Planètes (Makoto Yukimura)

En 2075, la conquête spatiale a fait d’énormes progrès et une mission sur Jupiter est en préparation. 
Mais l’Homme étant ce qu’il est, il abandonne sur son passage des millions de déchets, encombrant dangereusement l’espace.
La mission de Yuri, Hachi et Fi (rejoints plus tard par Tanabe) est de récolter ses détritus et de nettoyer la voie spatiale. 
Cependant, lassé par cette tâche ingrate, Hachi a d’autres ambitions et rêve de Jupiter.

La vie dans l’Espace

Panini Manga profite des 25 ans de Planètes, pour rééditer ce classique de Makoto Yukimura
Bien avant de se lancer sur Vinland Saga, Makoto Yukimura s’intéresse à la conquête spatiale à travers les missions d’un groupe d’éboueurs de l’espace et le projet d’un voyage vers Jupiter.

Pour l’édition précédente, l’éditeur proposait 2 couvertures : une de Makoto Yukimura et une autre de Mathieu Bablet qui s’est aussi chargé de l’avant-propos. 
Il n’était d’ailleurs pas inintéressant d’avoir lié un des grands noms de la Bd de science fiction actuelle avec un manga culte mais peu connu du grand public. 
Pour les 25 ans, ce choix de couverture est moins ambitieux. Certes, elle reflète l’ oeuvre sans pour autant être des plus engageantes.

Malgré, il est toujours plaisant de voir que Planète garde sa place et son intérêt pour le public français.

L’exploration en toile de fond de Planètes

A première vue, Planètes et Vinland saga n’ont pas grand chose en commun : le premier imagine le futur de l’humanité alors que le second se concentre sur son passé. 
Pourtant, tous deux partagent une thématique commune : l’exploration.
Au final, Planètes tout comme Vinland Saga raconte le destin d’hommes et de femmes qui ont décidé de tout quitter pour découvrir de nouveaux espaces. 

Ainsi, la famille, autre entité très présente dans le manga, est constamment confrontée au désir de ces explorateurs et à l’abandon qui en résulte.
Car partir dans l’espace n’est pas anodin et les sacrifices sont nombreux.
Makoto Yukimura essaie de comprendre l’obsession de ces individus, partant plusieurs années en laissant femme et enfants, tout en rêvant du prochain voyage.
D’un certaine façon, le père d’Hachi m’a fait penser à Thomas Pesquet (en moins radical) qui, à peine rentré sur Terre, veut participer à la prochaine mission sur Mars.
Comme si l’espace était une drogue dont les astronautes ne pouvaient plus se passer.
Le côté obsessionnel des protagonistes est assez marqué : que ce soit Hachi, son frère ou son père, tous obnubilés par la conquête spatiale ou bien, de façon plus anecdotique, Fi et son envie de cigarettes, les addictions font partie intégrante du voyage. 
Seul Yuri, alors que son histoire commence par un drame, réussit à faire face à son manque pour mieux avancer. 

Le mangaka prend son temps pour poser son intrigue et, même si l’action reste présente, c’est surtout sur la tension ambiante que le rythme de la série se calque. 
Les pions se mettent en place tranquillement mais peuvent changer de direction si le besoin s’en fait sentir. 
Cette structure un peu particulière pourrait en déboussoler quelques uns même si celle-ci s’avère assez logique.

Un traitement psychologique fouillé dans Planètes

Le traitement psychologique est un des grands points forts de la série. 
Complexe et fin, les personnages restent attachants malgré la radicalité de certains choix.
Le meilleur exemple est le traitement et l’évolution d’Hachi au fil des 3 volumes.
Sans trop en dévoiler, le jeune homme passe par de nombreuses étapes, autant physiques que spirituelles, l’amenant à revoir sa propre condition.
Personnage impétueux voire colérique sur les deux premiers tomes, il va petit à petit poser son propos et comprendre la vacuité de son parcours.
Au fond, il reste le même mais sa réflexion a évolué grâce à l’expérience acquise.

Les autres personnages ne sont pas en reste.
Fi est un un contrepoids à Hachi.
A première vue, ils sont tous les deux obnubilés par l’espace mais l’objectif de Fi est bien diffèrent.
Elle a conscience de l’importance de son travail en tant qu’éboueuse de l’espace, tout en ne cherchant aucune reconnaissance.

Cependant, la bêtise des Hommes met parfois à mal les plus belles des convictions.

2 visions qui s’opposent

Au vu de la configuration des 3 tomes et du discours de fin prôné par Hachi, 2 visions de l’espace semble s’opposer.

La première, symbolisée par le parcours d’Hachi, est celle des astronautes.
Celle du voyage vers l’inconnu.
Celle qui amène à la reconnaissance et à la popularité au dépend d’une vie de famille, certes assumée, mais diluée.
Mais au final à quel prix ?

C’est un peu ce qui l’oppose à la deuxième voie, celle symbolisée par Fi.
Une voie plus engagée, luttant contres les excès de l’espèce humaine mais toujours au dépend d’une vie de famille.
Ce chemin demande autant de courage et de persévérance que le premier mais est bien plus vital pour la survie de l’humanité.

Un graphisme maîtrisé

Des missions qui ne sont pas de tout repos

Auteur précoce, Makoto Yukimura démontre avec cette série tout le talent dont il regorge. 
Graphiquement, le dessin est déjà solide et la narration parfaitement maitrisée.
Certes, on trouve ici et là quelques hésitations (les personnages d’Hachi et de Yuri semblent avoir été retravaillés après le premier chapitre) mais l’ensemble est cohérent.
Ses personnages, simples mais expressifs, naviguent dans un environnement technologique détaillé et documenté. 
Malgré tout, il a su aérer ses images pour nous faire ressentir le vide spatial et la magnificence de cet environnement gâché par le passage de l’Homme.
 
Quelques pages en couleurs, de bonne qualité, permettent quelques apports graphiques (couleur de peau et de cheveux notamment) et de belles ambiances spatiales.

En résumé

Pour l'occasion des 25 ans de Planètes de Makoto Yukimura, Panini Manga réédite un des grands classiques du manga de science fiction. 

L'occasion rêvé de (re)découvrir une oeuvre sensible, intelligente, réfléchissant sur notre rapport à cette vaste étendue infinie qu'est l'Espace. Si le voyage reste le fil rouge du manga, elle ne se fait pas sans en critiquer les dégâts causés par notre présence.
Planètes, c'est aussi des personnages au caractère trempé, de fougueux voyageurs rêvant d'exploration, au détriment d'une vie familiale.

Avec seulement 2 séries, Makoto Yukimura s'est forgé un style, graphique et scénaristique, solide et documenté, mélangeant astucieusement humour, action et psychologie humaine. 

Un must have !
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