelques raideurs anatomiques mais dans l’ensemble, le travail de Djet est époustouflant et risque de plaire aux amateurs de mangas, de comics, de séries et de cinéma.
C’est d’ailleurs, cette diversité d’influence qui rend son dessin si percutant.

Sur le deuxième tome, on ressent un côté un peu plus rough dans son travail.
C’est toujours aussi vif mais cela manque, par moment , de précisions.
Est-ce dû à des délais de réalisation assez courts entre les deux albums ?
Cela n’entache en rien les qualités du dessinateur, notamment en terme de dynamisme, mais on regrette quelques errements ici ou là.
Cependant, l’ensemble reste de bonne facture et ne nuit aucunement à l’intensité du scénario de Mathieu Salvia.

En résumé

In Memoriam, la nouvelle série du duo Salvia / Djet, est un mélange adéquat entre fantaisie, polar et action. 
Mathieu Salvia offre une intrigue et un univers riches à Djet qui s'éclate à mettre en scène des moments de bravoure époustouflants
une oeuvre généreuse qui ne semble avoir montré qu'une partie infime de son potentiel. 

Vivement la suite ! 

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Bulles Carrées

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