1946.
En emménageant à Métropolis, la famille Lee n’imaginait pas faire face au Klu Klux Klan.
La ville de Superman pensait être au dessus de ces actes de pur racisme.
Alors l’Homme d’acier, qui lui même tente de se découvrir, compte bien mettre un terme aux actions de ce groupuscule.
Mais pour cela, il va devoir accepter ses propres origines.
Les super héros pour lutter contre le racisme
Superman écrase le Klan a pour origine une émission radio diffusée en 1946, intitulée « Clan of the fier Cross ».
L’idée proposée par Stetson Kennedy, un militant des droits de l’Homme était aussi simple que directe.
Superman combat un nouvel ennemi : le Klu Klux Klan.
Cette émission culte devint, par la force des choses, un élément capital de l’histoire du super-héros.
En plus de diminuer l’influence du Klan en exposant ses pratiques, elle introduit pour la première fois les personnages de Jimmy Olsen et Perry White.
En partant de ce concept, Gene Luen Yuang reprend l’iconographique du Superman des années 40 en y intégrant sa propre histoire : celle d’un fils d’immigré asiatique.
Et effectivement, si on omet le côté grandiloquent du Klu Klux Klan, le récit montre la façon dont est perçue la population asiatique aux États-Unis.
Entre The Good Asian ou American Born Chinese, Eisner Awards 2022 et 2007, le comics s’est déjà emparé du sujet avec brio.
Mais avec Superman écrase le Klan, Gene Luen Yang l’aborde par des prismes interconnectés : celui de l’enfance et du super-héros.
Entre nostalgie et modernité

Superman écrase le Klan de Gene Luen Yang et Gurihiru est la réédition, en format Nomad, d’un album sorti dans la collection Urban Kid.
Jusque là, j’étais complètement passé à côté de ce petit bijou.
Je pensais, un peu bêtement, que l’aspect « enfantin » du récit nuirait au sérieux de la thématique.
Grave erreur ! Gene Luen Yang, ardent défenseur des comic-books comme outils d’enseignements, n’a pas mis longtemps pour me convaincre du contraire.
C’est d’ailleurs une de ses grandes qualités.
Si la tonalité correspond aux attentes d’un public jeunesse, l’intelligence de son propos en fait une oeuvre toute génération.
Et pourtant, l’oeuvre est clairement un hommage au Superman original, celui créé par Joe Shuster et Jerry Siegel.
À ses origines, le héros n’était pas aussi puissant qu’il l’est actuellement.
Point de vision laser ou de soufflé glacé, l’homme d’acier ne volait pas… il bondissait !
Et forcément, ses ennemis étaient essentiellement de simples malfrats à l’image des membres du Klu Klux Klan.
De façon amusante, on retrouve tous les codes de cette époque : la cabine téléphonique, ses rapports avec Lois Lane et le tout jeune Jimmy Olsen.
L’écriture deGene Luen Yuang est assez maline pour apporter le recul nécessaire entre ces aspects désuets et nos connaissances actuelles du personnage.
Cependant, le scénariste ne se contente pas de cette nostalgie.
Au contraire, il se sert de cette base pour explorer la transition d’un surhomme en super-héros.
Sa réaction épidermique face à un simple petit « caillou vert » le ramène à son passé et à ses mystérieuses origines.
Ses visions lui font craindre ce qu’il est vraiment, rejetant ainsi sa véritable nature.
Pourtant, c’est en l’acceptant qu’il pourra enfin accéder à son véritable pouvoir !
Être migrants aux États-Unis

