Dans un coin perdu d’Angleterre, au coeur du Northumberland, Arya Barman, une jeune policière anglaise d’origine indienne, est appelée pour enquêter sur un troupeau de moutons morts, échoués sur la plage. Et l’affaire va vite se compliquer lorsque le fils du propriétaire de ce troupeau est retrouvé électrocuté. Avec Arya Barman mène l’enquête, Agnès Mathieu-Daudé nous emmène dans un « cosy crime » au coeur de la lande anglaise.
Entre tradition et modernité
Arya Barman est une jeune femme décidée à faire son trou dans le petit commissariat perdu au milieu du Northumberland dans lequel elle officie. Et ce n’est pas chose facile quand on est jeune, femme, et en plus d’origine indienne.
Heureusement, Arya est fine psychologue, même si elle doute pas mal d’elle-même. Et elle a une hypermnésie qui lui permet de se souvenir de tout un tas de petits détails quand elle observe une scène de crime.
Elle vit seule avec son chat et son entourage se résume à son chef et sa propriétaire. D’abord, il y a donc Davies, un policier à l’ancienne qui note encore tout dans son carnet, à l’allure d’un Hercule Poirot mais sans sa capacité de déduction. Et il y a aussi Mrs Sidney, la femme qui lui loue son petit deux pièces et qui tient le salon de thé au-dessous de chez elle. Attentive et protectrice, elle la nourrit quand elle la voit trop absorbée dans ses enquêtes.
Or, des enquêtes il n’y en a pas des masses dans la région, et des crimes encore moins !
Alors quand on lui confie cette mission de découvrir le pourquoi de cet hécatombe de moutons et que celle-ci se double de la mort mystérieuse du fils du propriétaire, il n’en faut pas moins pour obnubiler Arya.
D’autant plus qu’elle va croiser des personnages hauts en couleurs et pas toujours sympathiques, sur ce chemin. Lord Arthur Owens, un riche noble condescendant voire raciste à son égard, ou Hector Texier, un vétérinaire français charmant mais perturbant, qui est employé par la famille Owens.
Son enquête va prendre une tournure mystérieuse et inquiétante lorsqu’elle va commencer à recevoir des appels anonymes. Il ne faut pas trop fouiller dans ces histoires de nobles familles anglaises !
– Enfin, là, je vois que vous êtes rentrée chez vous. Je devrais dire chez nous, sale Indienne ! La voix se partit dans un rire sardonique.
Arya se cramponnait à son téléphone, sidérée.
– Je vais vous dire ce que vous allez faire, puisque vous êtes têtue. Demain, à la première heure, vous allez prévenir Mr Davies que vous avez enfin compris qu’il n’y a rien de suspect dans tout ce qui préoccupe votre sale petit cerveau marron… Vous direz que vous avez mis une semaine à vous en rendre compte parce que vous n’êtes qu’un singe aux neurones ramollis par la chaleur du pays que ses parents n’auraient jamais dû quitter.
Arya va devoir imposer son professionnalisme et faire preuve d’un grand self-control pour mener à bien cette enquête.
Un cosy crime original
J’ai été, dans mon adolescence, une grande lectrice des aventures d’Hercule Poirot, Sherlock Holmes et autres Miss Marple. J’ai donc particulièrement apprécié retrouver ces décors anglais de landes venteuses et pluvieuses.
Mais ce qui fait l’originalité du roman d’Agnès Mathieu-Daudé, c’est qu’elle y intègre une enquêtrice moderne. Elle est le reflet de la société anglaise actuelle.
Née à Newcastle, Arya ne cesse de répéter qu’elle est anglaise, de devancer les jeux de mots faciles sur son nom de famille. Ou de déjouer les réflexions dénigrantes sur son ignorance des codes de la noblesse anglaise.
C’est un personnage attachant, tant par ses capacités de déduction que par ses fragilités émotionnelles. Elle se retrouve en effet coincée entre une farouche volonté d’indépendance vis-à-vis de sa famille qui aimerait la voir mariée avec des enfants, elle qui vit seule avec son chat, et une attirance surprenante pour ce jeune vétérinaire français qui l’agace et l’intrigue tout autant.
– Vous ne voulez pas que je vous fasse entrer, vous entendrez mieux ?
Ce diable de Français était là, son éternel sourire sur le visage. Comme toujours dans les situations de stress, Arya reprit son calme au plus vite.
– Excusez-moi, déformation professionnelle. J’étais en train de garer mon vélo quand j’ai entendu des cris, et je vérifiais qu’il ne se passe rien de grave…
– Bien sûr, vous êtes très consciencieuse.
On s’identifie facilement à Arya et on aimerait avoir la force de soutenir avec elle la condescendance de ces lords anglais qui la jugent ou de cette mère un peu envahissante qui panique dès que sa fille ne répond pas à ses appels.
Avec beaucoup de lucidité et de tendresse, Agnès Mathieu-Daudé place son enquêtrice au coeur d’une société refermée sur elle-même. Arya se révèle à la fois clairvoyante et sensible face aux secrets de famille qu’elle va découvrir. Ce regard extérieur qu’elle pose sur la famille Owens est sans préjugés, contrairement aux leurs.
Et, comme toujours, les apparences, souvent trompeuses, une fois démasquées permettront de découvrir le vrai coeur des hommes. Et la ténacité d’Arya.
Pourquoi lire Arya Barman mène l’enquête ?
Arya Barman mène l'enquête : Meurtre sur la lande est un excellent cosy crime, à la croisée de la tradition des Miss Marple et autres Hercule Poirot et de la modernité d'une Joue-la comme Beckham, le film de Gurinder Chadha. Agnès Mathieu-Daudé réussit son pari de mettre au centre de ce jeu d'échecs une jeune enquêtrice tenace et indépendante, maladroite parfois et sensible. Et quel plaisir de voir ce petit bout de femme donner un coup de pied discret dans la fourmilière anglaise !
On attend avec impatience une seconde enquête d'Arya !


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