Mots Tordus et Bulles Carrées

Seuls resteront le vent et la poussière (Taï-Marc Le Thanh)

De retour dans l’Ouest sauvage avec le deuxième tome de sa trilogie de la Poussière, Taï-Marc Le Thanh nous emmène à cheval et haches à la main aux côtés de Vinh, une jeune femme de 17 ans, assoiffée de vengeance. Avec Seuls resteront le vent et la poussière, je retrouve donc l’univers original, l’écriture et les dessins qui avaient fait mon bonheur en 2022. Sans être une suite directe du précédent Et le ciel se voila de fureur, on découvre un autre pan de la fresque monumentale que l’auteur peint entre violence et amour, action pure et réflexion profonde sur ce qui fait de nous des hommes et des femmes.

Le sang appelle le sang

Tout commence par une chute.

Vinh tombe dans le vide et ce n’est pas la première fois. Mais la donne est nouvelle : elle n’est plus seule.

Pourtant, cette jeune femme aime être un cavalier solitaire. Depuis qu’elle a quitté le royaume du Dai Nam et traversé l’océan pour arriver en Amérique, elle poursuit sans relâche des hommes responsables de la mort d’un être cher. Et sa vengeance est une promesse sanglante à laquelle elle ne dérogera pas. En elle brûle une puissance sauvage.

De son côté, Kristopher Andersonn, un jeune journaliste, est sur ses pas. Il lui semble étrangement lié, même s’il ne l’a jamais vue. Sous couvert d’un reportage sur les peuples immigrés d’Asie, il veut comprendre ce qui la pousse et l’anime.

Leur rencontre dans une mémorable scène d’action au coeur d’un saloon va sceller leur duo.

Mais leur quête n’est pas sans embuches, ni sans opposants.

La jeune vietnamienne est poursuivie par un groupe de combattants envoyés par le puissant seigneur du Dai Nam. De plus, la bande qu’elle pourchasse et veut éliminer est sous la direction d’un homme puissant. Et il n’aura de cesse de la capturer et de la tuer.

Cependant, leur parcours sera aussi l’occasion de rencontres plus douces. Et même surprenantes, notamment avec une famille de 5 filles et d’un garçon aveugle… Celle d’Hidalgo, le personnage principal du roman précédent Et le ciel se voila de fureur.

Comme la paille que le vent dissipe

Taï-Marc Le Thanh retrouve avec le personnage de Vinh la puissance et la complexité des univers qu’il sait faire vibrer : le western et les arts martiaux. Si Hidalgo dans le précédent tome incarnait cette « fusion » et une certaine forme de rédemption, ici la jeune femme n’en est qu’au début de son parcours initiatique.

Alors qu’elle cherche le silence et l’apaisement en accomplissant sa vengeance, elle doit apprendre à apprivoiser la colère et la violence qui la brûlent. Et le fait d’être une femme, d’autant plus une femme asiatique, dans cet univers masculin et brutal n’apaisera pas les coups.

Dans Et le ciel se voila de fureur, le propos féministe et engagé (des jeunes filles à qui l’on apprend à être autonomes et à affronter la violence) était aussi moderne, notamment dans son traitement de la notion de famille (Hidalgo recueillait des enfants et les élevait comme les siens).

On retrouve ici ces deux thématiques :

Vinh est l’élève choisie d’un maitre en art du combat. Il est d’autant plus dur avec elle qu’elle est une fille. Mais il va lui confier son savoir et sa philosophie. Vinh signifie d’ailleurs « honneur » en vietnamien.

Mais elle va également se créer une « famille » par les rencontres lumineuses qu’elle va faire lors de sa « conquête » de l’Ouest. Qu’il s’agisse de Kristopher, de Luis Amarillo ou même de Lame, les êtres qui vont l’accompagner vont, chacun à leur manière, l’aider à trouver la paix intérieure.

L’essence du western coule dans ce roman, au sens noble du terme. Les paysages sont grandioses, la nature rude et sauvage, les hommes brutaux mais aussi souvent pleins de volonté. Celle de se construire une nouvelle vie. Et c’est là encore tout l’intérêt de Seuls resteront le vent et la poussière. L’Ouest américain incarne ce rêve qui pourrait devenir réalité, malgré la violence qui y règne.

Pourquoi lire Seuls resteront le vent et la poussière ?

Avec Seuls resteront le vent et la poussière, le deuxième opus de sa trilogie de la Poussière, Taï-Marc Le Thanh retrouve sa plume très cinématographique, au coeur de l'Ouest américain. Vinh, dans sa quête sanglante de vengeance, n'en reste pas moins profondément touchante par les questions qu'elle se pose sur la violence et surtout sur elle-même. Le duo qu'elle forme avec Kristopher est lumineux malgré la noirceur ambiante, les scènes d'action explosives et l'écriture très graphique. 

Encore une très belle lecture !

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