Mots Tordus et Bulles Carrées

Mutafukaz (Run)

Mutafukaz, c’est l’histoire de Lino et Vinz, deux banlieusards de Dark Meat City.
Le premier a une tête en forme de boule de billard noire alors que le second a un crâne enflammé.
Atypique ? Pas plus que se faire embarquer dans une histoire de manipulation politique sur fond de menace extra-terrestre.

M.F.K. 2

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Après les évènements de Dark Meat City, Lino et Vinz ont repris le cours normal de leur vie.
Une nouvelle présidente est au pouvoir mais la menace Machos reste présente et les moyens de lutter contre semblent limités.
Une paix est de mise mais la moindre étincelle pourrait bien tout faire sauter.
Et dans cet état de tension permanente, l’existence même de Lino, lié par le sang à la race ennemie, pose problème, surtout que le garçon possède dorénavant une force de combat surpuissante.

Après s’être fait remarqué, Lino et son compagnon de toujours, Vinz, décident de quitter, au moins un temps, les rues de Dark Meat City.
Seront-ils pour autant hors de danger ?

Une suite attendue

Les nouvelles aptitudes de Lino

La fin du premier cycle de Mutafukaz annonçait la couleur

THE END
« En êtes-vous sûr ? « 

Mutafukaz est toujours resté plus ou moins présent au sein du label 619.
D’ailleurs, sans elle, cette collection n’aurait sans doute jamais existé et encore récemment, un récit comme Slum Kids montre que son impact reste actuel.

Malgré tout, il aura fallu deux excellents spin-off, Puta Madre et Loba Loca, pour enfin entrevoir les possibilités d’une suite.
Run, qui a vogué vers d’autres projets, n’avait pas oublié sa promesse et cette rencontre fortuite entre Guida et nos deux troublions, dans Loba Loca, en était la preuve.

Cette suite était donc attendue… Peut être un peu trop de la part d’un lectorat dont les exigences ne pouvaient qu’être énormes.
Et puis les années ont passé.
Le monde a changé et, si la radicalité de Run reste réjouissante, sa vision devient presque terne au regard des horreurs que nous vivons en ce moment.

Si le 1er cycle avait un petit côté prémonitoire, le second se retrouve peut-être plus à la marge, comme si la fiction se retrouvait malheureusement dépassée par la réalité.

Une virée sur les routes d’une Amérique fictive

Un flot continu d’action

Si Mutafukaz passait l’essentiel de son unité de lieu à Dark Meat City, M.F.K. 2 décide de faire évoluer son champ d’action.
Et c’est plutôt une bonne chose.
En effet, quand on débute cette suite, on a l’impression que rien n’a véritablement changé.
Lino est toujours livreur et Vinz continue à gérer les cafards de son colocataire.
Cependant, la première scène choc nous rappelle de façon brutale la violence intrinsèque de cette banlieue, tout en nous démontrant qu’en réalité « tout n’est plus totalement pareil ».

Lino en est le meilleur révélateur.
Il ne fuit plus et n’hésite pas à foncer au combat, aidé en cela par une surpuissance le rendant invincible.
Le garçon qui, en prime, a gagné des mèches de cheveux, se retrouve avec un look à la Venom, preuve qu’il ne contrôle pas totalement la bête qui est en lui.
Ce sentiment se renforce d’ailleurs sur ce second tome apocalyptique.

Par cet échappatoire, Run a la possibilité de multiplier les thématiques : complotisme, secte religieuse, écologie, ultra capitalisme et même harcèlement.
L’oeuvre regorge de thèmes de société et démontre que, derrière cette ultra violence, le scénario a su garder de sa verve acerbe et sans concession.

Le rythme oscille entre scènes d’exposition et scènes d’action ultra-vitaminées.
Certains trouveront les mises en place longuettes mais elles permettent de poser les enjeux qui changent entre chaque tome.
Si, sur le premier, ils se retrouvent en pleine Amérique profonde, dans le second, c’est dans le temple du capitalisme qu’ils font leur entrée.
L’auteur doit ainsi préparer le terrain tout en développant les éléments généraux de son intrigue principale.

On ne peut pas nier un certain déséquilibre mais peut être que ce sentiment disparaitra à la lecture de l’intégralité des 3 tomes.
Pour le moment, c’est avant tout le flot incessant d’action qui nous emporte.
La réflexion laisse place à un plaisir régressif mais indéniablement distrayant.

Mais y a-t’il assez de place pour faire évoluer les personnages ?

