Il y a 10 ans, une attaque de Kaiju frappe violemment la petite ville de Sukuba.
La jeune Miyako, en tentant d’aider sa mère, assiste à la scène et y survit miraculeusement.
Depuis, le Kaiju, baptisé Gaea-Tima, n’est pas réapparu. La ville prospère grâce au tourisme mais aussi, depuis le cataclysme, à la fertilisation de son territoire.
Miyako, quant à elle, fabrique des figurines à l’effigie de la créature, en espérant ne plus jamais revivre un tel cauchemar.
Pourtant, une nouvelle attaque se profile et la jeune fille se trouve un allié inattendu.
Du Kaiju sur papier

Allez savoir, les Kaijus ont le vent en poupe.
Au cinéma, dans la plus pure tradition japonaise ou sous son ersatz américain, le plus célèbre d’entre eux, Godzilla, fait même partie de la culture mondiale.
Et la bande dessinée n’est pas en reste.
Les titres sont nombreux, de Kaiju 08 en passant par UltraMéga et, plus récemment, Shinzero.
Ces monstres titanesques sont une source d’inspiration intarissable pour de nombreux artistes.
Souvent prétextes à de gigantesques affrontements, ils sont aussi une source de réflexion pour de nombreuses thématiques allant de la politique à l’écologie.
Great Kaiju Gaea-Tima de Kent, que l’on a découvert sur Colorless, prend le parti du retour aux sources, sous la forme d’un hommage appuyé.
Ce qui, dans l’ensemble, donne un premier volume classique sur le fond comme, et c’est plus étonnant, sur la forme.
L’introduction est assez forte.
Dès les premières cases, on ressent toute la puissance de cette créature et l’effroi qu’elle provoque, notamment sur Miyako.
Cependant, si le mangaka développe les répercutions psychologiques, il n’ignore pas les apports économiques.
Devenue le centre de cet événement historique, la ville est visitée par les japonais comme on pourrait visiter les plages du débarquement.
En prime, le tsunami provoqué par l’attaque a fertilisé les terres, devant un terrain adéquat pour des cultures abondantes.
Ainsi, l’image de Gaea-Tima s’avère plus contrastée, balançant entre la crainte et le respect qu’elle inspire.
C’est sûrement l’élément le plus intéressant du manga. Et celui qui servira de socle à la relation entre Miyako et son Kaiju.
Même si cette dernière reste en retrait, elle tient en elle un pouvoir inimaginable qu’elle va devoir accepter pour mieux le contrôler.
À l’inverse, la structure reste classique.
Tous les codes du Kaiju-Aega ( cinéma de monstres ) sont bien présents, se mélangeant aussi à certains apports américains.
La position de Gaea-Tima rappelle notamment celle de Godzilla dans un des rares animés de qualité consacré à la bestiole.
On pourrait, à juste titre, craindre que le kaiju ne devienne un ersatz de son prestigieux modèle.
Mais, comme il a pu le prouver sur Colorless, Kent peut prendre un peu de temps avant d’exploser la structure de son récit.
Une forme de classicisme graphique

Le graphisme de Kent sur Colorless m’avait bluffé.
Le mangaka y développait un style percutant qui, tome après tome, n’a cessé d’évoluer, notamment, en terme de lisibilité.
Et on retrouve en partie cela sur Great Kaiju Gaea-Tima.
La narration est limpide, presque « sage » en comparaison de son oeuvre précédente.
Néanmoins, les scènes de combats sont magistrales. Le mangaka gère parfaitement les anatomies des créatures, leur donnant une prestance presque mythique.
On comprend l’effroi de Miyako, faisant face à la gueule du monstre déshumanisé.
D’ailleurs, les designs des kaijus sont un parfait mélange entre hommage et petites variations.
Par contre, je suis plus sceptique sur les personnages.
Sans être ratés, ils n’ont rien de particulier et piochent plutôt dans les caricatures du genre.
Avec le recul, je me suis rendu compte que la plupart des protagonistes de Colorless étaient soit masqués, soit déformés.
Peut être que Great Kaiju Gaea-Tima dévoile une de ses faiblesses. Surtout que le travail d’expressions est lui aussi assez basique.
D’ailleurs, le choix artistique opéré sur les yeux de Gaea-Tima renforce cette impression.
On comprend que l’idée est d’humaniser le monstre mais l’effet la rend presque ridicule, notamment dans sa forme géante.
Au final, l’approche graphique de Great Kaiju Gaea-Tima pourra décevoir.
Néanmoins, j’espère que cette sensation sera atténuée sur les prochains volumes et qu’une fois le rodage passé, on retrouvera l’excellence de Colorless.
En résumé
Après l'étonnant Colorless, Kent est de retour avec un récit plus classique, hommage à un des symboles de la pop culture japonaise : Godzilla.
Si, sur ce premier tome, Kent ne déborde pas du cadre préétabli, il trouve la petite touche d'originalité qui pourra, on l'espère, donner ce petit grain de folie à une histoire encore bien sage.
Les affrontements sont impressionnants, prenant en compte le gigantisme des créatures mais, à contrario, les humain.es sont en retrait et demanderont plus d'approfondissements par la suite.
Graphiquement, si Colorless m'avait conquis, Great Kaiju Gaea-Tima me paraît plus perfectible, notamment en terme de choix esthétiques.
Cependant, j'ai envie de faire confiance au mangaka, surtout qu'en globalité, la lecture de ce premier volume a été divertissante, notamment pour le novice en Kaiju que je suis !


Pour lire la chronique d’Absolue Batman et Le sang d’encre
