Mots Tordus et Bulles Carrées

Sans crier gare (Gary D. Schmidt)

Gary D. Schmidt n’a pas son pareil pour raconter l’adolescence aux Etats Unis dans les années 60. Auteur d’une dizaine de romans, dont Jusqu’ici tout va bien, récemment adapté en BD par Nicolas Pitz, il met en scène des jeunes à la vie familiale troublée, parfois confrontés au deuil et à la violence. Sans crier gare se déroule dans le Maine, au sein d’une école pour jeunes filles traditionnelle mais dirigée par une femme bien plus progressiste qu’il n’y parait. Meryl Lee et Matt, deux adolescents qu’a priori tout oppose, vont s’y rencontrer et unir leurs solitudes.

Meryl Lee, Matt et le Gouffre

Pour Meryl Lee, le quotidien est un Gouffre béant depuis que son meilleur ami Holling est mort brutalement dans un accident de voiture. Pour apaiser sa tristesse dans un environnement qui ne lui rappellera aucunement son ami, ses parents l’envoient au pensionnat de Sainte-Elene, sur la côte nord-ouest. Ils espèrent qu’elle y deviendra une jeune fille Accomplie. C’est en tout cas ce que leur a promis la principale, Mme MacKnockater.

Mais, à peine arrivée dans le bâtiment Netley, elle sent une certaine indifférence voire une animosité de la part de ses camarades. En effet, la réputation des jeunes filles y est proportionnelle à l’aisance financière de leurs parents. Ainsi, la vie quotidienne avec Jennifer Hartley Truro ou encore Ashley Louise Higginson va s’avérer bien plus pénible que prévu. Et Meryl Lee va devoir faire preuve de patience et d’une certaine ouverture d’esprit pour découvrir qui sont réellement ces jeunes camarades en apparence si pédantes.

De son côté, Matt Coffin, un adolescent fugueur, solitaire et sauvage, est arrivé après bien des péripéties dans la maison de la principale qui l’a recueilli. Pas facile d’apprivoiser cet « animal blessé » mais Mme MacKnockater est une femme perspicace et ouverte. Le roman nous livrera petit à petit ses secrets, son parcours jalonné de violences et de morts.

Car c’est là que réside la beauté de ce récit : dans la rencontre entre Meryl Lee et Matt. Tous deux sont hantés par les fantômes de personnes qu’ils ont aimées et perdues. Chacun sent s’ouvrir régulièrement une faille béante de tristesse et de solitude. Sans crier gare, leur amitié va unir leurs forces et dévoiler deux personnalités pleines d’humanité et d’espoir, malgré la noirceur de leur passé et de leurs peurs.

De plus, les traditions portées par cette école qui semble si rigide et réactionnaire vont se révéler bien plus ouvertes et humaines qu’il n’y parait. Notamment grâce à ses professeurs et à sa principale.

S’accomplir avec humour, coeur et esprit

L’écriture de Gary D. Schmidt est subtile et profondément touchante.

Il dit avec simplicité la douleur de l’absence, la peur de la mort et la solitude. Mais aussi la joie de découvrir une complicité naissante, la force de la solidarité et l’amour qui redonne confiance. Dans ce tableau plutôt obscur, la personnalité de Meryl Lee est lumineuse tant elle rayonne d’humanité.

Chaque personnage est traité avec beaucoup de finesse et sa complexité dévoilée permet de porter un autre regard sur lui. C’est une leçon que le roman met en pratique avec beaucoup d’efficacité… Et d’humour.

On trouvera enfin un tableau de la société américaine à l’époque de la guerre du Vietnam, dans cette période de transition qui va bouleverser le pays. L’engagement politique y est évoqué avec ferveur et l’initiation de Meryl Lee est également sociale.

La révolution que la jeune fille met en marche, même si elle n’est pas voulue au départ, va se révéler contagieuse et émancipatrice.

Pourquoi lire Sans crier gare ?

Si l'on devait résumer le roman de Gary D. Schmidt Sans crier gare en un mot, ce serait celui d'humanité. Sans faire grand bruit, les personnages s'entourent, se soutiennent, s'unissent et retrouvent le bonheur qu'ils pensaient avoir définitivement perdu. Si les blessures et les silences de chacun sont nombreux, l'amitié et l'écoute, l'attention et la compréhension permettront à une jeune fille et à un jeune homme solitaires de trouver un sens à leur vie et de reprendre espoir. Avec les autres et pour les autres. 

Une belle leçon d'humanité.

Pour lire notre chronique sur Je pardonne à Alex

Mots Tordus

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