Des personnages hauts en couleur

Le harcèlement scolaire de Vinz

Mutafukaz, c’est en premier lieu un duo iconique.
Si, comme mentionné précédemment, Lino a pris de l’assurance, Vinz reste un peu le même.
C’est du moins ce que l’on croit à la lecture du 1er tome.
Il faut attendre le second volume pour comprendre que Run n’a pas l’intention d’en rester là avec ce personnage.
Première rencontre, harcèlement et secret caché, le passé de Vinz s’avère plus complexe qu’on l’aurait cru.
Lui aussi semble cacher des ressources insoupçonnées et s’il reste en quelque sorte le garde fou de Lino, son rôle pourrait bien prendre une tournure inattendue.

Pour le reste, on retrouve la galerie habituelle de barjots qui peuple les récits du Label 619.
Run a un goût certain pour les brutes un peu bas de plafond qui cognent plus qu’ils réfléchissent.
Souvent adepte des hommes extrêmes, il innove ici avec le personnage de Diane, une militaire façonnée par des années d’entrainement militaire.
Elle a tous les excès d’une masculinité toxique… sauf qu’elle est une femme.
Ce choix s’avère culotté, surtout à l’ère du féminisme mais Run frôle le dérapage notamment sur une scène de sadisme sexuel légèrement gratuite.
Peut-être d’ailleurs que cette scène poserait moins de problème s’il y avait d’autres personnages féminins pour compenser mais ce n’est pas le cas.

Loin de moi l’idée d’accuser Run de machisme, l’auteur a prouvé, notamment avec Guida, qu’il sait écrire des portraits de femmes puissantes et attachantes.
Diane est juste son antithèse mais peut-être que l’auteur a une idée derrière la tête, surtout qu’il n’est pas impossible de revoir la jeune catcheuse un de ces quatre.

Un graphisme explosif

Sur le 1er cycle de Mutafukaz, le style de Run était bouillonnant.
Son style hybride était le reflet d’une génération bercée par de multiples influences allant du comics au manga, aux séries et à l’art urbain.
Run expérimentait énormément, multipliant les techniques ( noir et blanc, couleurs, extraits de journaux, graph, etc. ) pour se forger un style unique et rafraichissant.
Son dessin, au fil des pages, gagne en maitrise autant en terme technique (encrage , couleur, dynamisme ) qu’en terme narratif.

M.F.K. 2 découle de cette évolution et l’auteur nous offre des pages absolument magnifiques.
Si le trait s’est adouci, devenant plus propre et moins sauvage, l’auteur a su garder de son mordant.
Les progrès, notamment en terme de colorisation, sont bluffants et rendent inutiles l’apport de pages en noir et blanc, comme ce fut le cas sur le 1er cycle.

Ainsi, l’évolution est flagrante mais l’expérimentation n’est plus vraiment de la partie.
Et c’est normal, Run fait maintenant partie du gratin des auteurs de Bds et M.F.K. 2 est l’expression même de ses progrès.
Pas de surprises, on est dans la continuité de ses travaux .

D’ailleurs, cela suffit pour se prendre une véritable baffe graphique.
Les scènes d’actions sont hallucinantes.
Explosives à souhait, elles montent d’un cran sur un volume 2 dantesque.
C’est un peu comme regarder un film d’action sans aucune limite de budget.
C’est violent, jouissif et absolument régressif.
Sorte de plaisir coupable nerveux et sanglant qui ne s’arrête que quand le dernier corps tombe.

En résumé

Mutafukaz est une oeuvre majeure de la bande dessinée d'action. 
De par la radicalité de son propos, la multiplicité des thématiques abordées et l'expérimentation du dessin de Run, l'oeuvre servira de source et de tremplin à un des labels les plus réjouissants de ces dernières années : Le label 619.

M.F.K. 2 arrive des années plus tard et propose la suite qu'attendaient tous les lecteur-trices. 
Si le plaisir de retrouver Lino et Vinz est certain et si le dessin de Run s'avère encore plus nerveux et explosif, l'intrigue n'a pas encore toute la puissance de son ainée. 

Malgré tout, Run nous offre de purs moments d'action et n'oublie pas toute la portée sociale et radicale de son oeuvre. 
À un tome de la fin, on s'imagine déjà en  vouloir encore et on a franchement du mal à imaginer que l'auteur va en rester là avec son duo. 

Pour lire nos chroniques sur Chainsaw Man et La bagarre

Bulles Carrées

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