Ainsi, Superman écrase le Klan met en corrélation la situation de la famille Lee avec celle de Superman.
Déménageant de Chinatown pour Metropolis, ils vont devoir s’intégrer au sein de cette nouvelle communauté.
On comprend, à demi mot, que le statut d’immigré reste empreint de préjugés et que seule l’assimilation peut les « protéger ».
Parler anglais, changer de nom et surtout ne pas se faire remarquer !
C’est par leurs enfants, Roberta et Tommy, que cette socialisation se met en place.
Alors que Tommy intègre l’équipe de Base-Ball, Roberta essaie, tant bien que mal, de se faire de nouvelles amies.
Cependant, doit-on se renier pour se faire accepter ?
Car en réalité, les préjugés et les insultes à base de « face de citron » ne tardent pas à faire leur apparition.
Pire encore, si un de ces immigrés se montre plus talentueux qu’un américain « pur souche ».
Le racisme découle souvent d’une forme de jalousie.
Pourtant, si l’Amérique a toujours été une terre de migrants, son histoire est hantée par le racisme.
Et une de ces iconographies les plus marquantes restent le Klu Klux Klan.
Ces hommes encapuchonnés s’attaquent avec violence à ceux qu’ils ne considèrent pas comme leurs égaux.
Superman écrase le Klan, comme l’émission de radio, expose les actions et l’organisation du Klan tout en décrivant le processus même du racisme.
À travers l’oncle de Chuck, on découvre un homme dont la haine envers l’étranger reste inexplicable.
Cette idéologie nauséabonde est profondément ancrée en lui et il souhaite la transmettre à son neveu.
Heureusement, si Gene Luen Yang juge avec sévérité les actes des adultes, il se montre plus optimisme envers la jeune génération.
Cet idéal correspond totalement à l’ambition du comics qui croit en l’ouverture d’esprit de la jeunesse.
De l’autre côté, certains ont oublié que Superman est un immigré lui aussi.
S’il a été adopté par une famille de fermier, ce n’est pas un américain. Il n’est même pas humain !
Mais, comme la famille Lee, il a passé sa vie à trouver sa place auprès des autres tout en reniant ce qu’il était vraiment.
Le message du comics est là !
Si ce Superman ne vole pas, ce n’est pas par incapacité mais par blocage psychologique.
En reniant son identité et par peur du regard des autres, il ne peut accéder à son réel potentiel.
Or, c’est en acceptant sa puissance qu’il sera le super-héros iconique, symbole d’une Amérique porteuse de valeurs fortes.
Le voilà, le message de Gene Luen Yang.
Les populations immigrées sont une chance pour les pays hébergeant.
Leurs traditions, leurs langues sont autant de différences permettant à la société de se diversifier et devenir plus forte.
Ce message d’ouverture, à la portée universaliste, frappe fort même si, malheureusement, il contraste amèrement avec un monde actuel qui, jour après jour, se recroqueville sur lui-même.
Un dessin enfantin mais efficace

Superman écrase le Klan est l’oeuvre de Gurihiru , une équipe d’illustratrices japonaises.
Composée de Chifuyu Sasaki et de Naoko Kawano, elle se partage la conception des planches de cet album.
D’une certaine manière, leur style retranscrit à merveille l’ambiance des années 40 tout en retrouvant l’esprit du dessin animé Superman.
Le trait est propre, maitrisé et offre quelques mises en page de belle facture.
Si l’ensemble n’a rien de transcendant, il respecte assez bien les codes de la bd jeunesse, le rendant immédiatement abordable.
On pourrait regretter une approche, par moment, un peu trop japonisante mais, à contrario, leur Superman a une certaine classe.
Elles ont su capter l’essence du personnage en lui offrant de beaux moments de bravoure sans pour autant avoir accès à l’étendue de ses pouvoirs.
Ce qui, en soit, est une véritable prouesse !
En résumé
Superman écrase le Klan de Gene Luen Yuang et Gurihiru est album jeunesse aux propos universalistes essentiels.
En mettant en corrélation la situation de la famille Lee avec celle de Superman, Gene Luen Yang utilise son propre vécu pour exposer sa vision d'une immigration positive pour le pays accueillant.
Pour faire face aux préjugés et au racisme, dont le Klu Klux Klan n'est qu'une des faces les plus visibles, Superman devient un modèle.
En acceptant son statut d'immigré, le super-héros accède à un immense potentiel tout en acceptant (et en faisant accepter) sa différence.
C'est le message de Gene Luen Yang.
Les immigrés ne doivent aucunement nier ce qu'ils sont. Ce sont justement leurs différences qui font leurs forces.
Ce message offre une lueur d'espoir à la période trouble que nous vivons actuellement.

Prix et récompenses
- Top Bd jeunesse – MTEBC – 2025


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