Deux astronautes,Yamamoto et Takaichi, échouent sur une planète inconnue.
Peuplée de femmes et d’hommes grenouilles, la population de cette planète verte les accueille avec enthousiasme.
En effet, leur forme humanisée et le symbole de leur vaisseau, le tournesol, accordent, notamment à Takaichi, un statut privilégié.
Mais que cache réellement cette ferveur ?


De la science-fiction débridée
La planète verte est un manga de science-fiction original.
Ceux qui connaissent le travail de Keigo Shinzo n’en seront guère étonnés. Pourtant, il ne faut pas s’attendre forcément à un esprit à la Hirayasumi.
Certes, il y a une ambiance commune mais La planète verte n’en reste pas moins un véritable récit de science-fiction.
Le manga, datant de 2013, paraît deux ans avant un des premiers grands succès du mangaka : Tokyo Alien Bros.
Ainsi, bien avant d’explorer les aléas de deux extraterrestres qui cherchent à s’accommoder à la vie terrienne, Keigo Shinzo racontait les tracas de deux humains bloqués sur une planète inconnue.
Le propos peut paraitre plus classique mais son traitement n’en est pas moins atypique.
Des personnages anticonformistes

Keigo Shinzo a toujours eu un faible pour les personnages qui ne se comportent pas comme la société l’exige.
Et si le mangaka s’est essayé à de nombreux genres allant du thriller à la comédie en passant par le récit de vie et la science fiction, cet axe reste primordial dans sa bibliographie.
Forcément, La planète verte n’y échappe pas.
C’est même un des éléments centraux du manga, mettant en scène deux personnages en décalage avec leur nouveau foyer.
En effet, Takaichi et Yamamoto deviennent les étrangers d’une société qu’ils doivent apprendre à découvrir.
Or, nos deux astronautes ne se comportent pas vraiment comme leur fonction l’exige.
Cette étrangeté est d’ailleurs facilement acceptée tant le récit de Keigo Shinzo est parsemé de ce genre de bizarreries.
Les deux rescapés ont une approche opposée de la situation.
Yamamoto semble, au moins un temps, plus pragmatique.
Il préfère réparer leur vaisseau pour s’enfuir le plus rapidement de cette planète. Il se méfie de ces hommes grenouilles et met en garde son collègue de la moindre interaction.
Pourtant, le « vieux sage » n’en est pas moins en total décalage avec l’irréalité de la situation.
Ainsi, il se fait rapidement embarquer dans les délires de son collègue, allant jusqu’à une évolution professionnelle des plus étonnantes.
Takaichi ne s’embarrasse guère de ce genre de détails.
Looser sympathique, il aime faire la fête et comprend rapidement qu’il peut profiter d’un statut privilégié.
Sans comprendre pourquoi, le peuple grenouille lui voue un culte et accepte la moindre de ses demandes.
Nourriture, loisirs, ersatz de cigarettes ou d’alcools, il retrouve les plaisirs de la Terre et n’est pas pressé de les quitter.
Jusqu’à ce qu’il réalise les raisons de cette dévotion.
Sur le premier tome, on retrouve le côté slice of life teinté d’humour qui fait tout le charme d’Hirayasumi.
On découvre cette société atypique aux moeurs aussi étranges que leur physique.
Takaichi tissera des liens avec un des membres de cette peuplade, Ponzhi, dont il ne cessera d’oublier le nom, comme pour cacher l’attachement qu’il porte à cette petite créature.
Cependant, derrière cette nonchalance, Keigo Shinzo égraine son récit de mystères, en multipliant les révélations propice au développement de son intrigue.
Ainsi, au-dessus du quartier des grenouilles se trouve une cité humaine, la Haute ville, où les habitants coulent des jours heureux.
Mais quels sont les rapports entre ces deux quartiers ? Quelle est l’origine du mythe du Tournesol ?
Tant de questions qui mèneront Takaichi à faire une rencontre qui changera sa vie.
Une belle histoire d’amour

En entamant la lecture de La planète verte, on ne s’attend pas à ce que le récit prenne la tournure d’une romance.
Ainsi, Takaichi est considéré par les habitants de la Haute Ville comme le représentant du Tournesol. Ce statut lui permet de faire la rencontre d’une jeune fille, Midori.
Rapidement, le jeune homme tombe sous son charme.
Avec Keigo Shinzo, la romance prend la forme d’une course poursuite où l’action est une échappatoire à la destinée.
Entre fuite, enlèvement, combat acharné, les deux amants apprennent à se faire confiance, se protégeant l’un et l’autre des dangers qui les entourent.
En effet, Midori a un statut particulier pour les dirigeants de la Haute Ville et il est hors de question de la laisser s’échapper.
Takaichi est beaucoup plus primaire et se fiche bien de leurs considérations.
On assiste à l’évolution de leurs sentiments, passant de couple à futurs parents.
Et une nouvelle fois, le récit prend une autre tournure.
En effet, Midori a toujours vécu dans un monde où le concept de famille n’existe pas et elle n’a pas les mêmes attentes que son conjoint.
Aussi opposés soient-ils, ils apprennent à vivre ensemble et à partager leurs différences de culture.
Cette relation, peu conventionnelle, donne une véritable leçon de tolérance et d’acceptation de son prochain.
Ainsi, malgré la dérision constante du récit, Keigo Shinzo insuffle de la tension, de l’action mais aussi une belle dose d’émotion.
À ce niveau, la fin du manga est une réussite en totale adéquation avec l’ensemble du récit.
Un graphisme maîtrisé

La planète verte a beau avoir une dizaine d’années, on y retrouve déjà toute la maitrise du trait de Keigo Shinzo.
Les lignes sont souples, le dessin expressif et l’encrage gras apporte une véritable profondeur à ces personnages aux étranges designs.
Ainsi, le peuple des grenouilles, aussi semblables soient-elles, a des personnalités propres qui permettent notamment de différencier Ponzhi de ses autres congénères.
À ce niveau, le mangaka fait preuve d’une véritable inventivité. Si la plupart des concepts font davantage écho à la science-fiction des années 70-80, ils correspondent à une approche débridée du genre.
L’action prend une part du récit et une nouvelle fois, il se montre maître de son sujet.
Ainsi, la « sauvagerie » de son encrage donne une vivacité et un dynamisme à des scènes de haute volée.
L’ensemble est agrémenté d’une narration particulièrement dynamique, tout en respectant la simplicité du travail de Keigo Shinzo.
Une véritable réussite !
En résumé
La planète verte de Keigo Shinzo est un récit de science-fiction décalé, teinté d’humour et d’émotion.
Certes, le récit date d’une dizaine d’années mais on y retrouve avec plaisir le ton si particulier de son mangaka.
Sorte de version miroir de Tokyo Alien Bros. (ou inversement), La planète verte raconte l’histoire de deux astronautes échoués sur une planète inconnue.
L’intrigue prend diverses formes : slice of life extraterrestre, science-fiction rétro, récit d’action déjanté et romance émouvante.
Le tout s’assemble avec une facilité déconcertante, nous offrant autant d’instants de rire que d’émotion sincère.
Graphiquement, le style de Keigo Shinzo est déjà solide. Et pour l’occasion, on peut admirer sa maitrise narrative, notamment lors de scènes d’action époustouflantes.
Un magnifique coup de coeur !


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