Mots Tordus et Bulles Carrées

Planètes (Makoto Yukimura)

Panini Manga poursuit sa politique de réédition des grands classiques avec Planètes de Makoto Yukimura

Pour l’occasion, l’éditeur propose 2 couvertures : une de Makoto Yukimura et une autre de Mathieu Bablet qui s’est aussi chargé de l’avant-propos. 
Il n’est d’ailleurs pas inintéressant d’avoir lié un des grands noms de la Bd de science fiction actuelle avec un manga culte mais peu connu du grand public. 

Bien avant de se lancer sur Vinland Saga, Makoto Yukimura s’intéresse à la conquête spatiale à travers les missions d’un groupe d’éboueurs de l’espace et le projet d’un voyage vers Jupiter.

La vie dans l’Espace

Tenue d’astronaute

En 2075, la conquête spatiale a fait d’énormes progrès et une mission sur Jupiter se prépare. 
Mais l’Homme étant ce qu’il est, il abandonne sur son passage des millions de déchets qui encombrent dangereusement l’espace.
La mission de Yuri, Hachi et Fi (rejoints plus tard par Tanabe) est de récolter ses détritus et de nettoyer la voie spatiale. 
Cependant, lassé par cette tâche ingrate, Hachi a d’autres ambitions et rêve de Jupiter.

Un graphisme maîtrisé

Des missions qui ne sont pas de tout repos

Auteur précoce, Makoto Yukimura démontre avec cette série tout le talent dont il regorge. 
Graphiquement, le dessin est déjà solide et la narration parfaitement maitrisée.
Certes, on trouve ici et là quelques hésitations (les personnages d’Hachi et de Yuri semblent avoir été retravaillés après le premier chapitre) mais l’ensemble est cohérent.
Ses personnages, simples mais expressifs, naviguent dans un environnement technologique détaillé et documenté. 
Malgré tout, il a su aérer ses images pour nous faire ressentir le vide spatial et la magnificence de cet environnement gâché par le passage de l’Homme.
 
Quelques pages en couleurs, de bonne qualité, permettent quelques apports graphiques (couleur de peau et de cheveux notamment) et de belles ambiances spatiales.

L’exploration en toile de fond de Planètes

Les dangers de l’Espace

A première vue, Planètes et Vinland saga n’ont rien en commun : le premier imagine le futur de l’humanité alors que le second se concentre sur son passé. 
Pourtant, tous deux partagent une thématique commune, celle de l’exploration.
Au final, Planètes tout comme Vinland Saga raconte le destin d’hommes et de femmes qui ont décidé de tout quitter pour découvrir de nouveaux espaces. 

Ainsi, la famille, autre entité très présente dans le manga, est constamment confrontée au désir de ces explorateurs et à l’abandon qui en résulte.
Car partir dans l’espace n’est pas anodin et les sacrifices sont nombreux.
Makoto Yukimura essaie de comprendre l’obsession de ces individus qui partent plusieurs années en laissant femme et enfants, tout en rêvant du prochain voyage.
D’un certaine façon, le père d’Hachi m’a fait penser à Thomas Pesquet (en moins radical) qui, à peine rentré sur Terre, veut participer à une mission sur Mars.
Comme si l’espace était une drogue dont les astronautes ne pouvaient plus se passer.
Le côté obsessionnel des personnages est assez marqué : que ce soit Hachi, son frère ou son père, tous obnubilés par la conquête spatiale ou bien, de façon plus anecdotique, Fi et son envie de cigarettes, les addictions font partie intégrante du voyage. 
Seul Yuri, alors que son histoire commence par un drame, réussit à faire face à son manque pour mieux avancer. 

Le mangaka prend son temps pour poser son intrigue et, même si l’action reste présente, c’est surtout sur la tension ambiante que le rythme de la série se calque. 
Ses pions se mettent en place tranquillement mais peuvent changer de direction si le besoin se fait sentir. 
Cette structure un peu particulière pourrait en déboussoler quelques uns même si celle-ci s’avère assez logique au final.

Un traitement psychologique fouillé dans Planètes

Hachi en pleine introspection

Le traitement psychologique est un des grands points forts de la série. 
Complexe et fin, ils ont chacun quelque chose d’attachant malgré la radicalité de certains de leurs choix.
Le meilleur exemple est le traitement et l’évolution d’Hachi au fil des 3 volumes.
Sans trop en dévoiler, le personnage passera par de nombreuses étapes, autant physiques que spirituelles, qui l’amèneront à revoir sa propre condition.
Personnage impétueux voire colérique sur les deux premiers tomes, il va petit à petit poser son propos et comprendre la vacuité de son parcours.
Au fond, il reste le même mais sa réflexion a évolué grâce à l’expérience acquise.

Les autres personnages ne sont pas en reste.
Fi est d’ailleurs une sorte de contrepoids à Hachi.
A première vue, ils sont tous les deux obnubilés par l’espace mais l’objectif de Fi est bien diffèrent.
Elle a conscience de l’importance de son travail en tant qu’éboueur de l’espace mais le fait sans en rechercher une quelconque reconnaissance.
Elle veut juste sentir que ce qu’elle fait sert à quelque chose.

Mais la bêtise des Hommes met parfois à mal les plus belles des convictions.

2 visions qui s’opposent

Un retour sur Terre bienvenu

Au vu de la configuration des 3 tomes et du discours de fin prôné par Hachi, 2 visions de l’espace semble s’opposer.

La première, symbolisée par le parcours d’Hachi, est celle des astronautes.
Celle du voyage vers l’inconnu.
Celle qui amène à la reconnaissance et à la popularité au dépend d’une vie de famille, certes assumée, mais diluée.
Mais au final à quel prix ?

C’est un peu ce qui l’oppose à la deuxième voie, celle symbolisée par Fi.
Une voie plus engagée, luttant contres les excès de l’espèce humaine mais toujours au dépend d’une vie de famille.
C’est un chemin qui demande autant de courage et de persévérance que la première mais qui, pour la survie de l’humanité, semble bien plus vitale.

En résumé

Avec seulement 2 séries, Makoto Yukimura s’est forgé un style (graphique et scénaristique) solide et documenté, mélangeant astucieusement humour, action et psychologie humaine. 

Planètes, c’est déjà tout ça : des personnages au caractère trempé et une intrigue posant un regard sur l’empreinte que laisseront ces hommes sur l’histoire de l’humanité.  

Pour lire nos chroniques sur Dans un rayon de soleil et La conquête spatiale

Bulles Carrées

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