Mots Tordus et Bulles Carrées

Phase finale ( Eldiablo / Romain Baudy )

Le monde est au bord de l’extinction. Mais il est toujours temps de faire des vues sur les réseaux sociaux pour Reggie.
Et pour cela, rien de mieux que l’interview exclusif d’un survivaliste paranoïaque, Wallace 666, prônant que la Terre est sous le contrôle d’une race extraterrestre.
Du pain béni pour l’influenceur qui se régale de ce genre de profil.
Et celui de Mirka Kovacs, « grande prêtresse de l’éther », le ravit tout autant.

Pourtant, il n’imagine pas que ces deux rencontres vont changer sa vie à tout jamais.

Vampire, Extraterrestre et fin du monde

Mélange de genre

Après Space Connexion, Eldiablo et Romain Baudy sont de retour pour Phase finale, une série fantastique au mordant intergalactique.
Si vous aviez aimé leur précédente anthologie, soyez comblés ! Phase finale reprend en grande partie ce côté série B assumée, avec un décalage un poil plus poussé.
Pour ma part, ayant découvert l’écriture d’Eldiablo avec les Kassos et (surtout) Monkey Business, je craque sur chacun de ses projets, même si je regrette un ton moins incisif mais sûrement plus « tout public ».

Et pour le coup, si on est friand de phénomènes paranormaux, de courses poursuites, de bourre pifs et de grosses castagnes, on se régale.
Dès l’introduction, le scénariste fracasse littéralement le récit de vampire en lui insufflant une touche de paranormal explosive.
Les personnages sont hauts en couleur. Ils ne sont pas les derniers pour trancher dans le vif, au grand regret de Reggie, qui se retrouve embrigadé dans cette aventure.
Wallace 666 est une caricature d’américain trumpiste, se cloitrant dans un bunker équipé pour résister à n’importe quel siège.
Mirka est plus pragmatique. Elle a passé les siècles à assouvir sa soif de sang, sans se faire remarquer. Elle aurait continué longtemps ainsi. Mais ses proies sont mises en danger par des prédateurs plus « gourmands » qu’elle.
Le trio, comme souvent, est improbable mais fonctionne grâce à une gestion des excès assez bien dosée.

Le récit est simple, pas spécialement original, et rappelle à plusieurs égards l’excellent Mutafukaz de Run.
Il faut dire qu’Eldiablo partage beaucoup de points communs avec les auteurs de Label 619.
Comme eux, le côté radical et « bas du front » cache une critique acide de notre propre monde.
Alors que la planète est au bord du précipice, une partie de la population se réfugie sur les réseaux sociaux au lieu de chercher une solution à ce problème.
Reggie est d’ailleurs le parfait symbole de cet état d’esprit.
Il est ce qu’on appelle un influenceur (et non plus un journaliste), cherchant le buzz plutôt que la vérité.
Au fond, il est assez fou de se dire que la vérité est détenue par un paranoïaque machiste surarmé.

Un trait en pleine mutation

Un trait détaillé, soigné et des visages particuliers

J’ai découvert, comme beaucoup, le travail de Romain Baudy avec Pacifique mais surtout Sous terrains.
Or, sa collaboration avec Eldiablo est aussi l’expression d’une certaine mutation.
Si sa patte graphique avait jusque là une connotation francobelge, il se dirige de plus en plus vers une stylisation plus personnelle.
Le trait reste soigné et détaillé, et on appréciera l’inventivité de ses designs, notamment futuristes.
Malgré tout, il donne à ses personnages des caractérisations expressives assez particulières qui pourront déplaire à certains.
On frôle par moment la caricature avec une exagération des expressions qui me rappelle à certains égards le style d’Humberto Ramos.

Petit à petit, le dessinateur s’approprie une identité personnelle qui, suivant les goûts, plaira ou non.
Mais tout cela est propre à chacun.
Les cadrages sont un peu sages mais permettent une mise en scène efficace des scènes d’action époustouflantes.

En résumé

Phase finale d'Eldiablo et Romain Baudy est une série B aussi régressive que réjouissante. 

Si le ton n'est pas aussi grinçant que sur Monkey Business, Eldiablo sait mettre en scène des personnages hauts en couleurs, un poil tordu et toujours amateurs de répliques cinglantes.
Sans être forcément originale, l'intrigue offre un petit shoot d'action qui ravira notamment les amateurs de Label 619

Graphiquement, Romain Baudy pousse un peu plus loin la stylisation de son dessin et propose un ensemble graphique soigné et une mise en page efficace et fluide.

Un bon divertissement.

Pour lire nos chroniques de Mutafukaz et D’or et d’oreillers

Bulles Carrées

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