Revoir Comanche (Romain Renard)

Cole Hupp, plus connu sous le nom de Red Dust vit reclus au fin fond d’un petit bled américain.
Jusqu’au jour où Vivien, une jeune femme enceinte, souhaite lui poser des questions sur sa vie passée.
Refusant tout d’abord sa présence, l’inquiétude et les remords l’incitent à l’accompagner en direction du ranch 666.
Et revoir Comanche !

Sur les routes d’un passé oublié

Un étonnant projet

Des remords sous forme d’hallucinations

Revoir Comanche de Romain Renard a pour point de départ une idée surprenante.
Si ce genre d’excentricité est récurrente dans le monde des comics, du cinéma ou de la série télévisée, il est plus rare de voir un auteur se lancer dans la suite d’un classique de la bande dessinée franco-belge.

En effet, Comanche de Greg et Hermann est, à l’origine, une série de western datant de 1969 en 15 volumes.
Greg y raconte l’histoire de Comanche, une jeune propriétaire terrienne, se retrouvant en charge du ranch 666 à la mort de son père.
Par la suite, elle sera assistée par un dénommé, Red Dust, un cowboy au passé trouble.
En toute honnêteté, je n’ai jamais lu la série originale.
Adolescent, le western ne m’attirait guère. Et la bande dessinée classique, pour moi, gardait cette image, un peu caricaturale, de « bd à papa ».
Les thématiques et l’imagerie de cet ouest lointain et fantasmé me paraissaient désuètes même si elles restent le marqueur d’une époque.

Revoir Comanche peut se lire sans avoir lu Comanche.
On loupe sûrement quelques clins d’oeil mais rien n’empêche la compréhension générale de l’intrigue.
C’est d’ailleurs une des grandes forces du récit de Romain Renard.
L’hommage est assez convaincant pour attiser notre curiosité et nous amener à jeter un regard à la série de Greg et Hermann.
Mais plus qu’un hommage, Revoir Comanche clôture un cycle, autant pour les personnages que pour le décor qu’ils traversent : l’Amérique.
Dans les années 60, le continent américain faisait encore rêver.
Et le folklore du cowboy fascinait autant par son dépaysement que par la violence qui en découlait.
Des années plus tard, le rêve américain s’effrite et Red Dust symbolise, d’une certaine façon, cette déliquescence.
L’ère du cowboy se termine ici ! Sur les routes et par les armes !

Road-trip vers la rédemption

Un chemin semé d’embuches

La trame de Revoir Comanche reste assez simple dans son approche.
Reprendre un personnage, le vieillir et lui faire assumer ses erreurs dans une Amérique, elle-même en pleine transition, risque d’amuser les lecteurs du Dark Knight Returns de Frank Miller.

Il n’empêche que le symbolisme reste toujours aussi pertinent, permettant une réflexion sur des changements autant psychologiques qu’ environnementaux.
Les connaisseurs de la première heure seront sans doute étonné de découvrir Red Dust dans cet état, bien loin du ranch 666 et de Comanche.
Solitaire, renfrogné, il arbore une nouvelle figure : celle d’une Amérique vieillissante, éloignée de ses belles promesses.
Perclus de remords, il est poursuivi par des fantômes d’un passé lointain qu’il n’a jamais assumé.
D’un côté la mort et de l’autre l’abandon de l’être aimé. Pourquoi ? Les raisons sont parfois futiles ou terriblement anodines.
Cette tentative de rédemption semble soutenue par Vivien.
Miroir déformant de Red Dust, elle symbolise autant la jeunesse que l’avenir avec ce ventre rond.
Est-ce que cela amène une forme d’espoir ? Rien n’est certain !

À travers un road- movie, aux forts accents de films noirs, le vieillard et la jeune femme traversent une Amérique brumeuse, ravagée par les tempêtes, vivant sa propre transition.
L’American Way of life n’est plus mais comme un dernier acte de bravoure, Red Dust veut se montrer à la hauteur de sa légende.
Le récit n’en est pas moins amère et sombre. Le western iconique laisse la place un thriller psychologique intense. Le héros légendaire s’avère, en réalité, terriblement humain. En vieillissant, les failles éclatent ne laissant plus que des regrets.

Avec Revoir Comanche, Romain Renard signe une véritable fin à cette saga.
Il clôture les destinées avec violence, trahison mais aussi émotion.
Une légende à hauteur d’homme.

Entre le dessin et le photo-réalisme

Une ambiance graphique percutante

Je ne connaissais pas le travail de Romain Renard.
Je suis complètement passé à côté de son Melville et j’aurais pu très bien en faire de même avec Revoir Comanche.
En réalité, l’approche graphique de l’album me déplaisait.
J’avais l’impression de voir un plaquage assez peu coordonné entre un dessin réaliste et des photographies retouchées.
Pourtant, en à peine quelques pages, je suis tombé en admiration devant les planches de l’auteur.
Revoir Comanche n’est pas un album que l’on peut feuilleter dans un coin. Il demande qu’on entre totalement dans son univers, en acceptant un parti pris graphique radical mais assumé .

Et en effet, si le design des personnages restent classiques, les arrières plans transcendent l’ensemble.
Ces photographiques retouchées apportent une empreinte graphique originale et indissociable à l’ambiance du récit.
Et il faut dire que certaines planches imprègnent, de façon indélébile, notre rétine.
Si la mise en page reste académique, elle sert un récit empreint d’un rythme lancinant jusqu’à une destination finale explosive .

Revoir Comanche est, pour moi, la révélation tardive d’un auteur multiples.
Mais, comme le dit le diction, mieux vaut tard que jamais !

Prix et récompenses

  • Fauve polar SNCF – 2025
  • Prix Coup de Coeur – Quai des bulles 2024

En résumé

Avec Revoir Comanche, Romain Renard offre un hommage saisissant à un classique de la bd de western des années 60. 

On y retrouve un Red Dust vieillissant qui, par le biais d'un road movie sur les routes américaines, doit faire face à ses erreurs du passé.
Par cette suite, l'auteur signe autant la fin d'une légende que celle d'un pays en pleine transition.
L'ère du western laisse place au thriller et au film noir , glaçant et amer.
L'ensemble s'appuie sur un graphisme saisissant à la frontière du dessin et du photo-réalisme où l'ambiance, continuellement brûmeuse, nous prend au tripe.

Une oeuvre classique, parfaitement menée , symboliquement puissante et magnifiquement illustrée !

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